‹ Œuvres complètesChapitre 410 sur 416 · MA RETRAITE · texte numérisé non relu

MA RETRAITE

Quelques livres , un toit modeste, Vu petit champ cher ."i Bacchus, Voilà de b bonté céleste.

Tous les bienfaits que j'ai reçus.

C'en est assez , si je suis .sage; Et si , penchant vers inon déclin , Je sais , sous le fardeau de l'âge , Jouir du soir d'uu jour serein.

Comme un autre, de la forlune J'ai pu manJier les faveurs, Et , pressant la foule importune, M'abaisser au pied des grandeurs.

Mais je disais : « Peu nous contente.

L'opulence irrite nos goûts; La naiure, mère indulgente.

Mit les vrais biens autour de nous.

Tâchons de graver dans mon âme D'heureux et tendres souvenirs; Que la vertu toujours m'enflamine, Et mette un frein à mes désir*.

PIECES FUGITIVES

Muses, coiivrez-moi tic vos ailes , Prolé,^,ez mon obscurité, Et sur vos rives ioiinorlelles , Donnez -moi rhos)jitalilé.

Couronnez de flenrs et de gloire, £t leijenieel. les laleiis, Et dans le temple de iMêmnire Placez leurs linsles Iriomphans.

Pour mol, je ne veux en parla",e Qu'un petit cliamp poiu- me nourrir, Un cii'ur sen»d)le, nn e.sp. ilsa(;e, Un peu d'étude, et du loisir.

Et toi , ma modeste chaumière , Sois mon a,>.ile pi oleeteur ; El sous ton ombre hospiialière Cache ma vie el mon bonheur.

Pelif jardin (pii voit ton maître Soi,;ner le débile arbr steau , On h en, sous nu dnme champêtre, Rêver à l'aise avec Rousseau.

Non , les richesses du l'oiose Ne valent pas ion doux souris:

Au priniemps lu ni'olTrts la r;:se, L'été je savoure tes fruits.

Puisse, en hiver, un dieu facile Te préserver de l'aqulon, Et l'arroser d'une eau fer.ile Pendant les jours de la moisson.

Pour goûter le plaisir extrême De faire ici-bas des heureux, A mes poulets, sotivenl moi-même, Je porte un jjrain cueilli pour eux.

Une allé, presse et vive el pure Anime cha(|ue nourris on :

Heureux enlaiis île la r autre.

N'enviez pas noire raison !

Ah ! fju'il est beau, mon crmitase.

Lorsqu'un ami , cher à mon cosiir, Vient, salis ail de mou inénaije, S'associer à mon bonheur !

Là, quand l'hiver et la tempi'le, Enfans glacés des noirs climals.

De ma chambre ébranlant le faite, Versent la neige et les frimas.

Tr3iir|uilles, nous causons ensemble, Au coin d'un eu brillant et doux, De l'ainilié rpii nous rassemble.

De vers, de prose , un peu de nous.

Le soir, sur une ligne égale, Ranijeaiit cavaliers et pio:is, Poui'la gloire, coiiunc à Pharsale, Avec ardeur nous combatii ns.

Mais, lorsqu'au haut de sa carrière, L'asLequi mesure le temps, Du Lion ouvrant la barrière.

Verse sur nous ses feux brillans ;

Assis i l'ombre d'un vieux chêne , Nous jouissons de sa fraîcheur.

De ce beau jour qui nous entraine , De quelque écrit qui parle au cœur.

Cependant , du feu des étoiles , Le ciel resplendit plus serein, El la nuit déployant ses voiles.

Nous marque l'heure du festin.

Déjii la fidèle Jeannette, Gouvernante de mes états.

Mou seul appui dans ma retraite, Diesse la table du rei)as.

Devant la porte elle est y)lacée, Au frais, sous la voille des cienx.

Près d'une source où l'eau pressée Roule, en grondant, ses tlols mousseux.

On sert des herbes potagères, Banquet Irugal , non (iivie; Mais lin vin pur rit dans nos verres, Versé des mains de lainilié.

Noble amili" ! ccmpagne aimable !

Source de nos féllcilés !

Heureux celui qui peut , ù table.

Te voir assise ù ses cotes !

Mais dissipant chaque nuage , La sirur paisible d'Apollon Se joue i travei's le feuillage, Ens'elevaiit sur l'iiorizon.

Salut , déesse (ntélaire , Qui viens éclairer mon réduit: Au doux cclat de ta lumière; La nature se rejouit.

Déj.'i le sommeil nous appelle.

«Adieu , bonsoir jusqu'il demain.»

Le lendemain , t'aube nouvelle Nous voit deboui dans le jardin.

Ainsi s'écoulera ma vie.

Aux champs, loin d'un inonde oublié

Au sein d'une sage incurie,

tt dans les bras de raniilié.

Démon bonheur, léinoin fidèle, 0 ma chaumière! o mes amours!

Las! bientôt la Pariiue cruelle Coupera le fil de mes jours !

Et vous, si rians de verdure.

Jardin chéri, berceaux touffus, Vainement mon c(t'ur en niurraure.

Bientôt je ne vous verrai plus.

Daignez, tristes dépositaires, Dans voire sein nie recueillir, Orner de Heurs, d'ombres légères, La demeure où je vais dormir.

Et là , plein de ma souvenance.

Qu'un digne ami ;;rave ces mois:

» 11 aima la vertu, connut la bienfaisance, « Vécut pour 1 aiuiiié , les arts et le repos. »

PIÈCES FUGITIVES

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