‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 218 sur 332 · I. Virgile, Éiiéïde, liv. VIII, v · texte numérisé non relu

I. Virgile, Éiiéïde, liv. VIII, v

RPÎTRE XLIX. 441

plaisantes questions : ce que vous n'avez point perdu , vous Tavez ", vous n'avez point perdu de cornes; vous avez donc des cornes, et telles autres rêveries faites au moule de cette-ci : ne diriez-vous pas que j'aurois perdu le sens? Vous en pouvez dire autant à cette heure. Je suis assiégé encore en un siège de ville. Le danger seroit au dehors, et la niuradle me couvriroit de l'ennemi ; mais à cette heure ce qui me veut tuer est dans moi * . Je ne suis pas de loisir d'écouter vos niaiseries; j'ai bien autre chose à démêler : que dois-je faire ?

III. La mort me suit, la vie me quitte; donnez-moi quelque bon avis; faites que je ne fuie point la mort et que la vie ne me fuie point; parlez-moi de la constance qu'il faut avoir aux adversités , et de la résolution aux choses inévitables. Faites que je me contente du peu de temps que j'ai à vivre, et apprenez-moi que l'importance de la vie n'est pas en l'espace^, mais en l'usage; et qu'il peut arriver, voire qu'il arrive souvent, qu'un aura été longtemps au monde, et n'aura pas beaucoup vécu. Dites-moi , quand je me vais coucher : « Il se peut faire que vous ne vous lèverez jamais ; » quand je suis levé : « 11 se peut faire que jamais vous ne vous coucherez ; » quand je sors de la maison : « Il se peut faire que vous n'y rentrerez plus; » quand j'y suis rentré : « Il se peut faire que vous n'en sortirez plus. » \ous vous abusez, si vous pensez que ce soit seulement en un bateau que nous sommes à deux doigts de la mort : c'est partout. Elle se peut bien quelquefois montrer près de nous, mais toujours elle en est aussi près en un lieu qu'en l'autre. Dissipez-moi ces ténèbres ; vous aurez moins de peine à m'enseigner une chose à laquelle je suis préparé.

I. L'édition de ifiSg donne par erreur ce qud, pour ce qui. En latin : Nunc mortlfera mecitm surit.

3. C'est-à-dire dans l'étt-ndue (de la \ie),In spatio cjus, dit Sénèque.

44a LES ÉPiTRES DE SÉNÈQUE.

IV. La nature nous a l'ait capables* d'instruction, et si nous n'avons une raison parfaite , nous en avons une qu'il y a moyen de conduire à la perfection. Parlez-moi de la justice, de la piété, de la frugalité, de la chasteté, tant de celle qui nous garde d'attenter sur le corps d autrui , que de celle qui nous rend soigneux de conserver le nôtre : si vous ne me détournez point du chemin , je serai bientôt où je veux aller; car, comme dit le tragique :

La vérité parle sans artifice^.

Et pour ce, il ne la faut point impliquer. Le déguisement est la chose du monde la moins convenable aux mouvements d'une belle âme, et la plus indigne de ses desseins généreux et relevés.

Argujient. — L Nous sommes tous aveugles en nos passions. — n. Les vices sont plus corrigibles en jeunesse qu'en vieillesse. — in. La vertu est comme naturelle en l'homme , et le vice étranger.

Vos dernières lettres sont de si vieille date, que j'ai pensé que je ne gagnerois rien de demander de vos nouvelles à celui qui me les a rendues II faudroit qu'il eût bonne mémoire de se souvenir de si loin. Toutefois je n'en suis point autrement en peine, parce que je sais bien que vous avez déjà l'âme en si bon état, qu'en quelque lieu que vous soyez, je ne puis ignorer ce que vous faites;

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