‹ Œuvres complètesChapitre 78 sur 416 · CHAPITRE LXVllL · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXVllL

Snilc lie l'hisloirc de Nicias. De riiiiiial on en Egypte.

lli.s!oiré d'Orpiitc.

DEUXIÈME SOIb£e.

« Nicias trouva sa femme nourrie dans la superstition , et chargée d'amulelles cl de laiismans. Sa philosophie, bien supériem-e à ces préjugés i)opulaires, la débarrassa de tous ces hochels: il lui lit enlendre que c'était par de.f ma'iirs pures, par la bienfaisance, par le respect pour lis ilieuv qu'on peut s'élever au-dessus de la crainte et des terreurs vulgaires, et mériter l'indulgence de la Divinité. Leur vie fin long-lemps douce et paisible : il est vrai que. Nicias ne Irouva poiut dans sa femme les lumières et les

' Les médecins ét.iient du collège dis prêtres. Ils él.iicnt oliligés de suivre les règles qui leur él.iient prescrites ; s'ils s'en éiarlaient , ils répondaient sur leur tête de la vie du malade.

ijniversitûg^-v, iBLlOTHECA

VOYAGES DANTENOR.

connaissances qui eussent établi plus de rapports entre eux, et rendu leur union plus intéressante; mais, eu véritable philosophe, il eut pour elle l'indulgence que l'on doit à l'ignorance modeste et à la faiblesse, surtout quand ce sommeil de l'esprit est suppléé par les qualités du cœur. Cependant elle pressait continuellement ^'icias de se faire recevoir au nombre des initiés, comme un moyen assuré de gloire et de bonheur dans ce inonde et après leur mort.

• Bocchoris, infatué des mêmes préjugés, initié luimême, sollicitait sans cesse son !',endre de se soumettre à cette acte de religion qui lui donnerait un nouvel être- «11 faut ducoura;;e, luidisait^il, pour subir cette épreuve: les préparations qu'on exigera de vous sont terribles et périlleuses, mais le danger n'est que dans l'imagination ; osez le braver, et une palme glorieuse sera le prix de votre fermeté.' Nicias était un vrai .sceptique; mais la curioùté. If désir de conuaitie des mystères si célèbres dans la Grèce, le décidèrent à tenter une aventure qui effrayait la plupart des hommes. Je vous ai apporté le uianusi rit où lui-même raconte les diverses épreuves de l'initiation. C'est ce manuscrit, que j'ai eu avec bien de la peine , qui lui a coûté la vie.

" -4 vaut de partir pour le temple de Memphis , où se fait l'inlliaiion , mou beau père , di.vait ISicias, me rappela les travaux, les dangers que j'allais essuyer, surtout si le courage me manquait. Je lui répondis que j'étais décidé , et qu'il pouvait compter sur moi. Nous pajtimes pour la pyramide, munis d'une lampe, et de tout ce qu'il fallait pour la rallumer : nous y arrivâmes à la nuit. Nous montâmes seize marches de la ])yramide. et nous trouvâmes une fenêtre de trois pieds carrés : là .s'ouvrait une allée où nous ne pûmes pénétrer qu'en ranqiant Je marchai le premier , la lampe allumée à la main ; après beaucoup de détours, nous parvînmes à un puits fort large : j'y plongeai mes regards a la faible lueur de ma lampe : je ne vis qu'un abîme et une nuit profonde. Son aspect glaçait d'épouvante, et ariêtait souvent l'audace de l'aspirant. Bocchoris, pour deviner ma conlenance, me regarda quelque temps sans mot dire ; lorsqu'il vit qu'elle était ferme, il prit la lampe, la mit sur sa tête, passa une jaiube dans le puits, posa le pied sur un échelon de fer que l'ombre me cachait, entra tout entier dans l'ouverture , descendit , sans parler , un second échelon , ensuite un autre. Je le suivais ; parvenu au soixantième échelon nous trouvâmes une feuêtre qui conduisait dans un chemin creusé dans le roc , et qui descendait en ligne spirale l'espace de cent i ingt-quatre pieds. Nous le primes , et arrivâmes à une porte grillée, à deux battans d'airain ; nous rouvrhues sans effort et sans bruit ; mais les battans, en se refermant , rendirent un son éclatant qui se propagea dans tout l'éditice. Nous étions alors au fond du puits , à cent cinquante pieds de profondeur. Vis-à-vis de cette porte il y en avait une autre fermée d'une grille dormante, dont les barreaux étaient de fer. A travers ces barreaux j'aperçus à perte de vue une allée bordée à gauche d'une longue suite d'arcades éclairées par quantité de lampes et de torches ; j'entendis une musique harmonieuse, mêlée de \oix d'honunes et defenunes.il Cette allée, me dit Bocchoris, passe au-des ous des autres pyramides qui sir\ent de tombeaux , et les arcades conduisent il un temple souterrain, où les prêtres et les prêtresses, dont vous eutendez la voix, fout toutes les nuits des sacrifices ( t des cérémonies que je ne puis encore vous révéler. Mais

