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CHAPITRE XLIX

Histoire d'Ibicus.

"Ibiciis élail de Rhégium, ville de la grande Grèce: les Muses, sans doute, lui avaient prêté leur lyre; mais il est un exemple de ces élres prédestinés devant qui le bonheur s'enfuit quand ils croient l'atteindre, comme un songe au moment du réveil. Api'ès avoir lutté long-temps contre l'infortune, l'amour l'entlaimna pourNcréis, jeune Athénienne, ornée de tous les dons de l'e.sprit el de la figure, el,de plus, riche héritière. 11 eut le bonheur de 'i plaire et de se faire aimer; mais le père de Néréis était un vrai Midas, jilns sensible an son de l'or qu'aux charmes de la poésie; ni les pleurs , ni la tristesse , ni les prières, ni le dépérissement de sa fille ne purent fléchir son avarice; il la renferma dans son gynécée, 68), lui présenta ensuite le riche Euphoriou, polémarque d'Athènes. l\éréis , pour jouir d'un peu plus de liberté , et quelquefois de la vue de son amant , feignit d'accepter cet hymen ; mais elle trouvait toujours (pielqne évasion pour reculer la fête. Tantôt elle avait aperçu une belette sur son chemin, et avait o\iblic de lui jeter trois pierres avant d'y passer;

' Ce pépin sans doute lui causa une toux violente.

tantôt on avait éternué à sa gauche, prononcé des paroles de mauvais augure; une autre fois son petit doigt s'était enfiourdi , ou elle avait senti des tintemens d'oreilles. Un jour elle avait rencontré im mort, el quoiqu'elle eût craché promptemeni , elle n'élait pas moins effrayée. Celle fois-ci un mauvais rêve l'épouvantail ; ensuite elle avait offert une victime à Junon , el les prêtres avaient déclaré es entrailles malsaines et livides. Son père . quoique superstitieux comme tout Athénien (69;, s'iuipatienla de tant de présages sinistres, et signifia à sa fille qu'elle épouserait Euphoriou dans huit jours. Nos amans étaient désespérés. IleureusemeiU un violent accès de colère contre un esclave, pour nu va.se brisé, .sépara ù jamais cet avare des vivans et de ses chers trésors. Ibicus vit naitre un jour plus doux ; l'horizon s'embellissait autour de lui ; il allait posséder sa maitre.sse et sa fortune.

«Quelques jours avant la noce, Néréis exigea de lui qu'il allai à Orope con.sullersur leurhynien Amphiaraiis, le dieu des songes, et chercher la guéri.son d'un mal d'yeux qui lui était survenu : il s'y rendit. Le temple de ce dieu esta douze stades d'ttrope, daus l'endroit même oii l'on dit que la terre s'élait ouverte sous ses pas et l'avait englouti avec son char lorsqu'il fuyait de Tlièbes. Auprès du temple est une fomaiue nommée aussi Amphiaraus, dont l'eau ne sert ni aux sacrifices ni aux lu.strati<ms; il est défendu même de s'y laver les mains ; elle est destinée aux guérisons. Ibicus s'en frotta les yeux , et y jeta quelque argeiil , comme il est ordonné. 11 entra en- .suite dans le temple , se purifia , immola un bélier, étendit sa peau sur le plancher, se coucha sur elle pour s'endormir el avoir un songe. En effet , il rêva que , conduit par l'Amour, il se promenait dans un jardin délicieux; il y respirait un air pur et frais, il cueillait des ro.ses, en savourait le parfum, en couronnait sa tête; mais tout à coup la noire tempête descendit du ciel, dévasta toutes les Heurs, et le tonnerre, qui grondait , le frappa et lui donna la mort. Il s'éveilla pâle, effrayé et couvert d'une sueur froide, il alla consulter les prêtres interprètes des songes cpii l'assurereiU que le sien n'élait pas favorable. « Par Jupiter, dit-il , les dieux m'annoncent la tnort après m'avoir fait passer par les avenues riantes de la vie et goilter .ses délices; j'accepte le marché et remercie les dieux.. Ayant ainsi méprisé l'inlerprétaliou sinistre des prêtres, il partit pour revenir à Athènes.

