CHAPITRE LVIl
l'haiiorol Anléiior parlent pour I.acolémonc. Ils pa.sscni par D;i[ilis , C.orinlhe. Fèlc de Diane. Il.s .s'embarquent avec Diagoras, anivcnt à Épidaure, entrciU dans la Laconie.
Nous partîmes pour cette ville si renommée, dont les mœurs, les lois, les usages, coiuraslent si tVn-tement avec ceux de la Grèce, et surtoul d'Alhcnes.
Siu'la roule de Delphes à Daulison trouve un chemin nommé le chemin qui fouiche: il est souillé du sang de Laïus. C'est là qu'OEdipe eut le malhenr de rencontrer et de tuer son pèie, qui fut enseveli au même endroit, avec le même domestique qui le suivait. De belles pierres de taille entassées font l'orneinent de ce tombeau, ^olls ne pilmes en approcher sans frissonner d'horreur. (Juil teri'ible souvenir nous retraçait cette funeste aventure !
Dauli.s n'est pas fort peuplée; mais ses habitans pas.sent pour les hommes les plus grands et les plus robu.stesde la Phocide. Celle ville fnl le témoin d'une vengeance atroce: des fcmines assassinèrent le fils de Térée. et lui en servirent les membres dans un festin : c'était celui des Knménidcs.
^ollS ponrsuiviines noire roule, voyageant, comme A notre ordinaire, lanlol à pied , lantôt achevai, et nous arrivâmes à Corinllie pleins de j;ailé, de vie el de santé.
L'isthme de (kjrinthe joint le Péloponèse au reste de la Grèce. I,a ville occupe le milieu de l'isthme, et l'on compte à peu près soixante stades des deux cotés, jus-
qu'aux deux mers. Elle est sur la croupe d'une coltiae. Nombre de beaux édifices publics et particuliers la décorent Le théâtre où le peuple s'assemble pour les affaires d'étal est un monument magnifique. Le Stade est bâti en marbre blanc. Une promenade charmante conduit du Stade au temple de Neptune; d'un coté, elle est bordée de statues représentant les athlètes vainqueurs aux jeux islhimques, et de l'autre, de pins alignés au cordeau. On nous montra les bains où la belle Hélène avait souvent reposé ses membres délicats ; ils portent .son nom. C'est une source abondante d'eau chaude et salée, qui tombe dans la mer du haut d'un rocher.
Nous vimes avec plaisir une autre fontaine ornée d'un Neptune en bronze; un dauphin esta ses pieds, versant l'eau dans un grand bassin. Cette fontaine est entourée des statues d'Apollon , de Vénus, de deux Mercures et de trois statues de Jupiter.
Au milieu de la place s'élève, sur un piédestal, la déesse des arts et de la sagesse. Les Muses , ses fidèles compagnes, sont à ses pieds, gravées en bas-reliefs.
La fontaine de Pyrène attira nos regards, et nous intéressa au sort de celte infortunée qui lui domia .son nom. Son fils avait péri à la chasse par les lléches de Diane; Pyrène, au dé.sespoir, ver.sa tant de larmes, qu'elle fut changée en fontaine ; elle est revêtue de marbre blanc, environnée de petites grottes : tout auprès , comme ])our adoucir ses peines , on a placé le plus aimable des dieux , paré de tout l'éclat de la jeunesse; c'est Apollon. Il est entouré d'un mur à hauteur d'appui , où l'on a sculpté le combat d'Olysse einitre les amans de Pénélope.
L'aprè.s-dinée, quand les zéphyrs nous eurent apporté un peu de fraîcheur, nous moulâmes la colline sur laquelle est .située la citadelle. On y trouve, en entrant, le temple de \ émis. Sa statue, couverte d'armes éclatantes, est entre celle de l'Amour et celle du Soleil. Le culte de cet astre avait précédé, chez les Corinthiens, celui de Vénus. De cette élévation, la déesse semble porter ses re{jards dominateurs sur la terre et les mers. Pour nous, sans ambitionner aucun empire, nous promenions nos yeux sur deux golfes où les flots viennent expirer en se jouant. Notre vue embrassait les monlagues du Parnasse et de l'Ilélicon, et se reposait avec délice sur la citadelle d'Athènes et les riches campagnes de Sicyoue.