il est temps de nous repo-ser, de réfléchir sur votre projet. » Nous nous assîmes sur un banc de pierre. Je considérai alors la grandeur et la magnificenee de ces vastes souterrains, impénétrables à la foule des humains, excepté aux prêtres et aux initiés. Je demandai à Bocchoris si c'était l'ouvrage des hommes ou des dieux. . C'est celui de nos rois : mais il a été arrosé des sueui s et du sang de leurs sujets. Que d'hommes ont péri en élevant ces niasses énormes ! • Après quelques momens de repos , Bocchoris me dit : • Choisissez ; voilà la porte du nord, iiar laquelle nous sommes entrés, et celle le l'orient, qui mène dans une route parallèle aux arcades qui sont encore fermées pour vous. — Marchons, lui dis-je»; et j'entrai dans un chemin de six pieds de large. Je lus en passant, sur le fronton de l'une des arcades, cette inscription gravée en caiactèi'es noirs sur un marbre très blanc ; Tout moi tel qui morcliera seul et sans frayeur dans cette enceinte ténébreuse rcierra la lumière, sera purifié par le feu , l'air et l'eau , et sera initié dans les mj'stc'res sacrés de la itces.se /sis.

" Ici Bocchoris me prévint qu'il lui était défendu de in'accompagner plus loin , que c'était le moment décisif; que je pouvais encore revenir .sur mes pas. Je lui répondis que j'aurais la même intrépidité que tant d'autres. Je pris alors la lampe, et lui fis mes adieux. Il m'embrassa en m'inviiant de joindre l'adresse à la fermeté. Cependant, à mon insu, il me suivit de loin; c'était la règle, parce que, dans le cas où l'aspirant se trouvait mal, ou manquait de courage, son guide le ramenait dehors, lui ordonnait le silence sur cette aventure, et lui défendait au nom d'isis de se pré,senler désoiinais à aucun des douze temples de l'Egypte. Je marchai, à la lueur de ma lampe, dans une route de plus de trois stades. La nuit , le silence, la terreur m'environnaient ; à chaque pas je croyais voir des spectres : j'approchais , et ils se dissipaient. Je trouvai enfin une porte de fer devant laquelle étaient trois hommes qui paraissaient gigantesques, armés d'un casque chargé de la tête d'.\nubis '. Je m'arrêtai e^i frissonnant : mais, bientôt rassuré, je fixe mes regards sur eux. Alors l'un des trois me dit : ■■ Tu peux encore retourner; mais tu es perdu si, eu poursuivant ta route, tu recules ou tournes la tête. » J'avançai sans répondre; ils m'ouvrirent le passage. Ici Bocchoris m'abandonna tout-à-fait, comme il me l'a dit depuis. En avançant , je vis à l'extrémité du chemin des llammes vives et ondoyantes. Je me hâte , et j'arrive à une chambre de cent pieds de haut et d'autant de large ; elle était intérieurement entourée d'arbres enflammés, enveloppés de branches de baume arabique , d'épine d'Egypte et de tamarin. La fumée s'échappait par de longs tuyaux. Cette chambre ressemblait à une fournaise ardente. Je vis à terre , dans l'espace que laissaient les arbres, une grille de fer rougie au feu, qui, faite eu losange, ne laissait qu'une place nécessaire pour poser le pied ; c'était le seul passage. Je n'hésite pas : je place un pied dans un de ces intervalles, ensuite un autre; j'avance ainsi d'un pas timide et chancelant -. Sorti sain et sauf de cette épreuve, je trouvai devant moi un fleuve qui roulait ses eaux avec fracas ; et ce bruit , accru de celui des tlauunes, redoublait la terreur. Au-delà de ce fleuve j'aperçus sous une arcade des marches qui se perdaient dans les ténè-

' Ces trois hommes ont fait imaginer à Orphée les trois têtes lie Ccrbî-re.

