‹ Œuvres complètesChapitre 48 sur 416 · PSYCHÉ · texte numérisé non relu

PSYCHÉ

KOM.INCE.

Cœurs sen.siblcç qui m'écoulez, Donnez des pleurs i ma misère ; Et vous, séduisantes beautés, D',\niour redoutez la colère.

Tout comme vous j'ai su charmer; Mon ànie est tendre et Rénércu.se:

Avec un cœur fait pour aimer Devrait-on être malheureuse!

Vénus était , le croiriez-vous?

Jalouse de mes faibles charmes; Toujours en butte â son courroux.

Bien .jeune j'ai connu les larmes.

Elle éloigna tons mes amans ; Je vécus d'ennui consumée , Et .je per lis dès mon printemps L'espoir d'aimer et d'être aimée.

' De même à nome on conservait an Capilole , par un esprit de religion , la maison rie Romulns , couverte de chaume. Sénè<|ue dit ; Colit etiamnàm in Capilolio casant Victor gentiiim poinilus.

Un oracle fut consulté Par mon père et par ma famille.

« Un monstie , dit-il . redouté Sera l'époux de votre fille.

Condnisez-là dans les déserts ; Que là son père l'abandonne :

Vous verserez des pleurs amers , Mais ainsi le destin l'ordonne.»

Dans un désert aride, affreux.

Mon père me mena lui-même; Je reçus là ses longs adieux.

« Adieu , dit-il , tout ce que j'aime; Que le ciel ait pitié de moi ! »

1 1 d il , et part . O jom terrible ! Je tombe alors pâle d'effroi, El meurs sur la terre insensible.

Mais tout à coup ce lieu d'horreurs Devient ini palais magnifique ; Je vois des ombrages , des Oeurs, Des eaux, un superbe portique.

Ce prodige double mes sens.

Dieux! quel étonnemeni extrême!

Je lis sur vingt ormeaux naissans :

«Belle Psyché, c'est toi que j'aime.»

Je doute enc/)r . j'ouvre les yeux ; Lors une voix douce et flatteuse Me dit: « Psyché , règne en ces lieux; .le veux enfin te rendre heureuse :

La nuit je serai ton époux ; L" jour me verra disparaître.

Malheur à toi , crains mon courroux.

Si tu cherches à me eonuallrc ! ■

Ces mots rassurent mes esprits ; Je parcours mon suiierbe asile ; Je vais sous des berceaux fleuris , Je suis le cours d'une eau tranquille.

BicrUùl la nuit voile les cieux :

Au fond d'une alciive brillante S'élève un lit voluptueux; Je m'y couche toute tremblante.

Hélas! auprès de moi soudain Quelqu'un et .s'.igilc et me presse; Mille liai.iiers couvrent mon sein; Il m'enivre de son ivresse ; Mais il me quitte avant le jour. Ce fut le soir même visite, Mêmes plaisirs , baisers d'amour, C«la dura deux mois de suite.

J'étais heureuse, je le crois.

Ah ' (piels démons m'ont égarée I

Je veux du moins voir une fois

L'objet dont je suis adorée.

Chaque matin je me disais :

« C'est un mon.sire , la chose est claire;

S'il élait beau , je le verrais ;

Par ses appas il voudrait plaire.»

Je me décide , et loin du lit Je cache une mèche allumée ; Mon époux vient , et d'abord dit :

• Bonsoir, Psyché . ma bien-aimée. »

Aussitôt d'un baiser briMant Il presse ma bouche vermeille; Mais le plaisir n'a qu'un instant, Et déjà mon éiKiux sommeille.

Je me lève alors doucement , Sans bruit j'apporte ma lumière, (irands dieux ! quel objet ravissant '. Quel éclat frappe ma iwnpière!

VOYAGES DANTÉNOR.

Qu'il était beau ' mais , vaiu8 regrets ! Tandis qu'éloniu'e, incrédule.

Mes yeux déNoreut ses attraits.

Ma lampe verse et je le brùlc.

Il s'éveille subitement :

. Qu'oses-tu. dit-il , téméraire?

Tremble! frémis du châtiment!

Tels sont les ordres de ma mère.

Reconnais le dieu de Paphos, L'Amour, qui brûlait pour les charmes.

Adieu , perlide. » Après ces mots L'ingrat nie laisse tout en larmes.

Mon palais s'écroule à l'instant, L'éclair brille à travers les ombres; .le ne vois plus dans ce moment Qu'un vaste amas de rochers sombres.

" Grâce, je m'écrie à genoux , (irâce , Vénus , je t'en supplie '- Au nom de ton lîls , mon éix>ux , Pardouni' , accorde-moi la vie. »

• Oui, malheureuse, tu vivras' Répond une voix menaçante ; Mais renonce à tes vains appas, A ce faux éclat qui l'enchante; Tes traits vont inspirer l'horreur.

—Ah ! dis-je alors , toi que jimplore , Je te pardorme ta rigueiu-, Vénus, si ton fils m'aime encore.»

Depuis cet anét immortel , J'erre partout, de pleurs baignée, Cherchant l'éiMUX cher et cruel Qui m'a sitOit abandonnée.

Je m'accoutume à ma laideur :

La beauté n'est qu'un doa funeste.

Amour, je plains peu mon malheur; Car pour l'aimer mon cœm' me reste.

Pendant que Théophanie, d'une voix mélodieuse et louchante, célébrait les amours et les malheurs de Psyché, chacun de nous, alleiuif , suspendu, recevait toutes les impressions qu'elle voulait uous donner. Tantôt notre âme , voluptueusement entraînée, errait sous des bosquets enchanteurs , jouissait du bonheur de celte tendre Psyché ; tantôt vi\ ement émus , nous pleurions sou infortune et la vengeance de Vénus. Après avoir reçu nos élojies avec beaucoup de modestie, elle nous dit que Bien avait fait naguère une petite scholie sur lui-même , qu'il aimait à chanter. • Je vous la dirai, s'écria-t-il , mais ce sera avec ma voix rauque et cassée : jadis elle était pleine et sonore; mais

Je suis vaincu du temps , je cAde à ses outrages. •

Paiivre Bion , quel sort funeste!

Sur ton miroir jette les yeux.

Tu dépéris , plus de cheveux ; L'hiver blanchit le peu qui reste !

Pauvre Bion , te foilà vieux !

Ton front flétri , chargé de rides, (ilace les Ris et les Amours; Ces.\mo»rs si doux, si perfides, Ils l'abandouuent pour toujours.

— Si je vieillis, las! je l'ignore.

Je prends 1rs jours sans les compter.

Ce qt'-c je sais sans nie flatter.

C'est qu'en fuyant loin de l'auroiX" Qui vit nos premières amours.

On doit bleu jouir mieux ciicor« Un peu qui reste de nos jours.

Nous applaudîmes beaucoup celte chanson morale, rvous rappelâmes ensuite à Bion qu'il avait promis de nous conter quel dieu propice lui avait fait trouver uue compagne si aimable. • Volontiers ; faisons nos libations , et je tiendrai ma promesse. »

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