CHAPITRE XLIL
Histoire de Damoclès.
« Denys donnait une fête au peuple, qui se pressait, s'entassait sur la place devant latpielle est le palais; ce prince se promenait d'une fenêtre à l'autre, et Damoclès l'un de.s pins intrépides flatteurs de cour, le suivait en lui disant: « Mon maître , que vous êtes heureux ! Tout ce peuple, loul ce que vous voyez, toutes ces richesses, tout e<>la vous appartieni, vous en êtes le maître. » il répéta si .sonvenl ces fadeurs, vanta si souveni la félicité de sou maître, que Denys, fatigué de ses plaies adulations, lui dit: « Je veux vous faire goûter ce soir de ce bonheur suprême : vous serez roi pendant vingt-quatre heures ; ordonnez une fête, choisissez vos convives; je n'y assisterai (f\}f comme sujet, et si vous m'en priez » J'abrège le reste de l'histoire, Damoclès entra dans la salle du festin, la couronne sur latêle, enlouré de ses gardes , de ses grands officiers; un excellent orchestre jouait des airs de triomphe; nous suivions avec Denys , confondus dans la foule. L'heureux Damoclès se plaça sur un lit magnifique, sous
VOYAGES D'ANTENOR
un dais de pourpre tout parsemé d'étoiles d'or et d'argent ; le cadre el les pommes étaient d'or massif ; des jeunes gens des meilleures familles l'entourèrent |X)ur le servir. Pendant le repas, une habile ehanleuse prit sa lyre, et chanta les plaisiis, les délices de l'amour; un poète lui présenta des vers oii il célébrait ses lalens, sa puissance , ses vertus, sa valeur, sa généiosité, la douceur de son règne; et chacun à l'envi applaudissait aux louanjîes de ce nouveau monarque : s'il parlait , toute l'assemblée écoutait en silence el dans l'admiration. Itamociès s'enivrait de cet encens, de ces respects flatteurs, et savourait les délices d'une eïcjllente chère. Mais tout à coup il aperçoit verticalement sur sa tête une épée dont la pointe acérée le menaçait ; elle ne tenait au plancher que par un crin très délié. Cette vue troubla sa joie et son appétit. On eut beau lui prodiguer les éloges , lui vanter la bonté des mets , des vins de Grèce ; son oreille et sou estomac s'étaient fermés ; il ne voyait que cette épée toujours prèle à le percer. Il faisait des grimaces qui amusaient beaucoup Denys et les spectateurs. Enfin ce roi d'un jour. Inquiet , agité au milieu de ses grandeurs , pria Denys de lui permettre de les abdiquer. Par cette leçon emblématique Denys nous fit connaître la situation des tyrans au sein des voluptés et du faste qui les enviroiment. »