^ l,a plupart des éprouves dont nous parlent nos histoires ne sont autre chose que Cfllc8-I;i.

VOYAGES D'ANTÉNOR

bres , et de chaque côlë deux baluslrades de fer qui les accoinpai;naient. Je vis bien que c'était le chemin qu'i me fallait prendre. Ile crainte que la lumière affaiblie du brtcher ne cessât de in'éclairer, je rallumai ma lampe, que la raréfaction de l'air avait éteinte au milieu des llamines. Je me dépouillai de mes habits, que j'attachai sur ma tête avec ma ceinture : j'y assujettis éf,alcment ma lampe.et je traversai la rivière à la na;;e. Promptcmeut rhabillé, je montai les marches de l'arcade, et me tron\ai sur un palier de six pieds de lonp, et de trois de larj;e. 1-e plancher était mobile; les murs d'airaiu servaient d'appui aux moyeux de deux p,randes roues de même matière , l'une à droite , l'autre à {jauche. I.a partie supérieure de ces roues était charî;ée de grosses chaînes. Je voyais sur lua tête trois grandes concavités ténébreuses, devant moi une porte couverte de l'ivoire le plus blauc : j'essayai plusieurs fois de l'ouvrir, mais vainement ; j'étais fort embarra.ssé.

« Enfin j'aperçois au haut de la porte deux anneaux très brillans; j'y porte les mains pour voir si , en les tiraiu , la porte s'ouvrirait ; c'était la dernière épreuve, mais la jilus terrible. Au premier mouvement des anneaux , les roues tournèrent avec un bruit terrible ; je croyais entendre les mugissemens des eufeis, ou le fracas des mondes qui s'écroulaient. Frappé de terreur, je demeure immobile et glacé; bientôt je me .sens vivement secoué par des oscillations du plancher qui s'élevait, et un vent impétueux occasioné par la rapidité du mouvement des roues. Je rappelle toute ma fermeté; je m'attache fortement aux anneaux. Ma lampe jjlis.se et s'éteint : je reste dans une nuit profonde, tuspemlu aux anneaux. Le bruit était toujours plus horrible. Je craignais que lout cet édifice di.s.sous ne m'écrasât sous ses ruines. Enfin peu à peu le bruit s'apaisa : je .sentis que je descendais; et lorsque la porte eut repris ,sa première position, les deux battans s'ouvrireiU , et me découvrirent un lieu éclairé d'une imruen.se quantité de lumières.

« J'y arrivai au lever du soleil ; j'aperçus le bœuf Apis à travers les barreaux de son étable, et je reconnus avec surpri.se que je sorta s de dessous le piédestal de la triple .statue d'Osiris, d'I.sis et d'IIorus. Là je fus reçu parles prêtres (|ui formaient deux haies deri'ière le .saucinaire. Ils avaient la tête rasée, excepté quelques-uns qui pojlaieut des boiuiets semés d'un grand nombre d'yeux. J'appris que c'était les prêtres dOsiris,dieu du soleil; ces yeux représentent les rayons que darde cet astre lumineux.

" Je voyais de jeunes prêtres qui n'avaient d'autre habillejuent qu'un caleçon qui ne passait pas le genou : ces prêtres sont d'un rang inférieur : les caleçons de ceux d'un ordre plus élevé descendaient jusqu'aux pieds. Les ceintures de ces caleçons étaient ornées de caractères hiéroglyphiques. L'habit des prêtres d'un rang supéricui-, étroitement serré, allait jusqu'aux pieds; celui des grand.sprêlres et des prophètes était fort ample, et les couvrait jusqu'aux mains.

«Tous les prêtres avaient, comme leurs dieux, des colliers diflérens, suivant la diversité de leurs grades.

