CHAPITRE XXXIV
Suite de l'iiistoirc de Sapho.
• Nous touchions à l'anniversaire d'une fête que lesThessaliens célèbrent tous les ans dans la ^ allée en mémoire d'un tremblement de terre qui avait ouvert la roule des eaux du Pénée. Les habitans de Connus et des villes voisines se rendirent en foule sur les bords du fleuve; il disparaissait sous la nmltilude des bateaux qui montaient et descendaient : on offrit des sacrifices sans nombre ; l'air était embaumé de l'odeur des parfums; l'élite des jeunes personnes, séparéesen deux troupes, selon leur sexe, portaiu des branches de laurier, chantait en chœur, et répondait alternativement des hymnes religieux. Les échos répétaient leurs chants et leurs cris d'allér,resse. Ces rites accomplis, on dressa sous des bosquets, dans les petites ties, les tables du festin. Dans cette fêle on rappelle les hommes à l'égalité primitive de la nature ; les maîtres et les esclaves, confondus, mangent en.semble, et les maîtres servent les esclai es.
« Celle égalité accroît la joie et la licence de la fête ; les repas .se prolongèrent dans la nuit , et on les termina par la danse, la musique et d'autres exercices.
« Au milieu de ce tumulte je perdis Phaon ; mais j'eus le bonheur de rencontrer Thaïes de Milel , qui se promenait avec des sophistes de IJomins et d'IIomélis. Ce philoso])he, nommé depuis l'un des sept sages de la Grèce, revenait d'Egypte; je l'avais connu à Athènes. Après les expres,sions de la joie et de l'amitié, les sophistes nous conduisirent dans une des gorges du mont Ossa. Là , un torrent écuineux, roulant avec fracas de rochers en rochers, les ébranle et .souvent les eutraine; ses vagues se heurtent , se brisent , se soulèvent et se précipitent furieuses et mugissantes dans un gouffre, d'où, avec une nouvelle furie, celles s'élancent dans les airs.
«En continuant de moiuer, nous nous trouvâmes entre deux montagnes noires, dépouillées de tout germe de fécondité , n'offrant de toutes parts que des abiines profonds : les nuages erraient et pesaient sur nos tètes; aude.ssous reposait le chaos. Nous voyions des montagnes écroulées, cachées sous leurs débris ; des roches entassées, et d'autres menaçant d'écraser dans leur chute tout ce qui serait sur leur passage. Redescendus dans la vallée , je priai Thaïes de nous raconter quelques paiiicularilés sur l'Egypte. Nous allâmes nous asseoir, loin de la foule, sous des peupliers qui bordaient un joli ruisseau ; la lune jetait à travers les arbres une lumière douce, entremêlée de l'ombre des feuilles. Thaïes s'assit au milieu de nous et commença ainsi sa narration. »