‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 197 sur 332 · I. <x Hors de page. » [Editions de il^i\S et de · texte numérisé non relu

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ÉPÎTRE XXXIII. igi

Davantage, qui suit un autre ne suit rien, ne trouve rien, et pour mieux dire, ne cherche rien. Et quoi donc? ne tiendrai-je point le chemin de ceux qui sont passés devant moi? Si ferai : mais si j'en trouve un plus court et plus beau, je serai bien aise de le prendre, et d'y faire le passage pour les autres. Ceux qui nous ont précédés ne sont pas nos maîtres, ils ne sont que nos guides : la vérité tend la main à tout le monde, personne ne s'en est saisi jusques ici. Sa recherche donnera encore de la besogne assez à ceux qui viendront après nous.

ARGir»EEJNT. — I. Le sage disciple réjouit le précepteur. — II. Pour devenir homme de bien , il ne suffit pas d'avoir bien commencé, il faut bien finir.

I. Il m'est avis que je suis plus grand que de coutume, et que je sens quelque chaleur qui me rajeunit, tant je suis transporté de joie, quand par ce que vous faites et ce que vous m'écrivez, je reconnois quelque avantage sur vous-même; car pour le commun, il y a longtemps que vous lui avez mis la poudre aux yeux*. Si un laboureur prend plaisir de voir fructifier ses arbres, un berger de voir multiplier son troupeau, un nourricier de voir bien porter son nourrisson, quel contentement pensez-vous

r. Mettre (ou jeter) de la poudre aux jeux. « Ce proverbe, dit le Dictionnaire de Trévoux, prend son origine de ceux qui couroient aux jeux olympiques, où l'on disoit de ceux qui avoient gagné le devant qu'ils jetoient de la poudre aux yeux de ceux qui les suivoient, en élevant le menu sable et la poudre par le mouvement de leurs pieds. » Il y a sinijïleinent tians le latin : tuvbam olim reliqueras.

3c,4 LES EPITRES DE SENEQUE.

que ce soit à ceux qui ont fait la nourriture des esprits, quand après les avoir formés en un âge encore tendre, ils les voient tout d'un coup élevés et parvenus? Je vous tiens pour mien : vous êtes ma créature. Aussitôt que j'eus reconnu ce que vous étiez, je ne faillis pas de mettre la main sur vous, de vous donner courage, et avec quelques coups d'éperon, vous faire aller plus vite que le train accoutumé. J'en fais de même encore à cette heure : mais je vous trouve déjà courant, et aussi capable de faire des remontrances que d'en recevoir.

II. Que me demandez -vous davantage? direz -vous. Certainement je vous avoue que vous êtes bien avancé , mais il n'est pas de l'instruction des esprits comme des autres ouvrages. Le bon commencement n'y fait pas la moitié de la besogne : c'est une grande partie de bonté, que d'avoir envie d'être bon, mais ce n'en est qu'une partie. Savez-vous qui j'appelle bon? Celui qui est si parfait et si accompli, qu'il ne peut devenir mauvais, quelque violence qu'on lui fasse, et quelque nécessité qui lui puisse arriver. Je ne doute point que vous ne le deveniez, pourvu que vous alliez toujours d'un même pas, et que vos effets répondent tellement à vos paroles, qu'ils semblent avoir été frappés en même coin. S'il y a de la discordance entre le faire et le dire, c'est signe d'un esprit qui n'est ni bien fait ni bien assis.

ÉPÎTRE XXXV. 3<j5

Arguaient. — I. L'amitié fait toujours du bien, et l'amour quelquefois du mal. — II. Le plaisir qu'on prend avec ses amis est plus sensible par la présence. — III: La constance est la marque d'un homme sage.

I. La prière si affectionnée que je vous fis d'étudier, n'est pas toute pour votre profit, il y va du mien. J'ai envie d'avoir un ami, et vous ne me le pouvez être, si depuis que vous avez commencé, vous ne continuez à vous façonner; car pour cette heure, je crois bien que vous m'aimez, mais ce n'est pas à dire que vous soyez mon ami. Et quoi donc? Sont-ce deux choses? oui, et bien différentes. Qui est ami, aime : qui aime, n'est pas ami. L'amour est quelquefois cause de mal; l'amitié ne fait jamais que du bien. Quand vous ne tireriez autre commodité de votre étude, que de savoir aimer, vous n'aurez pas perdu votre peine : dépêchez-vous donc, de peur qu'un autre n'ait la science de ce que vous avez appris.

II. Pour moi, j'en reçois bien déjà quelque fruit par le plaisir que j'ai de me figurer que vous et moi ne ferons qu'un cœur, et que si mon âge m'ôte quelque chose de ma vigueur, je la reprendrai du vôtre, encore qu'il n'y ait pas beaucoup à dire de l'un à l'autre*. Mais je ne veux pas demeurer au plaisir de l'imagination, j'en veux avoir par effet. Nous avons bien quelque contentement des personnes que nous aimons en leur absence, mais c'est vm contentement de peu de substance, et qui s'évanouit incontinent. La vue, la présence et la conversation font la volupté plus

I. (rest-à-dire quoique votre ;'igc ne soit pas bien éloigné du mien. En latin : Quantjuam non niullum abat.

vive et plus sensible, surtout quand ceux que nous voulons voir sont en Tétat que nous les desirons. Le plus beau présent que vous me sauriez donc apporter, c'est vous-même. Cette considération vous doit faire avancer. Je suis vieil, et vous êtes mortel : hâtez- vous*, toutefois ne vous hâtez pas tant que vous ne soyez avec vous premier qu'avec moi*. III. Faites- vous honnête homme, et vous gardez surtout d'être irrésolu. Quand vous voudrez essayer les progrès de votre suffisance, prenez garde si^ vous voulez aujourd'hui ce que vous vouliez hier. La volonté variable montre la fluctuation d'un esprit qui va tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, selon qu'il est poussé par le vent. Ce qui est fixe et fondé ne flotte point. Cette constance se trouve parfaite en celui qui est parfait en sagesse •, et telle quelle, en celui qui tellement quellement y a profité. Quelle différence donc y faites-vous? L'un branle, mais sans partir de sa place, et l'autre ne branle pas seulement.

Argument. — I. Préférer la vie privée à celle des courtisans et personnes publiques. — II. L'humeur morne est plus propre à l'étude, et l'étude des premières lettres plus convenable aux jeunes qu'aux vieux. — III. Le commerce des amis doit être des bonnes mœurs et non des biens de fortune. — IV. La règle du sage c'est le mépris de la mort. — V. La persuasion n'est point nécessaire où l'inclination nous porte. — VI. La mort ne nous ôte point la vie, mais lui donne quelque intermission.

I. Donnez du courage à votre ami, et le fortifiez contre toute cette manière de gens qui le blâment d'avoir

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