Oiiantité de bains publics, de sources abondantes, rendenl Corinthe un séjour enchanteur. Phanor surtout était ravi de la beauté des femmes. Les Corinihiens, nés voluptueux, aiment les arts et les plaisirs; ils honorent beaucoup les courtisanes, qu'ils regardent comme les prêtresses de Vénus. Après la retraite de Xerxès, ils altriliuerenl â leur intercession le salut de la république, qui les fit peindre dans un tableau, comme les Athéniens avaient fait faire les portraits de leurs généraux après la bataille de Marathon. Les Corinthiens craignent tellement de manf|i'er de courtisanes, qu'ils font acheter dans les lies de l'Archipel, jusqu'en Sicile, déjeunes filles que l'on élève pour le culte de Vénus ; on les voit croître, se développer, et par leurs traits naissans on juge de leur beauté future et de leurs succès dans l'empire de l'Amour. Les lieux peuples d'Athènes et de Corinthe sont prévenus pour leur patrie. Les Athéniens prétendent que les dieux se .sont disputé l'Attique, et les Corinthiens que le Soleil et Neptune mit eu la même contestation au sujet de leur pays.
On uous invita à la fête de Diane , au port de Cenchrée.
Nous étions alors A l'ouverture du printemps. La (erre semblait sourire d'amour et de plaisir. Le jour de la ft^te paraissait la fête de la nature. Elle déployait toutes ses richesses; la verdure naissante, si douce à l'œil, s'étendait sur les plaines ; les arbres se paraient de feuilles et de fleurs. Les flots de la mer, lents et paisibles, venaient, en murmurant, mourir sur le rivage; une foule immense, inspirée par la joie, remplissait les cbemins. Elle se réunit dans le temple, d'où la théorie ', avec un grand appareil, se mit en marche. Chacun était vêtu au gré de son caprice et de sa dévotion ; l'im. charné d'un baudrier, représentait un soldat ; un autre était en chasseur, un épieu à la main, un petit sabre au coté : l'elui-ci, paré de tous les ornemens du sexe, chau.s.sé de souliers dorés, affectait la démarche et l'allure d'une femme ; celui-là ,se présentait eii gladiateur, avec des bottines, un bouclier, sa lance et son épée : son voisin marchait en magistrat, revêtu il'mie robe de pourpre, et faisant porter des faisceaux devant lui ; un autre, degui.se en philosophe, paraissait avec un manteau, un bâton, des sandales et une barbe épaisse; ceux-ci se masquaient en oiseleurs, en pêcheurs, les uns armés d'hameçons, d'autres de ro.seaux enduits de glu- Mais ce qui excita les plus grands éclats de rire, fut l'arrivée d'un ours apprivoisé, porté dans une chaise; il était suivi d'un singe coiffé d'un bonnet brodé, et vêtu d'une robe à la phrygienne, couleur de .safran; il tenait à la main une coupe d'or, et représentait Ganymede. Phanor piétendait qu'il fallait lui donner des i;ardes, de peur que Jupiter ne vint l'enlever. On voyait encore un âne avec des ailes, accompagné d'un vieillard décrépit. Cependant la déesse protectrice s avançait avec toute sa pompe au milieu de ce peuple joyeux, si bizarrement masqué : des femmes en habits blancs, couronnées de fleurs, et porlau^ diverses choses dans les mains, précédaient la déesse, et parsemaient de Heurs le chemin nii elle devait passer. Plusieurs d'elles avaient des miroirs attachés à leurs épaules, où Diane pouvait voir les images de ceux tpii la suivaient. Ouelques-unes gesticulaient avec des peignes, comme si elles arrangeaient les cheveux de cette divinité. D'autres versaient jjontle à goutte devant ses |)as du baume et des huiles précieuses. L'ne foule immense, répandue autour de la statue, portait des torches, des flambeaux de cire, des lampes, et toutes sortes de lumières artificielles. L'air retentissait des voix et des lliltes des musiciens ; une brillaïue jeunesse en habits blancs chantait alternativement des vers religieux qui expliquaient le motif de cette fête. Des gardes écartaient le peuple, et ouvraient le chemin aux .simulacres des dieux. Après eux venaient les initiés dans les sacrés mystères, vêtus d'une robe de lin d'une blancheur éclatante. Les femmes avaient les cheveux parfumés d'essences et envelop|)és d'une gaze : la tête des hommes était rase et luisante. Cette troupe sacrée, portant des sistres d'airain, d'argent, et même d'or, faisait résonner l'air à grand bruit. Suivaient ensuite les principaux nùnistres de la déesse, couverts aussi de robes de lin fort blanches, qui descendaient jusqu'aux pieds.
Le premier prêtre avait une lampe d'or faite en forme de gondole; le second portait de petits autels nommés le secours; le troisième montrait le caducée de Mercure, avec une palme dont les feuilles étaient d'or ; le quatrième tenait en l'air une main gauche, symbole de la justice;
' Procession.
