‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 148 sur 332 · COM3IEJVCEMENT DU LIVRE II DU TRA.ITÉ DES BIENFAITS DE SÉNÈQUE · texte numérisé non relu

COM3IEJVCEMENT DU LIVRE II DU TRA.ITÉ DES BIENFAITS DE SÉNÈQUE

La traduction du Traité des bienfaits, telle qu'elle parut en if>3o, offre, comme on l'a vu plus haut (p. 2 5), une lacune assez Importante au commencement du second livre. Cette lacune fut comblée seulement en ifiSg, dans l'édition séparée de cet ouATage publiée par Ant. de Sommaville, qui, suivant les termes du privilège à lui octroyé à cette occasion, annonçait avoir « recouvert (le traité) augmenté de quelques cbapitres non encore imprimés. » Il ne faut probablement voir dans cette déclaration qu'une supercherie au moyen de laquelle le libraire put obtenir un privilège, celui qu'on avait accordé aux éditeurs de i63o étant expiré depuis plusieurs années. Ce qui nous parait venir à l'appui de cette conjecture, c'est le sans-facon avec lequel P. du Rver, qui professait une si haute admiration pour Malherbe, a modifié et corrigé le nouveau texte lorsqu'il l'a inséré avec le reste du Traité et les Epitres dans sa traduction des Œuvres de Sénèque (ifi^g, in-fol.). Aussi est-il permis, ce semble, de le lui attribuer. Quoi qu'il en soit, nous donnons ici ces onze premiers chapitres du livre II, en nous conformant au texte de l'édition de ifiSg. Elle est intitulée : Sénèque. Des Bienfaits^ de la version de M''' François de Mallterhc , gentil-liomme ordinaire de la chambre du Roy. A Paris, chez Antoine de Sommaville, m.dc.xxxix. in-12.

I. Continuons notre discours , et voyons de quelle façon il faut faire plaisir; la chose est aisée à mon avis. Donnons comme nous voudrions recevoir, volontairement, promptement, et sans marchander. Ce que nous donnons n'a point de mérite, quand nous avons du regret à le voir partir d'entre nos mains, et semblons plutôt nous l'arracher, que de le donner à notre ami. Si nous ne pouvons faire quil n'y ait quelque

retardement, gardons pour le moins qu'on n'y aperçoive point de délibération. Celui qui délibère oblige aussi peu que celui qui refuse, parce qu'en la volonté seule du bienfaisant est toute la réputation du bienfait. Qui donne et voudroit bien ne donner point , ne donne pas , mais il est serré de si près, qu'il laisse aller ce qu'il ne peut retenir. Il en est assez qui donnent, parce qu'ils n'ont pas l'assurance d'éconduire. Les bienfaits vraiment agréables, sont ceux qui n'ont difficulté ni longueur, que la modestie de ceux qui les reçoivent. Donnons si nous pouvons devant qu'on nous demande; si nous ne pouvons, donnons incontinent après qu'on nous a demandé Toutefois le premier est le meilleur, parce qu'un liomme de courage ne venant jamais aux requêtes, qu'il ne rougisse et baisse les yeux, on ne lui fait pas peu de courtoisie de l'exempter de cette nécessité. Qui prie, achète bien ce qu'il reçoit : c'a toujours été l'opinion des gens d'honneur, qu'il n'y a rien de mieux vendu que ce que les prières font obtenir. Si les vœux se faisoient à haute voix, ils seroient plus rares qu'ils ne sont; et quoique ce soit^chosc très-honnéte de prier les Dieux , si le faisons-nous ordinairement en quelque solitude, et si secrètement qu'il se reconnoît bien que nous ne prenons pas plaisir d'être vus en cette action.

IL C'est un fâcheux mot que : « Je vous prie; » si nous voulons gratifier un ami, nous ne lui devons pas donner la peine de le dire. Après ({u'il est dit, donnons sitôt que nous voudrons, nous ne pouvons donner que trop tard. Ce seroit beaucoup qui pourroit deviner ce qu'on veut de nous, et aller au-devant d'une nécessité que peut-être on n'a pas la hardiesse de nous déclarer. Un homme obligé de cette façon, aime sa dette et s'en ressouvient éternellement. Si la demande nous a pi'évenus, ne nous laissons point faire de longues harangues, semblons plutôt avertis que priés, et promettons si promptement que l'on croie que cétoit chose que nous étions résolus de faire quand on ne nous en auroit point parlé. Comme une viande ou un verre d'eau sont quelquefois donnés si à propos à un malade, qu'ils lui sauvent la \ie, ainsi le plaisir le plus petit et le plus contemptible qui se puisse imaginer, s'il est fait au besoin , il n'y a point de doute qu'il ne devienne aussi précieux qu'un de bien plus

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