‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 202 sur 332 · A la \allee, en descendant; per proctive, dit Sénèque · texte numérisé non relu

A la \allee, en descendant; per proctive, dit Sénèque

ÉPÎTRR XL. 409

beaucoup, que de dire bien. Il y avoit un certain P. Vinicius, de qui Asellius disoit qu'il parloit à remises', et Geminus Varius, qu'il s'ébahissoit comme on faisoit cas de son éloquence, vu qu'il ne savoit pas mettre trois paroles ensemble. Je sais bien qu'il n'y avoit guère de plaisir à lui voir tirer les mots l'un après l'autre, et que quelquefois on lui eût pu dire : « Parlez , ou vous taisez. » Mais encore aimerois-je mieux vous proposer sa lenteur pour exemple, que la précipitation de Hatérius. Cet homme en son temps étoit estimé grand diseur; il ne hésitoit jamais, ne rompoit jamais son train, et du commencement alloit d'une traite jusqu'à la fin. Mais quoi qu'il en soit, je ne pense pas qu'un homme de jugement voulût parler comme lui. Toutefois chaque nation a son goût particulier : ce qu'on trouve mauvais en un lieu, semble de bonne grâce en un autre. Peutêtre entre les Grecs on supportoit cette licence , mais nous sommes si éloignés^, que même en écrivant, nous mettons des points entre les mots pour les séparer. Cicéron même, qui le premier a donné réputation à l'éloquence romaine, n'alloit jamais qu'au petit pas en ses harangues. Le langage latin a de la vaine gloire : il se regarde; et parce qu'il a bonne opinion de son mérite, il prend plaisir que les autres le voient, afin d'en faire cas. Fabianus, grand personnage de vie et de science, et qui après ces deux points tient le troisième rang en la louange d'un homme fort éloquent, avoit une façon de parler non impétueuse, mais sans peine, de sorte que c'étoit plutôt facilité que promptitude. C'est bien chose que je ne défends point à un homme sage, que l'aisance de parler :

I. A remises, c'est-à-dire en faisant des pauses, lentement. Tractim, dit le latin.

u. « Nous en sommes si éloi{;nés. » [Éditions de i()45 et de 1648.)

4io LES ÉPiTRES DE SÉIVÈQUE.

toutefois je ne le lui commande pas * , et trouve encore qu'il fera mieux de prononcer les paroles, que de les verser. Ce qui me fait vous entretenir si longtemps sur ce sujet, pour vous en divertir, c'est que je sais bien que c'est un métier que vous ne pouvez faire , que premièrement vous ne renonciez à votre honneur. Il faut que vous perdiez toute honte, et que vous-même n'écoutiez pas ce que vous direz, pource que par inadvertance il vous échappera beaucoup de choses, qui ne vous sembleroient pas bonnes , si vous y apportiez du jugement. Je vous dis que c'est un métier qui veut de l'impudence^ : préparez-vous-y, si vous le voulez suivre. Ce n'est pas encore tout : vous n'y pouvez acquérir de gloire; il vous faut exercer journellement, et laisser la substance des choses, pour l'écorce du langage. Au lieu que quand bien vous auriez des paroles plus que vous n'en sauriez désirer , et qu'elles vous sortiroient de la bouche comme d'une source inépuisable, pour bien faire il en faudroit être sobre et ne les employer qu'avec discrétion. La modestie est aussi requise au langage d'un homme d'Iionneur, comme en son allure. La somme des sommes', c'est que je veux que tu sois lent à parler*.

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