Csp,
il portait aussi un vase d'or façonné en mamelle, plein d'un lait qu'il ré|iandait; le cinquième soutenait un veau d'or, orné de petites branches ilu même métal.
Les dieux, portés par des hommes, suivaient immédiateixient. L'un, orné dune tête de chien, était Anubis ; l'autre, qui était le messager des dieux , tenait un caducée d'une main, et une palme verte de l'autre. Après lui on voyait une vache élevée sur ses pieds de derrière, figure de la déesse, mère féconde de toutes choses ; un des prêtres la portait pompeusement sur ses épaules. Une corbeille était dans les mains d'un autre ; elle renfermait les secrets et les mystères de la religion. Celui-ci était chargé d'une petite urne d'or, ronde par le fond, sur laquelle étaient {fravés les hiéi'oglyphes des Égyptiens. Cette urne repré.sentait la divinité, et marquait la sublimité de la religion, dont les m\ stères doivent être impénétrables
Après une marche assez longue, accompagnée de vives acclainations et des vœux du peuple, on arriva au bord de la mer, et on y déposa les images des dieux. Le grandprêtre, par d'augustes prières, consacra â la déesse un navire artistement construit, purifié avec une torche ardente, un oeuf et du soufre. On y lisait de tous cotés des caractères hiéroglyphiques de l'Egypte ; les vœux des navigateurs étaient écrits en grosses lettres sur la voile blanche du vaisseau. On voyait sur la poupe une oie sculptée, toute brillante d'or. Le vaisseau, parfaitement bien travaillé, était de bois de citronnier. Les prêtres et le peii|)le apportaient à l'envi des corbeilles d'aromates et plusieurs autres objets eu usage dans les sacrifices, qu'ils jetaient dans le vaisseau. Ils versèrent aussi dans la mer une composition faite avec du lait et d'autres liquides. Quand le navire fut chargé de ces pieuses offrandes, on détacha l'ancre ; et aussitôt un vent doux et propice enfla les voiles du vaisseau et l'éloigna du rivage. Dès qu'on cessa de le voir, les prêtres repriient les statues, et toute la théorie retourna au temple dans le même ordre et la ménie effusion de joie.
A notre arrivée, le grand prêtre, ceux (|ui portaient les images des dieux , les initiés , entrèrent dans le sanctuaire, où l'on remit tous les dieux à leur place. Un des pastophores, monté dans une tribune fort élevée, fit des vœux pour tous les assistans , pour la ])rospérité de la navigation et de la patrie, et finit en disant que l'on pouvait se retirer. Le peuple réiiondit en souhaitant que cette fête servit au bien et à l'utilité de tout le inonde. Chacun s'en retourna joyeusement chez soi, après avoir jeté des rameaux d'olivier, de la verveine et des couronnes de fleurs devant la statue de la déesse, et lui avoir baisé les pieds.
Phanor, pendant cette longue promenade, s'était attaché à deux Corinthiennes, la mère et la fille ; celle-ci d'une figure charmante, l'autre de l'âge d'Hécube lorsqu'elle tomba en partage à Ulysse. Phanor, frappé des charmes de la jeune per.sonne, nommée Timandra, lui prodigua son encens et ses soins. Elle lui répondait par des regai'ds doux et le sourire le plus aimable. Il offrit à la mère de les accompagner ù Corinthe; elle accepta : il était enchanté. Mais, après la cérémonie, un jeune iirêlre aborda Timandra; à sa vue, elle parut s'animer des douces émotions de la joie; ce qui refroidit un peu l'amour naissant de Phanor. Il fut encore plus mécimlent lorsqu'il se vit négligé et abandonné à la mère pour la conversation. 3ifi,)', ilavi.p.-)U s de les suivre à Corinthe. Pour
^rifier sept lois dans la mei- suivant le nte de PNtlia- , iZ- d,, quMl allai, s'y plonp^er, e. qu'il les ,-ejo,ni, après cette .érémonie. Mais il vint me retrouver, et nous nous e,r,l,arqu.'>,nes aussitôt potn- Ep.da.vre^ Nous trouv:^ii.es sur notre vaisseau D.ai;oras sur rZhrr dont la conversation savante el inr,érrn n re^iit Ta nlVtsation très a,r.a|,le. .1 nous r c ma r énen,ent qui l'avait jeté dans l'athétstne car [,1 ficha Veuor, dit-il, m'avait dérobé un po.m • elaiei en justice: il osa prêter le r.rand sermen l'ef rTméme des scélérats. Nous descendîmes dans le :r;:::riutempledeÇé,.setdePj^e.^^^
:^^:::;™r;:"hr=^a:::;';^:n,an.,.u,.q>.
