‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 203 sur 332 · I. « Je ne la lui commande pas. » [Édition de i · texte numérisé non relu

I. « Je ne la lui commande pas. » [Édition de i

■1. On lit imprudence clans les éditions de ifiSg et de 1648.

3. La somme des sommes, c'est-à-dire le point le plus essentiel, est la traduction littérale du summa snmmarnm de Sénèque.

4. Malherbe, contre son habitude, a employé ici le tutoiement pour mieux conserver leur énergie aux mots latins : Tardiloquum te esse juheo.

ÉPÎTRE XLI. 4tf

Abgu»ient. — I. L'homme de bien est toujours accompagné d'un bon génie. — II. Mépriser les biens de fortune et aimer ceux de l'âme, c'est le fait du bon génie ou d'une vertu divine qui est dans l'homme de bien.

I. Vous ne sauriez mieux faire, que de travailler continuellement à vous faire homme de bien. C'est chose que vous seriez malavisé de désirer, puisque vous-même avez moven de la vous donner. Il ne faut point pour cela lever les mains au ciel; il ne faut point gagner un sacristain*, qui vous laisse parler à l'oreille d'une image, pour en être mieux exaucé. Vous avez Dieu près de vous; vous l'avez avec vous; vous l'avez dans vous. Il est vrai, comme je le vous dis, Lucilius, nous avons un esprit sacré, qui réside en nous pour la conservation de nos vies et l'observance de nos actions : il se comporte avec nous selon que nous nous comportons avec lui. Il n'est point d'homme de bien sans quelque Dieu qui l'assiste à monter par-dessus la fortune, et le rend capable des hautes et magnanimes résolutions. Quel Dieu? Nul ne le sait. S'il se présente à vos yeux quelque touffe épaisse de vieux arbres élevés au delà de l'ordinaire, et où la multitude des branches passées les unes dans les autres ne reçoive point la clarté du jour, quand et quand la hauteur, la solitude et l'ébahissement de voir en une rase campagne un ombrage si épais et si couvert, vous donnent opinion qu'il y ait quelque déité. Si vous voyez un antre qui avec ses pierres toutes mangées, et sur une re-

I, .Edituus, dit Séncque.

/ii2 LES ÉPÎTRES DE SÉPsÈQUE.

laxation faite non de main d'homme, mais par la nature même*, porte le faix d'une montagne, vous avez aussitôt l'àme frappée de quelque scrupule de religion. Nous tenons les commencements des grands fleuves pour vénérables, et donnons des autels à la saillie subite de quelque large rivière qui sort de dessous terre. Nous portons du respect aux fontaines des eaux chaudes. L'opacité sombre ou la profondeur immense de quelques étangs les a fait estimer sacrés. Si vous voyez un homme ineffrayable aux dangers, impénétrable aux passions, heureux en adversité, calme en la tempête, plus haut que le reste des hommes et aussi haut que les Dieux , ne serez-vous pas touché de quelque ressentiment qui vous induise à le vénérer? Ne direz -vous pas : Il y a là quelque chose de trop grand et de trop haut pour en faire comparaison à si peu de chose que le corps? Sans doute quelque vertu divine y est descendue, et n'est pas^ croyable qu'une âme si excellente, si mesurée, et qui avec un mépris si généreux estime toutes choses inférieures à son mérite, et si courageusement se moque de ces objets qui font naître des craintes et des désirs, puisse avoir son mouvement d'ailleurs, que de quelque puissance du ciel. Une chose de cette grandeur ne sauroit demeurer debout, si quelque Dieu ne la soutenoit. C'est pourquoi la part de lui la plus grande est au lieu d'où elle est descendue. Comme les rayons du soleil nous touchent bien, mais ils ne laissent pas d'être au ciel, d'où ils sont envoyés sur la terre, tout de même une âme grande et sacrée, transmise au monde pour nous faire voir de plus près la divinité, converse bien avec nous; mais toujours par un de ses bouts

1. En latin : Spccits.... non manu factus, sed natnralibus causis in lanlnm la.vilatem exca\'atus .

Page 1