‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 217 sur 332 · La Campanie. Voyez plus haut, p · texte numérisé non relu

La Campanie. Voyez plus haut, p

2. Qu'il n'y a rien, c'est-à-dire qu'il y a un rien de temps.

mais de quoi ne pouvons-nous dire : « Ce fut hier, » si nous nous en voulons ressouvenir? Il n'y a rien que j'étois à Fécole du philosophe Sotion; il n'y a rien que je commençai de plaider ; il n'y a rien que je quittai le Palais; il n'y a rien que je cessai d'y pouvoir aller. La diligence du temps est infinie; le moyen de s'en apercevoir, c'est de regarder derrière nous ; car quant à ce qui est présent, il passe avec une fuite si précipitée que nous n'avons pas loisir de le considérer. Voulez-vous que je vous en die la raison ? Tous les temps qui sont passés sont en un lieu. Vous les voyez tout à la fois; ils sont tous en un monceau ; de là toutes choses descendent en abîme d'oubli. Et d'ailleurs il n'y peut avoir de longs intervalles en une chose qui est toute courte. Ce que nous vivons n'est autre chose qu'un point; mais la nature, pour nous le faire trouver plus long, en a fait plusieurs parties. De l'enfance elle en a fait une; de l'âge puéril une autre; de l'adolescence une autre ; de l'âge d'homme, inclinant vers la vieillesse, une autre; et de la vieillesse la fin. Voyez combien de degrés elle a mis en si peu d'espace. Il n'y a rien que je vous allai convier , quand vous vous mîtes en chemin pour aller où vous êtes ; et toutefois ce rien est une bonne partie de notre âge : pensons que nous en serons bientôt au bout. Il ne m'a pas toujours été avis que le temps courût comme il fait à cette heure. Je ne sais si c'est que je me sens près du bout, ou que je commence de penser au mauvais ménage que j'en ai fait; mais je trouve qu'il va si vite, que presque je ne me le puis imaginer. C'est pourquoi je ne fus jamais si en colère que je suis contre ceux qui dépendent le temps en choses superflues , et ne considèrent pas que quelque épargne qu'ils en fassent, il n'y en a pas à demi pour les nécessaires. Cicéron dit que quand il auroit encore une vie au bout de la sienne, il n'en auroit pas assez

44o LES ÉPÎTRES DE SÉNÈQUE.

pour lire les poètes lyriques. J'en dis de même des dialecticiens. Encore ils ne baguenaudent pas de si bonne grâce; et qui est pis, il leur est bien avis qu'ils font quelque chose de grande importance, au lieu que les autres font profession ouverte de donner du plaisir. Je ne dis pas qu'il ne les faille voir, mais il les faut voir seulement, et leur donner le bonjour de la porte, de peur qu'on ne nous en fît accroire et qu'il ne nous fût avis que ce ne fût quelque chose de plus profitable que ce n'est. Que vous sert de vous consumer avec une question qu'il y a bien plus d'esprit à mépriser qu'à résoudre? C'est à faire à un lionune qui n'a doute de rien , et qui ne part qu'à sa commodité, de rassembler jusques aux plus petites choses, et ne vouloir rien laisser derrière. Quand l'ennemi nous vient sur les bras, et que l'alarme est au camp, la nécessité nous fait tomber des mains ce que la paix et le repos nous avoient fait amasser. Je n'ai pas le loisir à cette heure de rechercher les significations d'une parole ambiguë et de faire voir en cela mon bel esprit.

Voyez courre le peuple, et border les remparts, Voyez le fer aigu luire de toutes parts ^.

La guerre me bruit aux oreilles ; il me faut pourvoir d'une âme généreuse, et qui ne s'étonne de rien ouïr. Si en notre ville assiégée, où les femmes et les vieillards portent des pierres pour la défense de la muraille, et les capables de porter les armes sont avec l'épée à la main derrière la porte, attendant ou demandant qu'on la leur ouvre, pour sortir sur l'ennemi, qui de son côté par batterie, sapes et mines, fait trembler la ten-e sous les pieds, et n'oublie rien afin de pouvoir entrer, vous me voyez bien de loisir dans une chaire mettre en avant ces

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