‹ Œuvres complètesChapitre 56 sur 416 · ACHILLE ET DÉU)AMIE · texte numérisé non relu

ACHILLE ET DÉU)AMIE

Mvr,soN.

Veux-lu chanter, ôLycidas: un air doux, tendre, harmonieux , digne d'être écoulé par Apollon ou par l'aimable C.nlalêe ?

lYCIDVS.

Volontiers : quel sujet te paraît agréable :•

MVKSON.

Dis-nous la chanson de Scyros ; conte-nous l'ardent amour du tîls de Pelée, ses craintes, ses plaisirs, ses care.s.çes furlivcs lorsque, sous les vêtemens d'uni' jeune lille, il était â la cour de Lycoméde. Dis comment la belle Déidamie avait enllanuné ce jeune héros, et lui faisait couler dans l'obscurité des jours sans gloire.

ivcrovs.

Un berger enleva autrefois Hélène, et la conduisit sur le mont Ida. Sparte , irritée de cet affront , appela à sa vengeance tous les peuples de l'Achaie. Les habitans de Mycène, de l'élide , de la baeonic, courent aux armes, et font maivher devant eux le ravage, l'incendie et la mort. Cependant Achille, caché au fond du palais de Lycomède, armé d'une quenouille, confondu avec de jeunes princesses , apprenait à Hier la laine. Les fleurs de la jeunesse et de la beavUé éclataient sur son visage; un léger réseau enveloppait ses l>eaux cheveux ; il avait la démarche, l'air de mollesse et de langueur d'une nynqUie île la cour de VéniiS ; mais il porUiildaus soc cœur, .aver l'amour d'un berger, le courage de M.irs et la flcrié d'un héros. Il adorait Déidamie, l'aurore le trouvait â ses genoux, la nuit souvent l'y retrouvait encore. II imprimait des bai.sersde feu sur sa main d'alb;1tre, el y laissait couler des larmes de volupté. Déidamie, ilu loin de son voile , essuyait les beaux yeux de son amant : s'ils se (piitlaient,ils juraient de revenir bientôt.el lorsqu'ils se retrouvaient ils juraient de ne plus se quitter. Souvent il la pressait légèrement dans ses bras, .serrait son sein contre le sien : alors tous les feux de l'amour coloraient son visage el brillaient dans ses regards ; et Déidamie , trompée par l'instinct de là nature , croyait respirer les charmes d'une douce amitié , rougissait , mais s'abandonnait sans méfïanee, b'henrenx Achille obtenait des faveurs , et peut-être son amante doutait encore.

Ravis de celle idylle, nous lalimions tous à l'envi. Bion, peu amateur d'éloges et d'encens, fit jeter les filets , et la pêche fui ti'ès heureuse : elle nous fil iniblier les heures. .Mais le vigilant Bion nous avertit du dcdin du soleil, et du diner qui nous attendait. Cette nouvelle fil grand plaisir. Il nous proposa de prendre le bain sm' les bords du lac. « Vous trouverez, ajouta-l-il, des asiles agréables. « iNou» acceptâmes, el les rameurs nous y conduisirent.

On avait pratiqué ces bains dans lesdiflérentes anses ou petites baies que formait la sinuosité du rivage ; les parois, le fond étaient revêtus de marbre; une votlle épaisse d'arbres el d'arbustes donnait une ombre impénétrable. La chaste Diane aurait pu s'y dépouiller sans roupjir et sans craindre les regards d'Actéon. Chacun de nous se réfugia sous ces berceaux voluptueux. Tandis que j'étais mollement couché dans l'onde transparente , mille oiseaux m'égayaient de leurs chants mélodieux.

Je quittai à regret ce lieu de délices ; mais un esclave m'appori a de l'huile , des essences et une robe éclatante de blancheur. Bion et Laeyde vinrent me prendre dans le bateau. Kous reçibnes, en passant, Phanor, ensuite Théolilianie, el nous voguâmes à l'ile de l'Amitié

VOYAGES D'ANTENOR

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