I. ^u forum.... ou dam la curie (au sénat
a. C/ioiiiiuer, cliùiiier. En latin : Sœpe boiui materia casât s'in artifice.
EPÎTRE XL VIL 43 i
les aime. Uu maître est injuste, s'il demande plus qu'il ne faut. Où il y a de la crainte, il ne peut y avoir d'amour. Vous faites donc très-bien, à mon jugement, de ne vouloir point que vos serviteurs vous craignent, et de ne les châtier, quand ils faillent, d'autre chose que de paroles. Il est des occasions où il est nécessaire de frapper; mais ce n'est pas à dire qu'aussitôt qu'une mouche nous pique, il faille avoir le bâton en la main. La délicatesse nous amène ordinairement à cette rage, qu'aussitôt qu'il nous arrive quelque chose autrement que nous ne voudrions, nous entrons en colère, et voulons faille comme les rois, qui, bien qu'ils n'ignorent pas que par la grandeur de leur fortune ils sont hors de la portée de toutes injures, et que le reste du monde n'est que foiblesse aupi'ès de leur force, toutefois, pour avoir sujet de faire déplaisir, se plaignent d'en avoir reçu. Je ne vous entretiendrai pas davantage, parce que je sais bien qu'il ne vous faut point de remontrances. Un homme de bien se plaît en sa prud'homie; il ne s'en divertit jamais", la malice, comme une girouette, se tourne tantôt d'un côté, tantôt de l'autre; et sans regarder si le change lui porte quelque avantage, pense toujours avoir assez fait d'avoir changé.
Argument. — I. Le mal, comme le bien , doit être commun entre les amis. — II. Les sages désirent le profit de leurs amis; et les fols ne fondent l'amitié que sur leur propre intérêt. — III. Fuir la sophisterie. — IV. La philosophie nous promet de nous faire égaux aux Dieux.
J'ai reçu de vous une lettre sur le chemin, aussi longue que le chemin même. J'en réserverai la réponse pour Malherbe, ii 28
une autre fois ; car il n'est pas possible que je vous donne un bon conseil, que premièrement je ne me retire à part pour Y penser. Je sais bien qu'avant que me consulter, vous avez été longtemps à vous y résoudre. Je vous laisse donc à penser si je dois légèrement décider ce que vous avez, eu de la peine à me proposer; puis il y a des considérations en moi, qui ne sont point en vous. Je parle en épicurien ; mais quoi que je die, rien ne me peut être considérable pour vous qu'il ne le soit pour moi.
I. Si ce qui vous touclie ne me touche, je ne suis pas votre ami : nous ne devons rien avoir de séparé. Bien et mal, tout est partageable entre nous; tout nous est commun : aussi n'est-il pas possible qu'un homme vive heureusement, qui ne tourne les yeux que sur soi-même, et qui ne considère que son profit. Il faut que vous viviez pour un autre , si vous voulez vivre pour vous. Cette société, parce qu'elle nous mêle les uns aux autres, et nous apprend qu'il y a quelque droit universel entre les hommes, est saintement et religieusement observable; mais encore plus parce qu'elle sert à l'entretien de cette autre plus intime et plus étroite de laquelle je vous ai parlé. Si beaucoup de choses vous sont communes avec un autre à qui la seule humanité vous oblige, toutes le vous seront avec un ami Voilà, Lucilius, de quoi je voudrois que tous ceux-ci qui sont si subtils me fissent des leçons, et qu'ils m'apprissent plutôt ce que je suis obligé de faire, ou pour un ami, ou pour un homme, que non pas combien ces mots d'homme et d'ami ont de significations.
IL La sagesse et la folie me montrent des chemins différents; à laquelle me rangerai-je? quel parti êtes-vous d'avis que je prenne? La sagesse a de l'amitié à l'endroit de tous les honiviies. La folie n'a pas même dg l'huma-
nité à l'endroit de ses amis. La sagesse se prépare pour l'utilité de ses amis. La folie se prépare des amis pour son utilité.
in. Vous me tournez les paroles d'un sens à l'autre, et vous amusez à ranger les syllabes ; mais me voudriezvous bien faire croire que si je ne sais faire des interrogations captieuses , et des propositions véritables, tirer une conclusion fausse pour l'approbation d'un mensonge, que je ne pourrai connoître ce que je dois fuir ou desirer.^* Je rougis de honte qu'en l'âge où nous sommes, nous nous jouons d'une chose de telle importance. Un rat est une syllabe; un rat mange le fourmage'; il s'ensuit donc qu'une syllabe mange le fourmage. Prenez le cas que je ne sache me défaire de cette surprise : en quel inconvénient tomberai-je, ou qu'est-ce qu'il m'en sera de pis? Ce sera peut-être que quelque jour, pensant prendre un rat au trébuchet , je n'y prenne une syllabe ; ou que si je n'y prends garde, une syllabe ne mange mon fourmage. Mais peut-être cette conséquence semblera plus subtile et mieux tirée : un rat est une syllabe, une syllabe ne mange point de fourmage, un rat donc ne mange point de fourmage. O niaiseries vraiment dignes de petits enfants ! Est-ce pourquoi nous fronçons les sourcils? Est-ce pourquoi nous nous laissons croître la barbe? Est-ce^ que nous enseignons avec un visage si mélancolique et si rechigné?
