CHAPITRE LXXVin
Mœurs des Hébreux. Description de leur loniplc. Vengeance de k'ui' tUcu.
Nous trouvâmes que la Grèce méprùsait justement cette nation, qui, in ectée d'une basse et ridicule superstition, est encore dégradée par la rusticité de ses mœurs. L'avarice esl .son vice donùnaul : orgueilleux dans leur misère, fiers d'une origine faiiulcuse, les Hébreux oui l'audace de mépriser les autres peuples, qui , avec justice, les regardenl comme les ennemis du genre humain. Us vivent séparés de lous les habilaus de la lei-re , el n'ont rien de comnum avec eux, ni la lable, ni les libalious, ni les prières, ni les sacrifices. Us dédaignent les aris, les belles-lellres, surloul la sculpture. « Le.s slalucs, disent-ils, .sont les productions de l'oisivelé. • Toute leur industrie se borne à la culture des terres ; heureux néanmoins dans leur vie paririarcale lor.sque la supersiilion, en les avilissanl , ne trouble pas leur bonheur. Les femmes pélrissent le pain, préparent à manger, fiieut la laine, fabriquenl les éloFtes, et font leurs véleinens. Leur chère est Irugale ; il leur esl défendu de maiiger du porc, animal imiuoude selon eux ; du sang, de la grai.sse, des poissons qui ii'onl iioinl d'écaillés, des bêles qui ont le pied rond et parlagé en ))lusicurs doigts.
Leur gouvernement est Ihéorralique; c'est-i-dire, leur roi, leur chef suprême, est leur dieu Adouai : mais comme ce dieu esl invisible, ils n'onI ni constiluiion ni économie poliiiqne; ils sont influencés par des prêlres, qui font parler Adonaiau gré de leurs caprices et de leurs inlérêls.
Nous fûmes assez mal accueillis à .lérusalem : les Juifs Inierd les étran.'vers. .\ous ne pi'unes jamais diner avec aucun deux : ils craignaient que nous n'eussions maugé du cochon, ou louche quelque bêle immonde.
Nous logeâmes chez un nommé .lonaihas, qui avait quatre femmes. Si la polygamie Halle les désirs d'un homme voluptueux , le sa,",e n'y voit qu'un fardeau très pe.sant; c'élait conlinueliemeul enIre ces iemnies des divisions , des cabales el des guerres iiileslines. L'n enfant a aulanl de mai'àtresque son père à de femmes.
Les Hébreux , comme les Grecs, font grand cas de la force du coi'ps ; mais ils négli ■,enl la culture de l'esprit. Ils dédaignent l'étude des langues élrangères. Pour toute biblioheque, ils ont le livre de leur loi , que chacun d'eux est obligé de médiler chaque jour, surloul celui qu'ils nommeid le jour du sal'bot : quelques autres libres, et les éci ils de leur roi Salomon . qui conlicnnent trois mille paraboles, quinze cents canliriues, et des traités sur les piaules et les animaux.
Jonalhas me coma que leurs am-èhes s'ilaicnt enfuis de l'Egypte , euiporlant la vai.s.selle des Égyptiens ; qu'ils avaieu! erré quarante ans dans de vastes déserts avant
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d'arriver à la Palestine, et (pie, par une protection spéciale de leur dieu Jchovali , leurs vf teuiens et leurs soulie''s ne s'usèrent poiut penilant ce laps de temps : les habits des enfants s'allongeaient et s'élargissaient en raison de leur développement : les barbiers leur étaient devenus inutiles; car la barbe, les on.iles, les cheveux ne végétèrent plus, et restèrcnl dans le même élat '.
Leur deuil est très rigoureux. Noire bote, pendant noire séjour, peidit sou frère : il commença par d;cliirerses babils, se Frappa la poitrine, mit ses mains sur sa tète , y jela de la poussière et de la cendre , au lieu des essences dont il se parfumait dans les temps d'allégresse ; il se rasa les cheveux et la barbe, ne se lava plus, porta pour habii une espèce de sac sale et déchiré. Il marchait les pieds et la lèle nus , le visa[;e couvert : quelquefois il s'enveloppait d'un manteau pour ne iilus voir la lumière et cacher ses larmes. Il jeilna pvès d'un mois , ne mangeant qu'au soleil couché, du pain, des lé;',uuies, et buvant de l'eau. Il i-eslait tout le jour assis à terre, couché sur la cendre, lantot dans un profond silence, tantôt psalmodiant nn cantique lugubre qui , comme le cii du hibou, attristait tous ceux qui l'entendaient.
Nous assistâmes à une épreuve assez bizarre, et dont l'e'fft, di:-enl-ils, est infaillible : une femme .soupçonnée d'adultère par son mari (ut condamnée à boire de l'eau de jalousie. Celle eau, consacrée par le grand prêtre, est mêlée avec de la cendre. On nous assura que, lorsqu'une femme coupable en buvait, elle enflait , et mourait surle-champ. Celle-ci n'enfla point, ne mouiut pas; nous n'eiimes pas le bonheur de trouver une femme adultère pour juger l'efiet de cette eau. Un autre u.sage aussi bizarre , c'est qu'un mari peut répudier sa femme lorsqu'elle a laissé trop cuire la viande.
