CHAPITRE LXXL
Voyage à Argos. Détails sur Mycéncs. Enlrelien avecChrysippe le sloïcicu. Séjour à Délos. Histoire de Lalone. Ils passent devant Chio et Samos.
Après nous être reposés deux jours à Belmina, nous partîmes pour Argos '. Nous vi.silâmes .sur notre roule les ruines de Mycènes, dèiruile par les Argiens. On y montre encore la fontaine de Persée, et les souterrains où l'on prétend qu'Atrée et ses enfans cachaient leurs trésors. Près de là sont les tombeaux d'Airée, d'Agameinnon et d'Éleclre. Clylemneslre et Égyslhe ont leur sépulture hors des murs. A quinze stades de Mycènes, un temple de Ju-
' Aujourd'hui Flanizza.
non mérite d'être visité ; il est l).'iti an pied dj nm:U Kubée; l'Aslérion coule au lias; ensuite, se pi-éeiiMlant daus un fiouftre, il ne reiiaiait plus. Sur ses rives croit une herbe qu'où appelle mtcrion, dont nu pare les autels de la déesse, et dont on lui forme des couronnes. L'édifice est soutenu par des colounes où l'on a représenté divers traits de la table et de l'histoire ; devant la porte du temple, il y a plusieurs statues de héros et de femmes prétresse.s de Junon, et le bouclier que Ménélas arracha à Euphorbe devant Troie. Au milieu du temple s'élève la statue de Junon, d'une grandeur extraordiuaire, toute d'or et d'ivoire, ouvrage de Polydèle : elle a sur la téie une couronne où sont représentées les Heures et les Grâces; elle tient d'une main un sceptre, de l'autre une grenade ; un coucou est perché sur le sceptre. Jupiter, diton, emprunta la figure de cet oiseau pour se faire poursuivre par la jeune déesse doiU il était épris, et qu'il \oulait amuser. Auprès de .lunou est la statue de la jeune Hébé, aussi d'or et d'ivoire. On admire encore dans ce temple un autel d'argent sur lequel on a gravé en basrelief les noces d'Hercule et d'Hébé.
Notre curiosité satisfaite, nous nous rendîmes à Argos- Kous apprîmes , en arrivant , que Chrysippe , philosophe du Porti(iue, él ait dans cette ville , mais cruellement tourmenté de la goutte. Nous fûmes curieux d'apprendre comment un stoïcien supportait la douleur. Nous allâmes \e voir : il était sur un méihant lit, auprès d'une table sur laquelle était un gros cahier , ouvrage commencé, et un vase d'eau. Après l'avoir salué, je lui témoignai la part queje prenais à sa situation. ■■ Je suis, m'a-t-il répondu, dans le poste on la Providence m'a placé: si je me plaignais, je l'olfenserais. Dans quelque état que l'homme de bien se trouve, il est toujours heureux. «Tandis qu'il parlait ainsi, on voyait sur son vi.'age l'expression de la douleur; mais il aiïectait de la braver. Nous gardâmes le silence pendant quelques moniens, pour laisser apaiser ce violent paroxysme. « Non , douleur , .s"écria-t-il tout à coup , je ne dirai jamais que tu es un mal! Oui, je suis heureux au milieu de mes souFirances. — Vous nous avouerez pourtant, lui dis-je, que la douleur n'est pas un bien. — Non ; c'est la vertu seule; avec elle la félicité nous suit an fond des cachots, an nnlieu des tourmens, sous les haillons de la misère — En ce cas , répondit Phanor, \ous de\ez être le plus heureux des hommes. — Au reste, on ne peut éviter sa destinée; la fatalité gouverne ce monde. — Ainsi Paris était forcé d'eule^er Hélène, Égysthe d'assassiner Agamenuujn .' et , d'après ce système, il n'existe ni vertu ni liberté sur la terre. — Pardonnez-moi, l'homme est libre. — Kt comment accordez-vous cette liberté avec le fatalisme;' — Conniu' nous pouvons. Comprenez-vous ce que c'est que le soleil .' — .^on. — Cependant vous croyez â son existence. Eb bien ! les stoïciens de même croient à une destinée invariable et à la liberté, sans comprendre comment elles peuvent coïncider ensemble. » .le lui demandai s'il était vrai qu'il approuvât les mariages dits inceshicui. • Sans doute. Kl pourquoi un père n'épouserait-il pas sa fille, une mère son fils;' Ce n'est pas la nature qui s'y oppose , puisqu'elle leur inspire un attachement léciproque, mais le préjuge et l'opinion. On a aussi crié fort haut contre moi, parce que j'ai dit cpril valait mieux ma;iger le« cadavres humains que de les enterrer; mais le bii'uf , le mouton , le gibiei- sont des cadavres , et cependant vous les dé\ orez : eu <(Uoi dii fèreul-ils :' »Tout i coup il s'interrompit en criant : « Ali ! maudite goutte ,
