Voyez plus haut, p. aao et
ViS LES ÉPÎTRES DE SÉNÈQUE.
petite : il y faut aller cVautre façon que les gants en la main*.
II. Qu'avons-nous à faire de résoudre ce que nous avons de vigueur en un bain chaud, ou dans les vapeurs d'une étuve sèche ? Ne suons point autrement que par le travail*, on se moquera de nous de nous lasser, comme fit Annibal, à moitié du chemin, et quitter la guerre, pour nous amuser à faire bonne chère. Si la fainéantise est dangereuse aux victorieux mêmes, que peut-elle être à ceux qui sont encore au combat? JNous avons aussi peu de sujet de nous reposer qu'avoit l'armée d'Annibal. Il y a du péril à reculer, et de la besogne à tenir bon. J'ai guerre contre la fortune, et n'ai que faire d'elle; je ne me veux point assujettir à sa domination, ou, ce qui est plus difficile, je m'en veux dégager. Ce ne sont point choses où le courage se donne relâche : si je cède à la volupté, il faudra que je cède à la douleur; il faudra que je cède au travail; il faudra que je cède à la pauvreté. L'ambition et la colère voudront que je leur en fasse de même. Qu'est-ce que j'en puis attendre, sinon que toutes ces passions me démembrent, pour en avoir chacune sa pièce? La liberté m'est proposée; c'est la récompense que je me promets de mon travail. Demandez- vous quelle est cette liberté? N'être sujet à nécessité quelconque, ne s'émouvoir de chose qui puisse arriver, et faire descendre la fortune à la mesure de ma hauteur. Tant plus je sentirai sa puissance, tant moins je la reconnoîtrai. Qu'ai-je à faire d'endurer d'elle, étant libre de mourir quand il me plaira ?
III. Pour faire ces belles et saintes méditations, il faut prendre un lieu qui ait je ne sais quoi de grave et de religieux. Un trop beau séjour ôte quelque chose de la force