C. tait Iris, fille de la lumière
• Va. cours, dit-elle, avec rapdité
De vers la lene, et, parmi trois mortelles
Choisis, pour moi, trois vierges des plus belles;
Je veux , surtout , qu'aux traits de la beauté,
Chacune unisse une sagesse extrême,
Et de l'allas l'austère chasteté;
J'en veux orner ma cour, et le ciel même. »
Iris partit à cet ordre suprême.
Et dans les airs déployant ses couleurs ,
Promet la paix, les beaux jours aux pasteurs;
Elle traverse une î;raiide comète ,
Marseï la Lune autour de nous roulant;
Al rive lot sur notre humble planrte.
Cherche par tout, du Gange à l'Fridan,
Et trouve enfi-i, dans le fond d'un village ,
Les trois beau:é< que dé.sirait Junon ,
Toutes les trois d'humeur un peu sauvage,
Et pour Venus plci/ns il'tiirr^ioii;
Belles, d'ailleurs, à la tleurdu bel âge.
Elle retourne aux célestes lambris.
«Cjuni! di Junon . 1111 sont donc ces trois belles?
Te voili seule, aiu'i tu m'ubris?
Quoi I tu n'as pu me trouver trois mortelles
Héuni^-saiil et sagesse el beat lé?...
— l'ard'mnez-moi; dans un bourg écarté.
Sons l'humble toit d'une retraite obscure. J'en ai vu liois de charmante figure , D'humeur sévère, et, regardant l'Amour Comme l'riignc icgnrtie le vanttmr; Mais je n'ai pu , malgré ma bonne envie. Les amener. — Et pourquoi , je te prie ?...
— i\tercure. hélas! toujours leste et fripon. M'a précédée et me les a ravies.
— l'iuton!... quel conte! et pour quelle raison ? (Jnt veut il faiiT , aux bords de l'Achéron ,
De ces beautés laioucbes? — Des Furies. •
MES SOUVEMKS.
Je m'en souviens, jeune, j'aimais la gloire. L'habit guerrier, la cocarde au chai)eau ,
PIÈCES FUGITIAES.
El ne rCvant que balaille et vicloire , Sous-lieuieuani , je joignis mon drapeau.
Déjà j'((aisou Villars, i n Tnrenne; Mon nom fi-appail les oreilles du loi : Je eouiliallis, espérance II op vaine!
Aucun journal ne lui parla de moi.
Un Ira'l d'amour, l'iiiver, blessa mon âme,
II me pi(|uail pour la première fois.
Connue j'aimais! quels Iran-ports! ruelle flamme!
O jour heureux ! j'étais le roi des roi.s.
Dans l'univers quelle mélamorphose !
Éfilé pour moi lui la diunilé :
L'éflat du lis, la Iraîtheur de la rose, Toul pilissail auprès de .'a beaulé.
Ce bel amour finit sans récompense ; Un jeune époux fut par elle avoué.
Je le maudis; anjoind'hui quand j'y pense, Je lui sais gré du tour qu'il ma joué.
Dans les filets d'une .Tutrc Cylhfrre; Je retombai ; je connus le plaisir.
Mais ma Vénus voulait être adorée Trop vivement : Je faillis d'en mourir.
Heureusement la trompette gui rrirre Sous les drapeaux alors me rappela ; Des pleurs amers bai;;nt''renl ma paupière, Bien pluscncor ma belle Iris pleura.
Mars apaisé, la paix douce et riante Du haut du ciel ramena les amours ; Je pars, je vole aux pieds de mon amante, Je vois de loin renaître mes beaux jours.
Mais mon Iris, fille de la Prudence, Pour occuper le vide de son crrur, A mon emploi, pendant ma lon;;ue absence, Avait nommé mon heureux successeur.
Pour me venger de ce .sexe infidèle, A deux beautés j'adres.sai iiioi) encens. L'une des deux , hélas ! me fut ci uelle; Tel cas arrive à maints honnêtes gens.
Mais un beau jour, une triste manie Vint me saisir dans le .sei'i du repos; Et malgré moi, tourmenté par Thalie.
Je fis un drame en vers très inégaux.
Le drame fait, haletant pour la gloire. Je le portai chez l'acteur Dorival , Qui le garda trois mois dans .son armoire, Auprès d'un pot de rouge vé;;étal.
Enfin brilla lejour deramlienre;
Au grand tripot , tremblant , j'ai comparu :
On m'écoula d'un airde ^apience,
Et l'on me dit : votre drame est reçu.
Me voilà donc , de général d'armée , De maréchal devenu mince auieur.
Espoir, projets! vous n'éies que fumée, Et l'avenir est un livre trompeur.
Après trois ans d'une pénible attente, Et de longs vœux , météore nou\ eau , Je m'élevai sur la .scène bruyante; Aucun sifflet ne troubla mon cerveau.
Le cœur sédnil par ce rayon de gloire. Je m'avisai de produii'e .'/nlciior.
Et monsieur A. , tous les j urs après boire, Me maudissait , moi, mon auvreesl Phanor
Pour adoucir les doien'es piqi'i.es, les coups de bec de i e bon monsieur A , Mon cirur brûlant des flainires les plus pures, Au dieu d'hiincn doucement s'adressa.
J'offris ma main J la belle Amarante, Qui , l'acreplaiit , de son ca-iir me fit don. Hymen ! je bus dans ta coupe riante, Où l'époux boit sans perdre la raison.
Mais le soleil , â peine sur la terre, Avait deux lois ramené les i rimas, Qu'il me Fallut d'une épouse si chère Ouvrir la tombe, el pleurer lu trépas.
La cour enfin , d'une croix militaire Récompensa mon ser\ireet ii:es vœux; Helas! bientôt la horde populaire Me la ravit.... L'honneur blessait ses yeux.
Ainsi tout pase. el la gloire elle-même S'evano il ; Inul est songe ici-bas.
Jusqu'au moii.eiit de noire heure suprême, IVous rêvons tous, sujets et potentats
Plus sage enfin , dans un réduit champêtre, Je vais jouir de mon obscurité.
J'y graverai ces mois d'un très grand maître : • Toute.^t, hélas! .sottise el vanile.»