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je suis heureux; malgré loi ! — Votre bonheur, lui dis-je» ne fera pas de jaloux. Vous nétes pas de l'avis d'Épicure, qui prétend que c'est le plaisir qui rend heureux. — Oui, mais le plaisir qui vient de l'âme: c'est le témoignage d'une bonne conscience qui fait le bonheur et la récompense d'un véritable stoïcien: il fuit les louanges, les honneurs , se plail daus l'obscurité , aime également tout le monde, et ses ennemis même; lespassiins, les affections n'ont aucun empire sur lui. Je perdis l'année dernière un frère qui m'était fort attaché : il mourut dans la nuit; le matin , j'étais au théâtre de Bacchus. Mais permettez que j'abrège cet entrelieu; je veux achever un traité de dialectique qui prewe. ».4près que nous eiimes quitté ce bizarre disciple de Zenon, Phanor n.e demanda ce que j'en pensais. « Je suis de l'avis de ce sophiste qui compare les stoïciens à des enfans qui tâchent de sauter au-delà de leur ombre. »
Ce que nous vimes de plus intéressant dans Argos, est une statue adossée, à l'entrée du temple de Vénus, contre une colonne, laquelle représente Télésille, femme célèbre par ses lalenset son courage; elle a dans ses mains un casque qu'elle parait vouloir mettre sur sa tête, et un volume de poésies à .ses pieds. Voici le trait de valeur qu'on nous raconta de cette hérouie.
« Les Argiens ayant été complètement battus par les Spartiates, Cléomeue, leur chef, vint aussitôt investir Argos privée de ses guerriers. Télésille résolut de défendre la ville; elle en fit sortir les esclaves et les bouches inutiles , distribua des armes à toutes les femmes , se mit à leur tète. Ces femmes, animées par un tel exemple, .soutinrent un assaut avec tant de valeur, que les Lacédémoniens, réfléchissant que leur victoire serait odieuse , ou que leur défaite les couvrirait d'une honte éternelle , firent cesser le combat et levèrent le siège. Pour récompenser ces héroïnes, ou leur permit d'élever ime statue au dieu Jlais, et on institua uire fêle annuelle où les femmes paraissent en habits d'hommes, et les hommes revêtus d'habits de femmes. »
Au milieu de la place on trouve un grand édifice de marbre blanc, trophée éiigé en l'honnenr de Pyrrhus, au même lieu où l'on avait dressé son bûcher ; mais ses cendres reposent dans le temple de Gérés , près de l'endioit où il reçut la mort. Nous montâmes à la citadelle pour voir le temple d'Apollon : sa statue est en bronze et debout. On y rend des oracles; la prêtresse (pii y préside doit être vierge. Elle sacrifie tous les mois uire brebis pendant la nuit, boit du sang de la victime, et aussitôt elle est saisie de l'esprit prophétique. Nous séjourrràmes très peu de temps à Aigos; noirs descendîmes PInachus jusqu'à Nauplie; cette ville est peu de chose , mais son port est très commode '. Nous entrâmes daus un temple de Cérès au moment du sacrifice. Comme celte déesse préside ;"r tonte l'économie champêlie, on lui offrait des fruits, du miel, delà laine, des scrpens, une li'uie pleine, et surtout du pavot, à cause de la fécondité de sa graine, mais l^oiiil de vin. Elle était i-eprésentée sirr un char tiré par deux di'agons ailés, terrant des pavots d'une main , une torche ardente de l'autre , et ayant sur- sa tête une coiir'onne d'épis de blé. Nous vîmes la fontaine appelée Canalhos, où l'on dit que Junon recouvr-e tous les ans sa virginité eu sebai;;nant. Phanor piomit de révéler la vei-tu de cette eau miraculeuse à toutes les filles de sa connais-
' Aujourd'hui Napoli di Romani».