Nous allâmes i isiler le temple bàli par leur roi Salomon. Cet édifice , hyperboliqucmenl vanté, est bien loin de l'élégance, du goilt el de la magulticeuce du temple de DianeàÉphè.se, de ceux d'Apollon à Delphes et à .\iilct, du temple de .Jupiter Olympien , du Parthénon à Athènes, et de lant d'autres.
Ce fut un nommé Achas, parent de Jonalhas, qui nous y conduisit. Cet édifice n'a que cent cinquante pieds de longueur sur autant de largeur: personne n'y cuire, excepté les sacrificateurs de service , aux heures réglées, le soir et le matin, pour allumer les lampes, offrir les pains el les parfums.
Le grand-pontife seul peut entrer dans le sanctnaire, où repose l'arche d'alliauce, et encore n'est-ce qu'inie fois l'année.
Toul le temple est revêtu de bois de cèdre , orné de scnlplure et couvert de lames d'or ; au-devant s'élève une tour carrée, où e<t placé l'autel des holocaustes; on y voit dix grands bassins d'airain pn:.éssur des bases roulâmes. • Le bassin qui est ;'i droite, porté par douze boeufs, nie dii Achas, isl nounné la inei' d'air/tin ; les prêtres sont obli[',és , sous peine de mort, de s'y laver les pieds et les mains avant les sacrifices. »
Notre guide nous uiena ensuile aux salles où étaient les tré.sors, les vases sacres d'or et d'argent, les habits des prêtres ; il nous fit voir les magasins où l'on garde les offrandes desliiiêe.s .'lia nourcilurc des sacrificalenrs, des lévites, des veuves et des oi|)helins. En d'autres lieux on
' Saint .Insliu cl saint Jêrûnvc confirment ce qu'avance ici
lODallKls.
conserve le vin et l'huile pour les libations , le sel dont les offrandes doivent être assaisonnées , les agneaux pour les sacrifices. «On eu o.fre, me disait-il, deux le malin et deux le soir ; c'est ce que nous appelons le sacri/ice perpclitcl. Les jours de .sabbat et de fête, on les muliiplie beaucoup, sans compter les offrandes des particuliers. Notre graud roi Salomon immola un jour dans ce temple vingt-deux mille bœufs gras et cent vingt mille moutons. ^ Où priî-il, lui demanda Phanor, des vases pour les faire cuire ?»
Nous visitâmes les cuisines, les salles à manger des sacrificateurs, les corps-de-garde des lévites qui gardent le temple nuit el jour, les chambres de lévites-musiciens , et la salle où se lient le conseil souverain des senalems.
Nous fûmes présens à nu sacrifice : les particuliers égorgèrent les i ictiuies , les pi'éparèrenl , les firent cuire ; les prêlres répandirent le sang autour de la victime, allumèrent le feu , et mirent dessus les parties qui servent d'offrandes.
Leur grand-pmilife est non-seulement le chef de la religion el le juge ordinaii-e des difficultés relatives au culle, mais encore de tout ce qui regarde la ju.stice civile.
Les Juifs prélendent que leur dieu permet que ce grandprêtre so!t l'oracle de la vérité, qu'il répond à ses demandes, et lui découvre les choses cachées et futures lorsque ce pontife est revêlu de ses oineinens.
C/C grand-pontife ne peut porter le deuil de ses proches, pas même de son père et de sa mère, ni entrer dans v\i lieu où il y aurait un cadavre, de peur d'êlre souillé.
Il ne peut épouser ipiune vierge. Son habit est beaucoup plus magnifique que celui des aunes prêlres : c'est nue tunique de lin , dont la tissure est particulière ; sur celle tunique , il porle une longue robe de couleur célesle ou d'hyacinthe , au bas de laquelle est une bordure composée de sonnetles d'or et de pommes de grenades faites de laiues de diverses couleurs.
Les Hébreux ont un jour par semaine consacré à la dévolion et â l'oisivelé, wommc jour du sabbat. Ils portent le respect pour celle fête à un tel point, qu'un de ces jours-là tpielqu'un étant venu dire à mon hole que le feu avait pris à son écui ie, il n'osa y porter du secouis , el la laissa brûler avec deux ânes , victimes innocentes de la .sollise de leur mailre.
