‹ Œuvres complètesChapitre 408 sur 416 · STANCES SUR LA VIEILLESSE · texte numérisé non relu

STANCES SUR LA VIEILLESSE

Te voilà donc, ô rapide vieillesse!

Qui, traversant mon prinlemps, mon été.

Rides mon Iront , y graves la tristesse, El de mes sens éteins l'aclivite !

Où sont passés les transports du bel âge? Les vifs plaisirs , les chaiina s rendez-\ous , Les longs .soupirs , cet amoureux langage, El ces lourmens si cruels et si doux ?

Zoé, Ju ie, et vous aimable Laure, Qu'en adorant quelquefois je trompais ; De ces beaux jours vous .souvient-il encore, Lorsiqu'à vos pieds j'encensais vos altraits.'

Hélas ! vous-même , ô tri.sie destinée !

A\ez subi les injures du temps;

Sur votre front la ji unesse est fanée ,

Et vos chapeaux couvrent vos cheveux blancs.

Et cependant la nature est la même.

Flore toujours émaille nos guéicts; L'été, paré d'un brillant diadème.

Dore toujours les opis de Céiès.

Où .sont ces bals, ces fêtes si riantes. Où m'appelaient le plaisr et l'amour?

Où vin;il beautés, de jeunesse brillantes. Me ravi.ssaient, m'enflammaient tour à tour.

Que dis-je, hélas ! partonl on danse encore ; Won loin de moi . j'entends chez LucuUus

Vingt instruniens, cent jeunes Therpsicore Parent le bal ; mais je ne danse plus.

Ah ! que de nuits où jamais ma paupière K'a du sommeil reru les doux pavots:

Oii je voyais renaître la luuiiei e , Trop occupé souvent de mes rivaux.

Ce temps n'est plus : un sommeil doux, paisible, Ferme mes yeux jusqu'ari lever du jour; Mais ce sommeil, ce repos insensible.

Vaut-il les soins , les veilles de laihour?

0 Cicéron ! toi de qui l'éloquence, De la vieilles!-e embellit le tableau.

Et qui voud] ais d'une longue existence Par tes lei.ons adoucir le fardeau ;

Grand oralenr! je t'aime, je t'admire; Mais ton savoii', ton stvie iuijenieux.

Jamais, je crois, nepounonl n;e séduire, iNi me prouver qu'il est doux d'cire vieux.

Mais quand je lis, l'été, loin des orales. Près d'un ruisseau, sous des berce, ux rians. Tes beaux traites, les sublimes adages, Contre Verres les discours loudroyans;

Ou quand l'hiver, dans mon manoir tranquille,

Assis devant un modeste tison ,

Je lis Ho: ace , ou pleure avec Vii'f;ile

Les longs malheurs, les amours de Didon;

Je dis alors, oubliant mes années, É;;lé,Cbloris, les bals, les rendez-vous : L hiver a donc des heures !ori nuées.

Et jelle encor des rayons assez doux.

Soumis au temps dont la course m'entraîne , Qui sur mou lient se !;ravcchaf;ue jour. Je dis: Ulysse, Achille, Hector, Hélène, Tous ont vieilli , je vieillis à mon tour.

Vous qui vivez dans ce siècle qui passe. Ou jeune, ou vieux, mou cher contemporain, Sans nul rejiret , je vous cède la place, El chez Pluton je vous attends demain.

te même siècle, hélas! nous a vus naître; frères de lait , nous avons existé; Sans nous aimer, mCme sans nous connaîlrt, Chacun pour soi vivant de son coté.

Nous avons vu mainte et mainte folie, De fil ands débats , des f;ucrrcs , des procès ; L'ambition, l'orjjueil, l'hypncrisie.

Troubler la terre , enfanter des forfaits.

Nous avons vu bien des fripons en place; Malfire Thmiis, le crime triomphant; De l'hoii.me riche et le faste et l'audace; El la vertu dans l'ombre se traînant.

Consnlez-TOBs . tout ce qui vOns arrive Est arrivé jadis chez nos aïeux; Et i|uoi qu'on dise, ou bien que l'on écrive, Arriverjchez nos petits neveux.

PIÈCES FUGITIVES

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