‹ Œuvres complètesChapitre 50 sur 416 · CHAPITRE XLL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLL

llisloire de Bion.

« Smyrne est ma patrie : un événement singulier mai-qua les premiers jours de ma naissance : l'ennemi surprit la ville; les habitans épouvantés se sauvèrent par la porte opposée : dans ce désordre , ma nourrice m'abandonna au milieu d'un champ.

«Mais un dieu veillait sur moi ; J mes pleurs, J mes vagis.semens, une chèvre, qui depuis peu avait mis bas, accounil, me donna sa mamelle, écarta les chiens el les autres bêles, et me continua long-temps ce charilable nfiice. Les ermemis retirés, les habitans reunrent dans leurs foyers; des fenunes m'aperçurent et s'étonnèrent de me li'ouver encore vivant; plusieurs d'enti-e elles

voulurent m'allailer; mais je détournai la tête el poussai des cris perçans. La pauvre chèvre accourut, et je pris sa mamelle devant toutes ces femmes, ravies de joie et de surprise. Depuis, pour atlirei- cette chèvre bienfaisante, on excitait mes cris, et elle arrivait anssilôt.

" Mon père, disciple du dieu d'Épidaure, homme d'esprit et de plaisir, me lai.ssa pour tout héritage des livres de médecine, un Homère, le buste d'Esculape, une casselle remplie des portraits et des cheveux de ses mattresses , beaucoup dedelteset un peu d'argent complanl. .le pris l'argent, l'Homère, et laissai aux créanciers les livres de médecine, l'Escidape et la '■asselle des portraits. Je vins à Athènes, portant comme Bias toute ma fortxme avec moi : mais jeune, amoureux du plaisir, avide d'ins- Imetion, ne rêvant que vers ; toujours sur les hauteurs du Parnasse, je planais au-des.sus des riches.ses , el préférais un sourire d'Apollon aux présens de Plutus. Cependant le besoin , quelquefois poignant, avertit ma philosophie que l'argent est Ixm à quelque chose, et qu'il fallait arroser les fleurs de l'Hélicon de quelques filets d'eau du Pactole. Mais je pensai qu'un homme d'esprit, un disciple du Lycée ne devait sacrifier au soin de .s'enrichir qu'une 1res courte période de sa vie; que la soif inextinguible de l'or, el l'application conlinuelle pour l'acquérir, l'élrécissaienl l'Ame et éteignaient ses lumières.

« La répinalion de Denys de Syracuse était répandue dans la (irèce; on ne parlail que de ses riches,ses, de sa puissance, de la protection qu'il accordait aux lettres et aux arts. Je résolus d'aller à sa cour briisquei' l'entrée du temple de la fortune. Je m'adressai à Plalon (jour être recommandé : ses lettres, le poids de son nom m'obtinrent de Denys l'accneil le plus distingué : je fus bientôt admis dans ses plaisirs, et ]wa à peu mes vers el ma galle m'initièrent dans sa confidence.

« J'appris que ce souverain de la .Sicile , qui jouissait d'un pouvoir illimité et de tous les dons de la torlune, élait peut-être le moins heureux des hommes : les soucis, les craiules, les remords habitaient sous ses lambris dorés. Toul le monde sail l'histoire de Damoclès, que l'on a contée de cent manières différentes: mais voici la vérilable version , ce que j'ai vu par mes yeux.

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