"Lor.squeje me vis au milieu d'eux, je commençai à respirer. Je me jetai aux pieds du grand-prêtre, qui m'embrassa et me félicita sur mon courage et mou heureux .succès. Il me pré.senta une coupe pleine d'eau, en me disant ; «C'est un breuvage du Léthé, qui vous fera oublier toutes les fausses maximes du moude. » Ensuite il

m'ordonna de me prosterner devant la triple statue, et il prononça sur moi, en appuyant sa main sur ma tète, cette prière d'usage : « 0 grande déesse des Égyptiens, éclaire de les lumières celui qui a sut monté tant de périls et de travaux , et rends-le victorieux dans les épreuves de l'âme, afin qu'il mérite d'être admis à tes mystères. .Toi;s les prêtres répétèrent les mêmes paroles eu se frappant la poitrine ; après quoi nous nous relevâmes; et le grandprêtre me fit boire de l'eau de Mnémosyne, qui me rappellerait, disait -il, les leçons de sagesse que j'allais recevoir. Ces cérètuonies furent suiviesd'tuie musique harmonieuse; de jeunes prêtres chantèrent des hymnes en l'honneur d'Isis; et, les chants finis, je fus conduit dans un appartement d'où je ne devais sortir qu'après mon initiation.

• J'ai su depuis que , si après avoir passé la petite porte , pressé par la peur, j'étais leveuu sur mes pas, les troi.s hommes, qui étaient des officiers du second ordre , m'auraieiit .saisi et mené dans les temples souterrains, où j'aurais été enfermé pour le reste de ma vie. On ne veut pas que lesaspirans puisseiU révéler la nature des épreuv es. «On traitait de même ceux qui s'arrêtaient au bord du fleuve; s'ils couraient quelques risques, s'ils .se trouvaient mal, les officiers allaient à leur secours, maison les enfermait aussi. D'ailleurs leur pi ison n'était pas austère : ou les faisait , avec leur conseiuement , officiers du second ordre dans les temples souterrains, et ils pou\ aient épouser les filles de ces officiers ( 1 10;. Mais ou les obligeait d'écrire ce billet à leurs parens : • Les dieux justes el miséricordieux ont puni notre témérité. Recevez nos adieux éternels : nous sommes pour jamais sépares du monde ; mais notre retraite est douce et tranquille. Craignez et respectez les dieux. • Alors ils passaient pour morts, et ils ne parlaieni plus à aucun prolane. A l'égard de la dernière des épreuves, elle offrait véritablement l'image de la mort. Le fracas des roues avertissait les prêtres qui attendaient l'aspirant dans le sanctuaire. Alors ils rouvraient tontes les ouvertmes; et le peuple, s'il y en avait dans le temple, croyait que c'était le tonnerre qui annonçait aux prêtres la présence prochaine des dieux. Ce fut cette dernière épreuve qu'tJrphée n'osa tenter; son courage lui taillit; cependant on lui accorda l'initiation. » Je priai alors Eudoxe de nous raconter cette partie de l'histoire de cet homme, si célèbre par ses amours et .sestalens, qui embras.saienl la poésie, la musique et la philosophie. «Je vais vous obéir. Vous apprendrez avec surprise que nos historiens grecs , peu fidèles ou mal instruits, nous ont trompé sur la cause de la mort d'Eurydice. Ils prétendent que celte nymphe , fuyant Aristée qui la poursuivait, fut piquée par nu serpent, et qu'elle mourut de cette piqûre. Vous allez voir qu'Aristée n'est point coupable de cette mort, et n'en fut pas puni par la perte des ses abeilles. Vous verrez également ce qui a donné lieu à la fable de la descente d'Orphée aux enfers, qui n'est due qu'à l'imagination de nos poètes.

Ce fameux Grec , qui passait pour le fils d'Apollon parce qu'il avait reçu de lui le don brillant des vers et de la lyre, avait épousé, eu Thessalie, la belle Eurydice, aussi célèbre par son amour pour son mari que par sa beauté. Quelque temps après son ruariage, Orphée, avide de science, entendant parler Ions les jours des connaissances profondes des prêtres de l'Egypte, de leurs mystères étonnans, conçut le dessein d'aller se faire initier, persuadé qu'il enrichirait sa poésie de nouvelles notions de