" Il allait , selon sa coulimie, à pied , tout seul , en composant l'épithalaine de son mariage. L'enthousiasme poétique s'empara tellement de son esprit, qu'il s'oublia, s'égara el vagua tout le jour dans les champs , hors de lui-même , ivre de poésie el d'amour. Au coucher du soleil, il s'aperçoit de son erreur, regarde autour de lui, semblable à un houune qui revient d'un évanouissement ou d'un souuueil profond. 11 cherche dans sa pensée ce qu'il fait, ce qu'il veut, daus quel lieu il habile; il se rappelle enfin qu'il veut aller ù .\thènes, ne recomiait plus sa route, et comprend qu'il s'est égaré. Il voit une espèce de pâtre; il court à lui et lui demande le chemin de la ville. « Vous en êtes un peu éloigné ; mais , si vous le désirez, je vous mettrai sur la roule. «Ibicus acceple, el promet un salaire. Sou guide le mène à travers les montagnes. La nuit se lève, r(mibre .s'étend ; déjà ils ne marchaient qu'à la lueur du crépuscule. « Eh bien ! avançons-nous.' demande Ibicus. — Oui , nous approchons. Mais je remarque deux hommes qui m'inquiètent ; ils ont mauvaise mine. — • Qu'importe leur mine? ne sommes-

VOYAGES O'ANTÉNOR

„o.,s pas deux aussi? Puis(|ue vous êtes si brave, pvémrez-vous au combat, car ils viennent à nous. » Mon SeÙreuxami. vaillant comme Thésée, s'arme de so, bàlon et attend fièrement ses assassins : son c(md. . leur se place derrière lui, et le frappe d'un poignard. Ib.cus «ourne furieux, et dun eot.p de M.ou Hem pa err Soudain les deux autres scélérats l'assadlent 1 epée I a main. U se défend lonfi -temps avec une bravx,tu-e extrême; d casse le bras a Inn deux, ma,s l'an re J n, t n le perce d'un coup d'épée. Le brave Ib.cu S et, alant d'expirer, prend a tém.«n .W sa n,or. une troupe de âmes qui passaient sur sa lete. (Ji u no Z iue ce ne fut pas en vain? Ma.s la pu,nt,on du crnne

^n^^r;Î:cSrent; et, malgré les plus grandes nerquisilions, les assassins, enveloppés dans leur sei.e , avà n la '"dicte publuine. Pourtant un jour, dans le a™d'Athènes , il.' aperçurent des srues; 1 un d eux de. riant à ses camarades : -Voilà les tén.oms du po. e Ib lu . C«m,ne sa ntort avait fait beaucoup de bnnt^ uneïeune tille de quatorze ans, ayant ou. le propos, pr,^ V ,ud ailleurs par la ma..vaise m.ne des tro.s pc.-so..- ,ar« courut le répéter à u,. archonte. Sur ce fad, le mdicf ils furent arrêtés: le..r trouble. l'a.nb.r,u,té de leu.-,s S. es confir...ent les soupçons : on les met dans u..e Sue de bois i c,..q ..ous, quientrava.t le,.rs ja,..bes, ëurs b.^s et leurs têtes ; o.. leur donna c.su.te la quest.on n un roue q.ù tourna,, avec une rapidué ex.rên.e. La : c" es tourl..e..slenr arracha l'aveu de leurs crnnes : i"s furent condamnés à être préc.p.lés dans le Ba-

'■'Ïous admirâmes la justice des dieux dans le châtiment de crsclérat-s. .Mais . s'écria Bion, qui .ne .-endra n.on cher IbTeus? Poète aimable, <|uel autre que lot fera réolr ta flûte? que. .nor.el -dacie..x ose.. ja,.,a,s ap^^^ nlinuer ses lèvres à tes chalumeaux? Ces organes de tes StT^sôuv enuent et.core d.. souffle qui les an.ma.t I • 'To^lterrctpreces tristes réflexions, nous Un demandâmes l'histoire d'.\pollonides. «Je vous la d..a. Ts les .-ayons du soled mourant b'a"eh;-"U P-bords de IhoriMn; faiso.is circuler cette coupe de v.n d Eesbosen l'honneur de C,o...us ; pendant ce e..tps-i on éclairera notre chaumière. Vesper, s'ecna-t-.l , tu . amènes avec toi le repos et les pla,si,-s ; tu nous ^.n^n lheu.-e oi. nos coupes vont se remplir. A ton levé., les

1 eaux rentrent' dans la '>er«erie la Jeune 1-^^^^^^^^ revient auprès de sa mère, l'embrasse et lui rend compte

du •oupeau. 0 Vesper! tu rasse.nbles tous les êtres que

I ace des eaux. Les esclaves retirés , B.on nous dit l his luire d'Apollonides.

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