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sance. Un haliitant nous montra au))rès de celte fontaine un âne gia\ é sur une pierre.« Nous lui devons, nous dit-il, la fécondité de nos vijïnes ; il en avait brouté un cep, et l'on remarqua que l'année suivante ce cep rayiporta beaucoup plus. Depuis, on lailla la vigne tous les ans ; ce que nous ne faisions pas auparavant. •
Nous séjournâmes un jour de plus dans cette ville, pour voir une fêle en l'bonneur de Junon : .son temple est hors des murs. IVons vimes pai'aitre un cliar attelé de taureaux blancs, sur lequel était placée la statue de Belléroplion ; la prétresse marcbait i coté du char ; elle jouit d'un rang très distingué ; l'année est désignée par son nom. Les jeunes gens s'avancèrent en ordie, chargés d'armes éclatantes. On ht un sacrifice solennel de cent bceufs, et les chairs en furent distribuées au peuple.
Nous nous embarquâmes le lendemain pour Délos'. Cette lie peu fertile n'a de célébrité que par la naissance de Diane et d'Apollon. Les habitans nous assurèrent que, dans un tremblement de terre , elle s'était tout à coup élevée du .sein delà mer.
Nous y trouvâmes un j^and concours de monde : on venait de célébrer la fête de Diane et d'Apollon. Toutes les iles ou nations voisines sont obligées d'envoyerà cette féledes hommes et des jeunes filles pour assister aux solennités et aux sacrifices, qui se terminent par des chants et des danses.
Nous étions dans le temple d'Apollon , nous contemplions sa statue : un prêtre nous aborda, et nous dit : « Vous voyez que les grâces et un printemps éternel brillent sur son \ isage. L'univers l'adore sous mille noms divers. 11 est Sérapis sur les bords du Nil , Alys en l'hrygie, Osirisâ Memphis, Milhras en Per.se, Ammon ou le dieu Bélier en Libye, Adonis à Biblos, et Apollon en Grèce. Ce dieu est l'âme et Tceilde l'univers; sa lumière éternelle féconde et organise la matière. » Dans ce moment nous vîmes entrer unejenne fille (ouverte d'un voile pour tout ornement , au milieu de deux préires, et suivie de quelques femmes. Lorsqu'elle fut auprès de l'aulel, un des prêtres lui ôta son voile; l'autre prit des ciseaux, et lui coupa ses cheveux, qui étaient 1res beaux . • Quel dommage, me disait Phanor, de dépouiller le printemps de sa parure ! » Nous demandâmes l'explication de cette cérémonie. On nous apprit que celte jeune peisonne allait se marier, et que, le jour de l'hyméuée, elle était obligée, par les lois du pays, de consacrer sa chevelure à Diane et à Apollon.
Nous aperci^mes dans une chapelle du temple un grand et superbe tableau ; nous le considérions attentivement; nous priâmes le prêtre de nous en dire le sujet. • C'est une aventure arrivée en Lycie, â Latoue, mère de Diane et (l'Apollon. Voyez, celle dée.sseest dé:aite, souFIranle, elle porte dans ses bras ces dieux , jeunes en ans; elle est devant un lac rempli de grenouilles. Voici son histoire :
«Lalone fuyait la colère de Junon , qui éiail jalouse de toutes les mail ies.ses de Jupiter, et surtout de Lalone, à qui le Destin a\ ait promis un fils que son père prélèrerail à Mars. Transportée de rage, elle menaçait de sa vengeaiK c toutes les iles dont Lalone approchait : Délos seule osa braver son couroux ; Lalone y trouva un asile. Elle sassil sur les rives de llnopas ; là, détachant sa ceinture,
> Délo.ç se iKiiiime aujourd'hui Sdili. Cette lie, une des Cy clades , est fort pe ile it inhabitée. On y voit encore des ruines "u leniplc d'Apollon.
