‹ Œuvres complètesChapitre 93 sur 416 · CHAPITRE LXXXlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXlll

Fête de Milyla.

Nous voyions souvent Arsame; mais il élail si affairé, avait tant de rendez-vous, qu'il ne pouvait nous donner que peu diustans. La veille de la fêle de Milyla, il nous apprit qu'il viendrait nous prendre de fjraiid malin pour nous menei' au temple. C'est un carré régulier de deux stades; on voit au milieu une lour nia.ssive qui a un stade, tant en longueur qu'en lA-fjeur, sur laquelle huit autres tours sont élevées; on a pratiqué au dehors des degrés eu lignes spirales. Dans la dernière tour est une grande chapelle sans statues, mais oruée d'une table d'or et d'uu lit uiagnitique; elle ne s'ouvre que pour le dieu Belus, qui y passe la nuit avec la jeune vierge qu'il daigne favoriser. On voit au bas une antre chapelle qui contient une statue d'or représentant .Jupiter assis, une table, un Iniue et un marchepied du même métal.

Nous trouvâmes l'euceinle du temple remplie de femmes charmantes, superbement parées, (|ui, ne voulant pas se livrer au premier venu , se tenaient dans le\ir char, sous des voûtes, entourées de leiu- suite ; les autres, ayant une couronne de ficelle autour de leur tète, étaient assises .sur la terre. Les unes arrivaient, les autres partaient. H y avait des allées séparées par des cordes lertdues, où les étrangers allaient choisir la Ix'anté qui leur plaisait. Une femme ne peut sortir du temple qu'elle n'ai! payé son tribut a Milyta. Cette loi est très ri;;onreuse pour le.s laides, qui souvent attendent leur tour trois ou quatre ans. Lorsque l'étranger a choisi une de ces beautés, il lui offre de l'argent en lui disant : «J'invoque la déesse Milyta. » Et la femme est obligée d'accepter ce qri'on lui donne.

Je parcourais avec Phanor et Arsame ces allées où s'einblaient respirer l'amour et la volupté. Phanor était dans \me extase délicieuse : ses yeux s'égaraient , erraient de l'une à l'autre ; il trouvait tortes les femmes charmantes ; toutes allumaient ses désirs. Dans cet enchantement , irré,solu dans son choix , il aurait voulu cueillir toutes les fleurs de ce riant parterre. Ar.same, au contraire, regardait toutes ces belles avec dédain, ne voyait qxie leurs défauts : l'une était trop maigre, l'autre trop chargre d'embonpoint; celle-l;\ était dénuée de grâces; sa voisine, d'une taille gigantesque; celle d'après, im arbre nain ; celle autre avait le regard Irop ardent, et celte Agnès ji.nail la pudeur. La plupart étaient des Reîir.^ d'automne , sans éclat et sans fraîcheur ; et depuis quinze ans qu'il venait à cette fêle, nulle n'avail été si dégarnie de beautés. Il se rappelait encore que la première fois il y avait trouvé cent lenunes plus belles que la plus brillame de ce jour; mais Phanor el moi, qui débutions dans cette arène, et qui n'avions pas encore les sens (léiris par l'excès des jouissances, nous leur rendions plus de justice, et les trouvions, pour la majeure partie, dignes de notre encens et des plus tendres sacrifices.

Phanor s'éclipsa avec une petite brune enjouée et piquante; je préférai une blonde de vingt ans, d'un teint

de lis et de roses, et dont les yeux étaient chargés d'une douce langueur. Je l'abordai mon tribut ù la main, en lui disant ; J'imoquc la déesse MUfta. Aussitôt elle se leva et me suivit. Je dois convenir que sa dévotion n'était pas feinte. En me quillanl, elle alla jeter mon offrande dans un bassiu que tenait un prêtre à la porte du temple.

Je rejoignis Arsame et Phanor ; le premier avait possédé sans plaisir une femme très belle, mais sans grâce et sans vivacité ; Phanor aurait voulu que la fête recommençât le lendemain.

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