‹ Œuvres complètesChapitre 62 sur 416 · ODE A THÉOPHANIE · texte numérisé non relu

ODE A THÉOPHANIE

Tout est chanfjé dans les cierix , sur la terre ; Cypris n'est plnsla rcinedcs .Amonns; Le blond Phcbus , ce dieu qui nous éclaire , Ne .sera plus le pf re des beaux jours.

La rose en vain, sur sa lige épineuse ,

De sa jeunesse étale les couleurs :

« Abaisse ici la tête fastueuse ;

Non , lu n'es plus la première des fleurs!

Viw beauté, des niorlcls adorée.

Efface tout par mille allrails nouveaux;

lliéophaiiic , an lieu de Uythérée ,

Règne aujourd'hui ilaiLsCnide et dans Paphos.

O doux objet , coinnu' lUbé , connue Flore , Tu vas l'asseoir à la table des (licu<; Mais daigne au moins sur l'amanl qui t'adore Laisser tomber un regard de les yeux.

«Vos vei-s, lui dis-je, .sont très agréables; Thégphanie les a-l-elle reçus ? — Oui ; d'abord avec l'embarras de la limidilé; mais elle s'est ras.surée et m'a fait espérer une réponse. ■ Je le félicitai de ce succès, sans cependant m'y fier beaucoup. Vers le soir il vint à moi , ivre de joie, se moquaiu de mes doutes, de mon incrédulité, et me montra des vers charmans qu'il venait de recevoir de l'aimable Psyché : l'éloge n'était pas exagéré ; les vers étaient pleins de grâce et d'esprit. Je convins avec Phanor que l'écolière égalait le inaiire. ■ Oh ! Bion est bien loin du naturel, des grâces répandues dans ces vers; Corinne,

Sapho même n'ont rien composé de si délicat , de si brillant ; c'est Erato elle-même qui les a dictés. Combien ce talent enchanteur redouble ma Hamme ! aussi je n'ai jamais aimé d'un amour si ardent. »

Convaim'u dès lors que la palme l'altendait au bout de la lice , il sollicita im rendez-vous par d'autres vers ; et le rendez-vous lui fut promis eu vers aussi, dans trois jours, époque ou Bion devait aller à Amphissa.

«.le fus étonné de celle facilité de Théophanie; je blâmai vivement sou ingralitude pour un amant au.ssi aimable que généreux ; mais Phanor ne voyait dans cette prélérence que la douce sensibililé d'une âme noble et lendi'e. Le laps de ces trois jours fut d'une lenteur mortelle; enfin il expira. Le rendez-vous était à la laiterie ; et dès que Bion fut parti, Phanor y courut, rayonnant d'amour et d'espérance.

A peine m'avail-il quitté, que je vis revenir Bion suivi d'une troupe déjeunes personnes des deux .sexes, portant des couronnes, des fleurs, des torches, des llrtles, des cymbales, des .sistres et un flambeau nuptial, il me dit : « Siiiv ez-moi ; • ce que je fis tout étonné. Nous allâmes à la laiterie ; on .s'arrêta devant la porte. Le coryphée donna le signal , et l'on chanta en chœur l'épithalame suivant, composé par Bion :

« Vénus , reine des déesses ; Amour , force des humains ; et « loi , Hyménée , source de vie , c'e.sl vous que je chante dans " mes \ ers; vous Intis, Hyménée, ,\monr, Vénus ! .leune homme "éveille-toi : l'.\n]our, la Icrre, le ciel le sourient. Ta guirlande «est prête : Phanor, favori de Véinis ; Phanor, l)rillaut époux • de Tliéophanie, regarde la Ijelle niailre.sse ; elle est pleino "d'éclat et de majesté, ba ro.se est ta reine des (leurs; Théo- "plKuiie est la reine de ses compagnes. Lève-loi , heureux "époux! Ion lit nnplial est préparé. Puisse naître bieiUiit dans ■ ton jardin un fruU éclataul comme te lis , et aussi durable que '•le cyprès.»

Le chant fini, Bion entra à la tête de sa brillante Iniupe; chacun pré.senta une couronne à Phanor, très embairassé de sa contenance; Théophanie le couronna ellc-uuMue. On se promena dans la campagne; le flambeau nuptial précédait Phanor : une femme d'un âge im1r était à coté de Théophanie, lui servait de mère et de paranymplie 71 . On marcha au son des insirumens et des (hauts d'hyménée. Quand on fut arrivé dans le bois , on dansa sous son ombrage. Je riais de bon cœur de l'embarras de Phanor et de la vengeance douce et ingénieuse de Bion. La danse fut interrompue par un superbe festin; l'on plaça les prétendus époux à coté l'un de l'autre, et l'on répéta l'épilhalaine. Théophanie chanla ensuite un couplet très agréable composé par Bion et analogue à la circonstance ;75'. Après le festin, qui fut très long, très gai , excepté pour le héros de la fête , on dansa encore, et la nuit seule imerrompit nos plaisirs. Chacun s'élant retiré, Bion félicita Phanor sur son mariage, ajoutant que Théophanie le dispensait du reste de la céiémonie ; après ce compliment, il nous salua, et nous restâmes seuls.

Je regardai quel([ue temps Phanor sans mot dire : la honte et le dépit éclataient sur son visage; il rêvait, se mordait les lèvres. • Eb bien ! lui dis-je, convenez que Bion nous a fait pas.ser une journée charmante. — Je l'ai trouvée fort bmgue et très insipide. — Vous êtes piqué an jeu ? — J'en conviens , je suis outré, la plai.santerie est détestable. — Kon , voire rival s'est vengé en homme d'esprit et de bonne compagnie. — Je lui en veux moins

(inù la perfide qui r.i'a lialii. — Elle le devait, elle lui a iiKiulré vos vers : et Bion, |)onr s'aiiiuserà vos dépens, a répondu |)our elle. Vous ave/, trouvé ees vers supériems à ceux de Corinne et de Sapho ; jamais Bioii n'a eu les fjrâres de ce style Vous voyez quels sont les juyeniens dictés par la pre^■enlion. Voulez-vous encore séjourner quelques jours ici ? — Non , par Bacchus ; j'y jouerais un fâclieii.x personnaj;e. Partons demain au point du jour. — Soit; allons prendre con;;é de nos botes. » Plianor s'y refusait : je lui repré.seutai l'indécence de parlii' sans les remercier. Il se rendit, mais il refusa de voir Tliéophanie ; il était trop irrité contre elle. Le sa(je Bion nous lémoijvna des i'e;;retsde notre départ. H demanda pardon à l'Iianor de la mauvai.se plaisanterie qu'il lui avait faite, déclarant que c'était moins par esprit de vengeance que pour lui faire entendre que la raison , l'honnêteté, la prudence devaient le j;uider dans ses amours ; ensuite il nous invita à déjeihier pour le lendemain

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