IV. Voulez-vous savoir ce que la philosophie promet aux hommes? Conseil. L'un se voit prêt à mourir, l'autre n'a de quoi vivre ; l'autre est en peine pour la conservation de ses richesses, et l'autre envieux de celles d' autrui. Cettui-là craint sa mauvaise fortune; cettui-ci est en ombrage pource qu'il voit que tout lui succède, Sesprospéri-
I. Fourmage, fromage. — u. Est-ce ce que. [Edition Je i()45.)
tés lui sont suspectes : il voudroit bien s'en démêler. L'un est mal avec les hommes, et l'autre n'est pas bien avec les Dieux. A quoi leur peuvent servir ces badineries que vous leur alléguez? Il n'est point question de rire. Ceux qui vous appellent sont en peine. Les uns ont perdu leurs biens sur la mer, les autres sont prisonniers, les autres malades, les autres nécessiteux, les autres ont arrêt de mort, et déjà le glaive est tiré pour leur frapper la tête. Vous leur avez promis à tous du secours. A quoi vous amusez-vous? où pensez-vous? Gettui-ci que vous entretenez de chansons, assurez-le. Tout ce que vous voyez ici d'affligés jettent les yeux sur vous. Toute espérance d'avoir secours que de vous est perdue pour eux. Ils vous prient de remédier à leurs inquiétudes, et avec le flambeau de vérité leur donner moyen de se remettre en chemin. Faites-leur connoître les choses que la nature a fait* nécessaires, et celles qu'elle a fait superflues, combien il y a peu de peine à suivre ses règles, combien est contente et pleine de toutes commodités la vie de ceux qui s'y rangent, et combien au contraire ont d'anxiétés et d'amertumes ceux qui se conduisent par opinion. Apprenez-leur à vaincre leurs passions, ou pour le moins à les modérer. Plût à Dieu que toutes ces sophisteries ne fussent qu'inutiles ! Elles sont pernicieuses, je le vous montrerai quand vous voudrez, et vous ferai avouer qu'il n'y a rien qui rompe et débilite un bel esprit comme font ces subtilités. J'ai honte de dire comme ils équipent un homme contre la fortune, et quelles armes ils lui mettent en main pour la combattre. C'est ici le chemin du souverain bien par où vous allez. Vous ne trouvez que des tricheries et des exceptions infâmes à ceux même qui sont
1. Fait, et non faites. Tt-l est le texte de toutes les éditions, même encore de celle de ififij.
au tableau du préteur*; car à quoi tendent vos interrogations captieuses, sinon à surprendre un homme pour lui faire faire quelque faute en la forme de procéder? Mais comme le préteur relève ceux-ci, la philosophie tout de même relève les autres, et les rétablit en leur entier. Qu'avez-vous à faire de nous tenir de si magnifiques langages, pour les accompagner après de si peu d'effet? Vous nous promettez de nous mettre Tàme en si bonne assiette que For et le fer nous éblouiront aussi peu l'un que l'autre , et de nous fortifier tellement contre tout ce que les hommes craignent et qu'ils désirent, que nous le foulerons aux pieds; et cependant vous nous remettez comme des enfants à connoître nos lettres. Que voulez-vous dire? Est-ce là le chemin d'aller au ciel? car la promesse que in'a fait la philosophie, c'est que j'irai du pair avec Dieu. C'est ce qu'elle m'a dit en me conviant ; c'est ce qui m'amène; tenez-moi parole. Croyez-moi donc, Lucilius, intriquez-vous le moins que vous pourrez en ces exceptions et positions de sophistes^. Rien ne sied mieux à la prud'homie que la franchise et la simplicité. Quand vous aurez à vivre beaucoup d'années, ménagez-les si bien que vous voudrez; vous n'avez du temps que ce qu'il vous en faut pour les choses nécessaires : je vous laisse à penser, en avant si peu comme il vous en demeure, quelle apparence^ il y auroit de l'employer aux superflues.
I. En latin : Eliam ad album sedentibus. Album signifie le « tableau où l'on inscrivoit les décisions du préteur. » Ad album sedere se disait des gens qui s'occupaient de chicane.
1. Exception'ibus et prxscriptionibus philosopiiorum, dit Sénèque. « Position M signifie établissement d'un principe.