Jérusalem, à celte époque, élaiten proie aux divisions intestines. Deux hommes très ambitieux , enncnn-. l'un de l'aulre , allumaient le feu de la discorde : l'im se uounuail Onias, il élail grand-pontife ; l'autre, simple prêtre, appelé Simon. Celui-ci, |:our perdre son coucurrenl , fît dire au roi d'A.sie que le temple de Jérusalem élail rempli de Irésors. Le monarque, sur cet avis, envoya Hèliodore avec des troupes pour s'en saisir. Ce général entra dans le temple à la tète de son armée. Phanor et moi suivîmes la foule consternée (|ui jetait des cris e.froyables; les fenunes o'arrachaieni les cheveux, déchiraient leui'S vêlemens. Le lemple allait être pillé , saccagé ; mais son dieu Adonai, pour le sauver, opéra un miracle. Un honnne à cheval descend du ciel , renverse Hèliodore (|ui élail encore dans le chœur, le foule aux pieds ; en même temps, deux jeunes gens d'une belle figure , que les Hébreux appellent des anges , l'atlaquent vivement, et le chassent du temple à grands coups de verge. Ce qui rend le miracle plus éclatant , c'est que ses soldais rcslcrenl immobiles de frayeur et de respecl.
Après cette corrcclion cxem|ilaire, Hcliodoie sorlil de
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la ville, iiiraiit par Bélus, son dieu, de n'avoir plus rien à démêler a\ec Adonaï ou .léhovah, dieu des Juifs, dont les émissaires frappaient si vi;;oureusenieiU.
Nous fLlnies bienlol déjjoiHés du séjour d'une ville aussi niiséiable, et je proposai à Phanor, en cas qu'il ne lui pas amoureux de quelque beauté hébraïque, de partir pour Babjione; il yeonsenlit, en me disant qu'il aimerait encore mieux saCallipiye de Rhodes que la plus belle femme de Jérusalem.
INous filmes témoins, avant notre départ, d'un prodige encore plus étounant que celui de la puuition d'Hélio dore.
Un matin, mon liote Jonathas vint m'éveilier brusquement. « Levez-vous, me criait-il, montez sur les toits; venez voir dans les airs ce phénomène unique. — Ouoi ! sont-ce des grues, des corbeaux, des sauterelles.^ — Non, ce sont des armées, des chevaux (pii combattent sur des miages. — l'ar Eacihus ! il y a du danger; s'ils allaient tomber sur nous. » Jonathas, à ces mots, ÛL une firimai (^ qui contracta tous les muscles de son visage. Je vis qu'il ne fallait pas rire hautement des solti.scs des hommes. Cependant je m'habille ù la hi1te, et je inoiUe sur les toits faits eu terras,sc, où étaient déjà tonle la famille et les domestiques. Les rue.s, les places, les toits de toutes les maisons étaient chargés de spectateurs qui, les yeux au ciel, regardaient le choc des deux armées. Ce spectacle can.sait en même temps de l'admiration et de l'ef. roi. Hommes et femmes criaient, hurlaient, imploraient à grands cris leur dieu Adimai. Jonathas, à mes cotés, me dioail : « Voyez-vous ces chevaux, ces cavaliers couverts d'or qui se pressent, se heurtent? Regardez, (eux-ci sont repoussés, ils fuient ; ces fantassins ont l'épée à la main et des boucliers d'or; ils .se dcfendeiU, reculent; ils reviennent, enfoncent l'ennemi !i leur tour. • J'ouvrais de grands yeux et une grande bouche imui- voir tout cela, et je ne voyais que des nuages qui flottaient dans les airs et sons différentes formes. Je le dis à Jonathas, qui me répoiidit qu'apparemment j'avais la vue courte. J'en convins; avec les hommes, il est dangereux d'y voir trop clair; mais Phanor, moins prudent ou moins politique que moi, répondit .1 une vieille femme qui lui demandail ce qu'il voyait: Beaucoup de sols le nez eu l'air. Ce seul mol faillit nous faire lapider; mais avec quelque argent, premier dieu de ce peuple, nous détournâmes l'orage. Celte bataille, qui se donnai! dans les airs, dura deux jours.
Pendant ce temps, les prières, les sacrifices, les hnrleniens, les pleurs ne cessèrent pas dans la ville ; enfin les deux armées se retirèrent, l'air s'épura, et la paix descendit du ciel. Comme mille et mille témoins ont vu et certifié ces deux miracles, je ne m'aviserai point, par un pyrrhoni.sme déplacé, d'en nier la possibilité ou l'existence; permis à chacun de croire selon son bon plaisir, ou l'étendue de sa vision physicpieou morale.
La Palestine est couverte, presque parloul, de rochers sur lesquels les habitans ont transporté un peu de terre pour y planter des vignes. Celte terre, liée avec les éclats des rochers, est soutemie par de petits uun-s. D'ailleurs le terrain est fort aride; les pâturages très rares ne peuvent nourrir (pie des ânes ; les bu-n's y sont maigres : les moutons y réussissent mieux. Les oliviers y produi?ent des fruits d'une bonne qualité : il y pleut rarement. On a peu de fontaines; on y supplée à grands frais par des citernes. Nous eilmes la curiosité, avant de partir, d'aller voir, à trois slades de la ville, la sépulture célèbre d'une femme
nommée Hélène. La porte de ce tombeau, qui est de marbre comme lom le reste, s'ouvre d'elle-même à certain jour de l'année et à certaine heui e, par le moyen d'une machine, et se referme peu de temps après ; il toute autre époque, on ne pourrait l'ouvrir sans la rompre.