L'AMOUR ET LA RAISON
FABLte.
«Ah ! te voilJ, l'Amour? Quoi! seul dans ces bosquets, Mon pa'ivreaveu;;le'' OU donc est la Folie, Ton guide, ton soutien ? Sous ces ormes discrets
Viens-tu guetter (pielque a'mable Sylvie, Ou tendi-e tes filets J quelque vieux barbon ?
— Vous me raillez , madame la Raison.
Vous devez le savoir , j'ai perdu ma compagne :
Oui, laFolieaq .illeCupidon. [sait-on?
— (juel conte! où donc esl-elie? — Oh! vraiment! le
[•artoul : à Loiidre, en France, eu Allemague, Avec la Politique elle bat la campagne. Ces dames , que l'on dit malades de cerveau , Cnmmenlent encourant .Morus ou Cyrano, Refondent les états, en règlent la fortune. Et bientôt, si l'on croit plus d'on Solon nouveau, Elles réformero;it la marche de la lune. Très sublime Raison , venez à mon secours.
Guidez mes pas, remplacez la Folie....»
La Rai.s(ni y consent , a ec lui s'assorie; Hélas! un rien , bienlôL , les brouilla pour toujours.
0 vous, qui redoutez qu'Amour ne vous oublie ,
Jeunes béantes. ra>surez-vous!
Cela ne peut durer; tit ou tard la Folie,
Al.'andonnanl sa sotte et tri.ste amie.
Ramènera l'Amour i vos genoux.
IMlTATIOiN
DES DEin IDÏLIES d'aKACRÉON Et DE TnÊOCRlTH,
Le doux pri.: temps.
Époux de Flore Et fils du Temps, Venait d'eclore; L'hiver grondant, De la couiiée, Avec fiorée, Fuyait mourant.
Fleur demi-close Sur l'aibie était; Boulon de rose Déjj s'ouvrait.
De l'onde pure Le Ilot roulait.
Feuille au bosquet, Lilas, verdure,
PIECES FUGITIVES
9Sâ
ZoMt renaissait.
Sève féCDOde, Un feu secrel Dans l'air, dans l'onde, S'insinuait.
Sons le feuillage L'oiseau chantait.
Dans son ramage Il rélebrait La belle aurore Et le printemps Çui vient d'éclore.
C'est dans ce temps Que de C.ylhèie Parut l'enfant Cher à sa nicre, A la ber^ei e Qui, le craignant, Court fujjiiive Le repou.s.saDt, Puis, moins craiDtire, Va l'écoutant Secrpleuient.
Ce dieu des coeurf Près d'IUalie Avec .ses sœurs Cueillait des (leurs Dans la prairie.
Les ris , les jeui , Le badina^je , Tout ce qui plait A ce bel âge Les occupait.
L'an:our pour plaire A ses trois sœurs.
Par des faveurs Difînes d'un frère, En tapinois, S'envole au bo'S; Là, sous des treilles, Des berceaux frais, Jeunes abeilles Vivaient en paix.
Hélas! les hommes Vivent eu loups.
Fous que nous sommes, Ils sont plus doux.
Il faut le dire.
De leur réduit L'Amour disire Ravir lelruit.
L'âme craintive Il s'approchait; Sa main furtive Jà le cueillait.
Mais une abeille Qui se réveille, S'armaut soudain D'un dard perfide, Pique sa main.
Quel parricide!
L'Amour blessé.
Le cœur glacé, Et crie et pleure ,
Frappe du pied , Et fait piiié.
Il part sur l'heure, Vole à Paphos, Charmant asile Eniouié d'eauï, Oii la déesse De la beauté Avec bonté R çoil sans cesse L'encens, les vœux De la jeune.sse.
De la vieillesse.
Égaux aux yeux De I iinmo"telle.
Lorsque son fils Fut aiiprrs d'elle.
Les yeux meurtris, Il d t, s'écrie :
«iM'cechçrie, Hélas! je meurs, Pe mes douleurs Par trop cruelles; Un noir serpent, Ayant des ailes, Petit , petit, Plus qu'hirondelles Qui S(inl au nid.
D'un daid terrible Jl'a déchiré D'un coup horrible :
Oui, je mourrai.»
Toute vermeille, Vénus sourit.
Et puis lui dit :
«Mon fils, l'abeille Dont il s'agit Est ton modèle; Petit couMiie elle, Ton dard pei çaut El tes piqûres Font 1res souvent Grandes ble,ssures. ■