le dos appuyé contre un palmier, elle souffrait les douleurs de l'enfantement; cependant les oiseaux, les cygnes de Méonie, quittant le Pactole, célébraient en chœur cet heirreux accouchement. Enfin Phébus rei^ut le jour. A sa naissance, les nymphes, filles de l'antique Inopus, entonnèrent un hymne sacré , et les astres répétèrent leurs c(mcerts. Cependant la déesse, chargée de ses enfans, errant encore pour les soustraire à la vengeance de Junon , arriva en Lycie, au bord d'uu lac : le soleil à son zénith brillait la terre; Lalone était épuisée de fatigue, accablée de soif, sans une goutte de lait dans snn sein. Des hommes agrestes y coupaient des scions d'osier pour les tresser en corbeilles. Elle s'approche d'eux, et les supplie de lui laisser puiser de l'eau pour apaiser la soi, qui la consumait. Ces hommes barbares la repoussent avec dureté des bords du lac. La déesse leur dit d'une voix louchante : «Comment osez- vous me refuser un peu d'eau, qui, comme l'air et le .soleil, appartient à tous les hommes! cependant je vous en demande comme une grande faveur. Je ne veux point me baigner dans votre lac ; je ne veux qu'étancher une soif ardente; je vous devrai la vie. Ma voix s'éteint; le feu dessèche ma poitrine; â peine puis-je vous parler : du moins ayez pitié de mes malheureux enfans qui vous tendent les bras! » En effet, ces petits êtres tendaient leurs bras innocens. Quel cœur de fer n'eilt été touché de la douceur de ces paroles? mais ils restèrent inflexibles. Ces monstres insultent la déesse, menacent de la punir si elle ne s'éloigne : bien plus, avec des bâtons, leurs pieds et leurs mains , ils troublent la pureté de l'eau. La colère suspend la soi, de la déesse; elle élevé ses mains au ciel : «Malheureux-, s'écria-t-ellc, vivez éternellement dans ce marais bourbeux! ..Elle dit, et soudain la métamorphose s'opère : tous ces paysans sont changés en grenouilles. Vous les voyez dans ce tableau, .sons cette forme hideu.se, se plonger dans le lac, où ils semblenî encore parleur voix rauqiie vouloir insulter à ladce.sse. »
On nous mena au lombeau de phérécyde, élevé par les ;;Oins de Pythagore au fond d'une grotte dont un (oit de verdure couvre l'entrée : ce loit est formé par des arbres autour desquels serpentent les rameaux tendres et flexibles d'un lierre touffu. Phérécyde est le premier philosophe qui ail soutenu que les animaux .'ont de pures machines. Ouellc absurdité ! des ma: bines qui ont des souvenirs , de l'attachement , qui combinent des idées ! Qu'a de plus l'homme;' des .souvenirs plus longs, des idées plus lumineuses, plus compliquées. Mais l'arbre qui nous donne l'oiive, celui tpii porte les (leurs odorantes qui se chaniicnt en pommes d'or, ont-ils une âme végétalive supérieure à celle de l'humble buisson ? L'essence du renard esl-elle plus pure, plus divine que celle de la brebis?
Kolre proxène nous raconta la mort bizarre de ce philosophe. Il était d'un caratere sombre et taiilnrne : il avait passé sa vie dans la .solitude et la méditai ion , et il mourut comme il avait vécu. .Sentant approcher sa mort, il l'envisagea sans effro; il .se renferma dans sa chambre : aussiKJt ses amis accoururent pour lui donner leurs soins et adoucir l'horreur de ce terrible pa.ssage. U ne \ oulul jamais leur om rir sa porle : il les remercia par le trou de la serrure, leur proteslaut qu'il n'avait besoin d'aucun secours , et les invita pour le lendemain à ses funérailles : il tint parole et mourut le jour suivant.
Nous nous éloignions du tombeau de Phérécyde, lorsqu'on vint nous avertir que le vent était favorable, et qu'on allait déployer la voile. Mais Phanor avait déjà dis-
paru. Je l'appelai vainement , il fallut le rherrhcr : après une course assez longue, je le trouvai au milieu d'une prairie, dansant joyeusement a»ec de jeunes filles la danse qu'on appelle déitalc, du nom de son inventeur, qui rimaf;ina pour la belle Ariane, en mémoire du fameux labyrinthe de Crète. Thésée fut le premier qui la dansa à Délos aver elle. Cette danse s'est répandue depuis dans la Grèce : mais elle est plus particulièrement en usage dans cette ile. Voici comment elle s'exécutait. Une jeune fille et un garçon , se tenant par un ruban , étaient les coryphées de la troupe, et la conduisaient; tous les autres suivaient par couples : souvent ils se divisaient en longues files, se tenant par la main ; bientôt il dansaient en cercle, et décrivaient une quantité infinie de détours. Le talent de la première danseuse consiste à se dégager de ces files entortillée.s, en faisant \oltigerle ruban, pour faire allusion au peloton de fil qui sauva jadis Thésée.
Pendant la danse , je fis mille signes à Phanor pour lui faire entendre qu'on allait partir: mais il ne voulut jamais quitter ; il fallut attendre la fin, et qu'il eijt fait de tendres adieux à sa danseuse, jeune fille de Kasos , dune très jolie figure.