?ouvra"èu i appartenait, prit les dieux à témom de son nnocence et p.'nonca des imprécations horribles cont e es par ur s. Le lendemain il publia le poén.e sou son ir "en recueillit le fruit et la ,loire. Jusqu alors ous'd -il, j'avais été dévot et superstitieux; -nats quand e vis que ia foudre de ..upiter dormait et laissait ee scélérat impnni , je ne crus plus aux dieux. -
Notre uavinatiou, d-ahord heureuse eM^'^'W^- f" irouhlée par a tempête: les vents se décbaïueul de »nes d'ean s'élèvent et meuacenl 5 chaque instant •en'lom r notre frêle navire. Matelots, officiers passa- ' ^^ n ôquenl à grands cris tous les dieux de la me , Neotùne Téthvs, Nérée. Diagoras, Phanoret moi couchés c^télnu de l'autre, attendions notre destinée sau criTr après les dieux. Les matelots effrayés .se disaient entre e - qu'ils méritaient bien de périr, puisqu.ls se-
V oe calme:. Ces navires que vous voyez, autour de
sence d'esprit et son courar.e nous sauvèi ent ,8f), .
^rr s\^ Épidanre, Diagoras nous donna eueore des pre. s pai ari.es A. son irréligion. Nous étions dan in l'nple de Neptune, dont les murs sont tapisses des ubleux offerts par des per.souues échappées du nau-
v,ui sauce de ce dieu ! -Je ne vois pas ,ci, répondit-il ;V le x de ceux qui ont péri malgré leurs vœux 1, s lableaux i voulions apprêter le
!î::::;'Se"lÏ:nru,anquait.Uaper,:u,uneviei,,e ' A !,*„■. nui renresentait Hercule; d la brisa en
comment le qui.ter, nous prîmes congé de Un.
■. viWc d'i'pidaure est coi.sa.rcc à Ksculape , et vmc. U t^îi^uu V! '-lînincni les habitans. La fille de Ph.êg.as
VOTAGES D'ÂNTÈNOR.
u„ de. plus grands héros de .on temps, aimée d .\pollori levin. enceinte: pour cacher sa faute a son père, elle a la îrehèr secrètement auprès atpidaure; elle exposa^ n fils sur une montagne. Une chèvre l'allaita , et le chien du troupeau veilla sur lui. Un jour le ^^«vrier <.h^« ce,te.Jvreetsonchien,les,r™ivaanp <^-.^^^ 11 voulut remporter; mais il le Mt ^' ^J-^P'^" ,
lades et ressuscitait les morts. Au-dessus oe um .i
mple on lit cette inscription: l-entree '^^^^^
x;;i-s::;r::;.:-a'rm:inn„b.on,appuyan.
T;r:il::r;Me;ees.en.ourédebon..
dan sou enceinte on ne laisse mourir — — '"^", accoucher aucune femme, et .ou. re q"'"" ^«"fi/ ^ 'he doi. V ê.re consumé. Au.oi.r du temple on a b^li s nSnspour ceux qui viennent l'implorer , e une "esaUe.lmpUedeli.s.sur.esquelslescons«^^^ sent la nuit, après avoir déposé sur .me '«^ e le ?", ts des râteaux et d'autres offrandes. Phanor feignit une m aulaielrvoircequise pratiquai, en Pa- -. Un des mini .res lui ordonna d'observer un pro ond s. ence ,:iensegarderdeselivrerausom,neil,etd'êti.a.enf
anx songes que le dieu lui enverrait ; après quoi il été. ,.uit les lumières e. emporta les offrandes. . " Le lendemain Phanor me dit qu'il n'avait point eu de songel mais qu'il avait entendu la voix du pre.et.du Esc lape qui lui ordonnait, pour sa guérison daller ; ndan. trois mois respirer l'air de Cos Pat-'-e d H'PP- ,-a,e. Phanor promit de se bien porter san aue le ova-e- mais une femme de Lesbos m'assura qu elle aya V dans un songe le dieu lui-même qui l"! '""f =" , !» poitrine, et que depuis elle n'avait pins sen.t de douleurs
''~rpens sont consacrés à Ksculape; les prêtres en élèvent un dans l'intérieur du temple, qui obéit à leur IkL replie amour de leur corps , et recoi, la nourn- ;:: de lem'main.()n nous dit qu'il ^1^'' '^ « - „r,is nous filmes assez heureux pour qu d daigu». »e on. er dans les rues d'F.pidaure pendant uolre séjour, s' ..romenait majestuensement ; et comme son appa- " n'rde.resbol.ang.n-e,la3„ieêe,a.ai.surU«.ses
visa-es Ou l'invoquait , on se prosternai, 'levant m bien des gens le prenaient pour le dieu lui-même. S. on . 1 uj'iïn'v a point d'absurdité qui ne ,so,t entrée dan a t de cpielque philosophe, on peu. ajouter qu il n'y a point de sottise qni n'ait infecté l'esprit hun.am.
