LIVRE VII. CHAPITRE XXXI
saison pour arrouser la terre, donnent du mouvement à la mer par le moyen des vents, marquent les temps par la course des astres, amollissent les hivers et les étés avec une plus douce respiration, et par une bonté qui ne s'altère jamais supportent l'inclination malheureuse que nous avons à les offenser. Conformons-nous à cet exemple. Donnons, quoique nous ayons donné beaucoup de choses qui ne nous aient pas bien succédé. Donnons à d'autres , et à ceux mêmes qui nous ont déjà trompés. Si notre maison tombe , nous ne laissons pas d'en refaire une autre. Si le feu Ta consumée, la place est encore tiède que déjà nous y mettons de nouveaux fondements, et bien souvent rétablissons les villes aux mêmes lieux où l'abîme les a dévorées.: tant nous avons le courage opiniâtre aux bonnes espérances. Il ne se feroit rien sur la mer ni sur la terre , si on ne tentoit une seconde fois ce qui à la première n'a pas bien réussi.
XXXII. C'est un ingrat. lise fait l'injure, et non à moi. Quand je lui ai fait plaisir, j'ai fait ce que je devois. Pour cela je ne donnerai pas moins, mais je prendrai mieux garde comme je donnerai. Un autre me rendra ce que cettui-ci m'a fait perdre. Au contraire je continuerai de donner encore à lui-même, et comme un bon laboureur vaincrai par la culture l'infertilité du terroir. Mon bienfait est perdu pour moi, et lui pour tout le monde. Ce n'est pas un acte généreux que donner et perdre, oui bien perdre et donner.