Rous finies roule pour Scyros ; le vent nous ])f rta devant INaxos, ile témoin de l'infortune et des plfurs d'Ariane. ISous vinies Paros, Céos, on les honunes parvenus à l'âge de soixante ans .se privant de la vie. honteux de se survivre à eux-ménie.s et d'être inutiles à leur patrie, comme si la patrie n'avait besoin que de bras. Kous passâmes devant Téiios et Andros. Nous débarquâmes dans ce dernier port : un de ses habitans nous pressa beaucoup de nous y arrêter. |)our assister à la fête de Barchus, qu'on devait célébrer dans quinze jours. «Vous verrez, nous dit-il. un événement miraculeux. A cette époque. une source qui , pendant toute l'année . nous donne de l'eau, versera des Hots de vin. Bacchusest l'auteur de ce prodige . qui s'opère el (jui dure sept jours entiers: après quoi l'eau revient et prend son cours. » Nous ne fûmes point il'avis de rester pour être témoins de ce miracle, et Phanor dit à cet habitant qu'il reviendrait voir cette fontaine sacrée lorsque les prêtres mettraient de l'eau dans leur vin.
Toutes les lies parsemées de cette nier semblent autant d'étoiles qui l'embellissent. iNous joui,ssions des plaisirs de la diversité, comme ces voyageurs qui trouvent sur leur route des vallons, des montagnes, des bois, des villes, des villages. Un \enl doux et frais pou.ssant légèrement notre navire , nous arrivâmes à Scyros , le troisième jour de notre départ . à l'heure oii le soleil va loucher lis bornes de rracidenl. Cette ile ne contient qu'une ville et quelques villages. Les habitans s'empiessérent de nous montrer le tombeau de Thésée ; ce monument a toute la simplicité des temps héroïques. C'est à Scyros que ce roi guerrier trouva son dernier jour. Il avait enlevé la fameuse Hélène , qui ne comptait eniore que dix printemps. Les Athéniens, indignes, le chassèient du troue et d'Athènes : il se réfugia chez Lycomeile , roi de Scyros. qui , violant l'hospiialilé qu il lui avait accordée, le conduisit sur un rocher d'où il le fil précipiter : ain.si péril le vainqueur du Minolaurc.
Nous n'oubliâmes poini â Scyros les premières amours d'Achille, qui. déguisé sons les vêtcmens d'une jeune fille, séduisit la crédule et tendre Dêidamie.
Scyros ne nous retint <iu'un seul jour, et nous nous embarquâmes pour Chic , ile mouiueuse , mais très peuplée ,
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et fertile en excellent vin et en beaux marbres. Les habitans descendent de Neptune ; leur ile était déserte lorsque ce dieu devint amoureux d'une nymphe qui lui donna un fils. Le jour de l'accouchement , il tomba tant de neige , qu'on le nomma Chio'. Neptune eiU encore deux fils d'une autre nymphe, ce furent les premiers habitans de cette ile.
Chio était la patrie de Scylis, le plus habile plongeur qui eilt jamais existé. 11 avait appris à Cyane, sa fille, l'art de plonger comme lui dans les mers les plus profondes. On raconte que, la flotte de Xerxes étant assaillie d'une grande tempête auprès du mont Pélion, le père et la fille se jetèrent tous les deux à la mer, arrachèrent les ancres qui tenaient les galères , et les firent |)érir sur les cotes. Pour éterniser la mémoire d'un si grand service , les aniphictyons érigèrent au père et à la fille des statues dans le temple de Delphes.
L'orient se colorait 5 peine de quelques rayons du jour, et déjà no;re vaisseau s'éloignait de ce port. Nous saluâmes de loin Samos.ile chérie de Junon. Un Samien de l'équipage nous assura que celte déesse était née dans celle ile. sur les bords du fleuve Imbrasus, et sous un arbuste nommé agnus-castus , qui existait encore, renfermé dans l'enceinte du temple construit dans le lieu inêuie de sa nai.ssance. «Depuis, ce temple a toujours joui du droit d'asile. Elle y est adorée comme la déesse qui préside aux mariages ; on les forme sous ses auspices. On conduit au temple la jeune vierge la veille de ses noces : les hommes s'y rendent en armes, et les déposent au pied de l'autel pendant le sacrifice. La déesse est représentée en habit de noce, parce que Samos fut l'heureux témoin de son hymen avec Jupiter. Elle porte un sceptre surmonté d'un coucou ; et comme les paons se plaisent beaucoup dans notre île, on en a mis deux à ses pieds. ■
De Samos . les vents de Neptune nous portèrent en peu de temps à Éphèse.