'^ csKpi'la""^"'* '■*"■•'""• '""^""^ "" ''^^f:"-^™f ': finuesen l'honneur d"c,sculape. On trouve dans le bo,s u 1 r and nombre de colonnes où son. écrits e.s "om de eux que le <lieu a guéris , le genre de maladie , e les move s de leur guérison. Auprès de cette ville es. un blTs consacré à Diane, où elle est représentée en ohas-
''Zs continuâmes notre route par .erre P"- ;;i;=>;'^;
l'anné.it et la gaîlé furent nos fidèles compagnons de
ovr.e l;enjo emen. dePhanoré.ai. inépuisable, quand
in'ét'ait pas amoureux ; mais, dans ses accès d amour,
' ^ .1 re se modifiai, siugulicremeu, ; d se noin-r.v-
de .laiu.es et Ce soupirs : heureusement pour hn et
VOYAGES D'ANTENOR
ses amis, ses fièvres aiuouieiises élaienl intermittentes; un regard les alUuuait , un jour d'absence les éteignait. La charmante Tliéoplianie était déjà au même rang que l'adoraJ)le Tliéano, ('est-à-dire que les eaux du Lélhé les avaient chassées l'une et l'antre de son cœur. H me raconta qu'à l'âge de quatorze ans il s'était passionné pour une statue de Vénus ; nouveau Pyjjmalion, il l'ornait de Meurs , soupirait à ses pieds, lui adressait des vers , l'emhrassait. Mais un jour, en la pressant trop vivement, dans ses bras, la statue ébranlée tomba sur lui et faillit l'écraser, ce qui le guérit de son amour.
Nous arrivâmes très lard àHélos, dont les habitans, réduits eu esclava(;e par les Spartiates, ont pris le nom d'Hclotcs ou A'HUoles. Kous en partîmes dès le grand matin, car celte ville est l'image de la .servitude. Parveiuis aux montagnes qui font face à l'Eurotas, nous aperçilnies un honnne qui Inllait corps à corps, avec beaucoup décourage, contre un loup énorme. Nous volons à .son secours en jetant tle g'rands cris. Le loup épouvanté lâche sa proie et s'enfuit. Je croyais trouver son adver.saire pâle, tremblant, épuisé de force; il était au contraire cnHannné de colère, et vouiait poursuivre l'animal; mais il était déjà loin. Cet homme était couvert de sang ; nous l'en averthiies. «Ce n'est rien , répondit-il froidement; j'ai deux blessures. « Nous l'engageâmes à se laisser panser. Il voulut bien y con.sentir. Il nous demanda où nous allions. « Nous sonmies , lui dis-je , des Grecs empressés de counaiire Sparte, cette ville célèbre, nommée si justement l'œil de la Grèce. — Nous irons ensemble. Je SLiis Spartiate , je me nomme Démonax ; vous logerez chez moi. Jadis nous ne recevions point d'étrangers ; cela n'est plus. « Nous acceptâmes son offre aussi laconiquement qu'il la faisait.
La La( onie est couverte <le montagnes , de collines , dont les roules sont très escarpées ; mais nous renconirions parfois des vallées charmâmes, dont l'aspect riant nous délassait de l'ennui et de la fatigue du chemin. En aiançant, nous découvrions des canlons fertiles, semés de petits coteaux épars. Démonax nous apprit que ces uionlicules étaient faits de main d'homme, qu'ils renfermaient les cendres des principaux chefs de la nation. iSous passâmes l'Eurotas au même gué où l'avait traversé Épauiinoudas à la tête de soixante mille honnnes. néimonax nous montrait d'un air encore irrité les ravages dont ce héros avait marqué son passage ju.squ'aux portes de Sparte.
L'Enrôlas coule à travers des bosquets de myrte et de laurier; la vallée qu'il parcourt est semée de vignobles, d'allées de platanes , de plants d'oliviers , de jardins et de maisons de plaisame. Le tleuvc est couvert de cygnes d'une blancheur éblouissante, et qui s'y promènent pompeu.sement.
En gravissant une montagne, nous vîmes encore que le bonheur haJjitail souvent les lieux agrestes et solitaires, cl qu'Épicure avait raison de dire ; Si lu veux être heureux, cache ta vie (87).