‹ Œuvres complètesChapitre 85 sur 416 · CHAPITRE LXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXV

Plan lie retraite de Phanor. Arrivée à Rhodes.

J'appris à Phanor que nous avions notre passage sur un \aissean qui parlait pour Rhodes. . Mais, au nom des dieux, devenez plus circonspect dans vos bonnes fortunes ! Ou coule que la Kolie fut condamnée par Jupiter à con. duiri- l'Amour qu'elle avait aveuglé. Appelez de cet arrêt, et faites-le conduire par la Prudence. — Oh ! j'ai pris mon parti, je renonce à toutes les femmes : le sourire de l'amour ressemble au sourire des premiers joui-s du printemps, l'orage les suit. Je veux vivre pour moi, pour la philosophie. J'ai formé un plan que j'espère exécuter bientôt ; ce n'est pas seulement un sexe dang'ereux que je veux fuir , mais les hommes , toute la société. Soyez de moitié dans mon projet , et vous assurerez le bonheur de ma vie. Le voici : j'ai oui parler du mont Athos , qu'enveloppe une chaîne de montagnes ; on y trouve des asiles enfoncé.s et sauvages ; ce mont , couvert de bois épais , est rafraîchi par des sources , des ruisseaux qui forment de Iréquentes cascades'. Là, sur le bord d'une eau pure, nous choisirons un site agréable ; nous y ferons bâtir une maison qui regardera le midi. La simplicité, dirigée par le goilt , distribue: a l'édifice , ordonnera les meubles.

«Notre société ne sera composée que de six on huit perjoimes dignes d'être réunies par leurs mœurs, leur pspril, et cette heureuse philosophie qui consiste moins dans un vain fatras d'érudition que dans la pratique des vertus aimables. Les femmes seront exclues de la eouimunaute; ce sont des colombes qui ont des serres de vautour. Nous aurons une bibliothèque choisie; nous cultiverons uu grand jardin, qui luuriiira noire table d'aliinens sains el aboudaus. Tous les dix jours ou se ras-scmblera dans la biblioibeipie , el chacun y portera .ses réflexions, ses vers, enfin le iruit de ses ti'avaux. L'heure des repas sera réglée : c'eU la seule gêne qui sera imposée. Dans le reste de la journée, chaque cenobile usera de son temps à sa fautai; ie, pourvu qu'il remplisse les emplois de la louimuuauté, que nous exercerons à tour de rôle. Sur le frontispice de la porte on lira, liberté, repos , philosophie. On nommera tous les mois un chef pour veiller aux affaires de la république. Cest là qu'exempts d'inquiétude , d'ambition et d amour . comprimant cette activité dévorante qui tourmente l'homme, ces fougueux dé- •Mrs (pli l'emportent et l'abusent sans cesse, exerçant notre àuie et notre corps par des travaux et des études modérées, sans regret du |iassé, heureux du présent, tranquilles sur l'avenir, noire vie s'écoulera, comme le fleuve (le la vallée de Teinpé, entre des bords rians et solitaire*. — Votre plan, en perspective , présente l'image d'une vie douce et heureue, peut-être un peu mouotone; mais

, L'Alhos s'np|X"lle aujourd'hui Monte Snncto, parce qu'il est rempli de monastères de l'ordre de Saint-Basile.

VOYAGES D'ANTÉNOR

je crains que le dépit, l'humeur, la misanthiopie ne l'aient enfanté. La plupart des hommes, oppressés du poids de la vie . piqués par les épines de la société , placent le sou\erain bien dans la solitude et le repos; mais bientôt désabusés de leur chimère, plus las d'eux-mêmes cpie du inonde, ils sont rejetés par le repentir et l'ennui au milien du tourbillon Ainsi croyez-moi; prenez un ou deux ans pour méditer votre projet ; alors, si vous y tenez encore, je vous promets, comme Apollon et Neptune firent pour Troie , de vous aider ù bâtir sur le mont Alhos votre forteresse philosophique. »

L'heure de notre départ arrivée, l'honnête Philisle nous conduisit, dans la nuit, au port de Milet. Nous le quittâmes avec rejjret , après les plus tendres remercimens.

Un vent frais et favorable nous porta bientôt dans Rhodes.

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