‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 121 sur 332 · LIVRE M. CHAPITRE XLT · texte numérisé non relu

LIVRE M. CHAPITRE XLT

quitte a de l'ingratitude. Celui ne rend point volontiers qui ne doit point de bon cœur. Ce qu'il ne prend pas plaisir de voir en sa maison, lui est charge plutôt que présent. Combien seroit-il plus honnête et plus juste d'avoir toujours le bienfait d'un ami en la main et le lui montrer, que de le presser mal à propos de le reprendre , et lui faire ce tort d'en user comme d'argent prêté! Puisque le bienfait est un bien qui attache deux personnes ensemble, dites à celui qui vous a fait plaisir : « Il ne tient pas à moi que ce qui est vôtre ne retourne à vous*, je ne souhaite point qu'une mauvaise fortune vous donne occasion de le reprendre ; c'est tout mon désir de vous voir un visage joyeux et content quand je le vous rendrai ; et si quelque mauvais destin se prépare pour l'un de nous deux, et qu'il faille ou que l'incommodité de vos affaires vous fasse avoir besoin de ce que j'ai de vous, ou que ma misère me remène à votre porte vous en demander encore autant, soient plutôt les destinées rigoureuses à moi qu'à vous. Donne celui qui a déjà donné. Je suis prêt :

Il ne tient point à Turne^

Vous en verrez la preuve au premier sujet qui s'enolTrira. Cependant les Dieux me soient témoins que la protestation que j'en fais est véritable. »

XLII. Vous avez une chose, Libéralis, que je remarque fort souvent. Partout ou il est question de faire un office à votre ami, vous y êtes bouillant, et craignez toujours de n'y venir pas assez à temps. Cette inquiétude n'est point digne d'une belle âme. 11 se faut assurer de soi, et sur le témoignage que nous rend notre conscience de la vérité de notre amour, donner congé à tout ce qui nous peut brouiller l'esprit. On peut aussi bien faillir en donnant.

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