VOYAGES DANTE NO R

morale et de vertu. 11 confia son projet à sa femme, qui » onlut absolument le suivre. Ils débaïquèrent au port de Canope, et de IJ , par un canal , arrivèrent à Memphis. Gomme le jour finissait , ils s'arrêtèrent, hors de la ville, dans une lirtlelleiic. Kn y allant , Eurydice avait senti une i 'essure légère au talon , et n'y avait donuiS aucune attenion. Mais, à peine rendue dans sa chambre, elle tomba lans un grand assoupi.ssemenl , et dit à son mari qu'elle ïvait besoin de repos. ,\u bout d'une demi-heure, il cnendit qu'elle dormait avec une respiration violente : il rapproche, il voit .son visafve cndé et livide. Il vent 'éveiller, elle reste assoupie. Kffrayé, il appelle son hole i grands cris. Celui-ci eul à peine jeté un coup d'ivil sur a malade, qu'il dit à Orphée ; « Voire femme a été piquée lar une bêle venimeuse; il n'y a plus de remède. On mrait dû vous prévenir qu'il ne faut point marcher en ïfiypte sans être nnnii d'un banme spécifique, infaillible )Our la fjuérison ; mais un délai de quelques minutes rend c mal incurable. — Ah I s'écria Orphée, j'avais ce baume, nais l'infortunée Eurydice ne m'a point averti de son nalhcnrl » Elle moinut bientôt; et comme Orphée était nconnu, elie lut portée sans pompe dans les catacombes les momies , tombeau des étrangei-s ; elles sont hors de la , ille. On voit à leur entrée le lac Achérnsia , sur le bord luquel on juge les Égyptiens morts; mais les étrangers relaient ni jugés ni embaumés. Cependant Orphée, illant tous les jours aux environs des catacombes pleurer ia chère Eurydice, entendit dire i des Égyptiens qu'il y ivait une communication souterraine entre les catacombes 't les pyramides; que les i'imes des morts se promenaient ians cet espace, et que ceux qui avaient en le courage tl'y léuétrer avaient entendu les voix et les chants des omires heureuses. Orphre, à ce récit, s'abaiidonnant à la louée illusion de revoir l'ombre de sa chère Em-ydice , et )eut-étre de la ramener au séjour de la lumière, prit une ampe et sa lyre, oisive depuis long-temps, et à la nuit, 1 entra sous ces voiMes sombres , qu'il fit retentir du nom l'Eurydice. Après des détours effrayans, il trouva des puits et y descendit.

«Alors il entendit à travers la grille dormante une musique mélodieuse, et parmi les voix de plusieurs fennnes

I crut distinguer celle d'Eurydice. 11 tressaille; il appelle jusqu',1 trois fois Eurydice, sa chère Eurydice! reprend sa lyre , et lui fait répéter ses chants de douleur : il cesse , prête une oreille attentive; hélas! il n'entend plus rien.

II lut l'in.scription de l'arcade, et comprit qu'il était dans la route de l'initiation, l'objet de son vovagc; il crut (|u'elle le conduirait au séjour des 9mes bienheureuses- Mnsi animé par l'amour eî par le désir d'être initié, il subit courageusement les épreuves du feu et de l'eau : mais au bruit des roues, aux secousses du pout-le\is, au lieu [le s'attacher aux anneaux, il recula jusque sur les mar-

hes de l'arcade. Il reconnut .*a faute : aussi dès qu'il aperçut la porte du piédestal ouverte, il prit sa lyre; et, résolu à la mort , il s'avança \ ers le sanctuaire en chanlant des vers remplis du nom des dieux et d'Eurydice, et s'aclompagnant de sa lyre d'une manière si mélodieuse , si louchante, qu'il ravit tous les prêtres au milieu desquels il était. Lorsqu'il col fini déchanter, il se mit à genoux pour écouter sa sentence, l.e grand-prêtre le fit relever^ n lui dit 1. Vous ne pouvez être que le fameux Orphée- NOUS voyons par vos chants et la sublimité de vos accords pie vous aimez les dieux et qu'ils vous chérissent. Isis , notre déesse, Vous pardonne, en faveur de votre piété,

votre faiblesse à la dernière de vos épreuves; mais, en réparation de votre faute, elle exi;;e que vous portiez son culte dans la Grèce. » Orphée ne répondit que par des larmes de reconnaissance ( t de joie , et le î;rand-prêtre lui i^romil de l'admettre au nombre des initiés après qu'il aurait passé par les dernières épreuves ( 1 1 1 j.

« On dit que le tombeau de ce favori des Muses, qui a enseigné aux hommes les cérémonies de la religion , es( en Thrace, et que les rossignols qui ont leurs nids autour de ce tombeau chantent avec plus de force et de mélodie. »

Page 1