Il y a cjmharum dans le latin
Malherbe, ii 2g
45o LES ÉPÎTRES DE SÉNÈQUE.
et ouïr les vilenies d'une canaille qui du soir au matin ne fait autre exercice que de clianter? N'eùt-il pas mieux aimé coucher en une tranchée que lui-même auroit faite de sa propre main pour une nuit? Aussi qui est l'homme, pourvu qu'il soit homme, qui n'aime mieux qu'on l'éveille avec une trompette, qu'avec la musique de toutes les plus douces voix qu'il seroit possihle d'assembler? Nous pouvons bien avoir assez crié contre Baies, mais jamais assez contre les vices. Je vous prie, Lucilius, soyez-leur irréconciliable-, et comme ils n ont ni fin ni mesure à se produire, n'ayez ni fin ni mesure à les repousser. Jetez-moi dehors tout ce qui vous déchire le cœur; et si vous n'y pouvez faire autre chose, arrachez-vous plutôt le cœur, que de ne les vous arracher point. Surtout faites sortir les voluptés, et les tenez pour ennemies capitales, comme les Egyptiens, ceux qu'ils appellent Philètes* : elles nous embrassent, mais c'est afin de nous étrangler.
epitrp: lu.
Argument. — I. L'irrésolution est nue marque de folie. — II. Nous ne pouvons counoîtie la vraie sagesse sans l'aide d'autrui. — III. Prendre les gens de bien pour guide* de nos actions. — IV. Le sage méprise les louanges.
I. Que peut-ce être, Lucilius, que voulant aller d'un côté, nous sommes emportés de l'autre, et nous laissons ramener en un lieu d'où nous avons envie de nous éloi-
I. Entre les nombreuses variantes qu'offrent les manuscrits ou qui ont été proposées pour ce passage, Malherbe a clioisi l'ingénieuse conjecture de Muret : Philetas,
1. Les ancieiuifs éditions donnent le singulier; celle de ififij le pluriel : guides.
EPITRE LU. 45i
gner? D'où vient cette contradiction qui lutte contre notre âme, et ne nous laisse jamais vouloir une chose à bon escient? Nous sommes entre les résolutions, comme entre les vagues, poussés de Tune, et repoussés de l'autre; nous ne voulons rien franchement, rien absolument, rien stablement. La iolie en est cause, direz-vous, qui ne sait ce qu'elle blâme ou qu'elle approuve, et n'a jamais deux fois un même goût.
II. Mais quand et comment sera-ce que nous nous démêlerons d'avec elle? jNous ne le pouvons faire de nousmêmes : nous avons trop peu de force; il faut que quelqu'un nous tende la main et nous tire du bourbier. Epicure dit qu'il v en a qui, sans que personne leur aide, arrivent à la connoissance de la vérité, et donne* le premier honneur à ceux qui ont cette gaillardise de se pouvoir produire deux-mêmes. Il fait une seconde sorte de ceux qui ont besoin qu'on les assiste, et qui ne peuvent aller si quelqu im ne leur montre I3 chemin ; mais quand on les mène, ils vont bien, entre lesquels il compte Mé~ trodorus. Ceux-ci semblent aussi d'un bon naturel; toutefois ils ne peuvent marcher qu'après les autres. Quant à nous, qui ne sommes point de ces pi-emiers, si nous pouvons être des seconds nous serons bien. Qui se peut sauver quand on lui aide, n'est pas malhabile homme, et même a déjà quelque chose de vouloir être sau%é. Après ces deux sortes, vous en trouverez encore une troisième : de ceux qui par induction sont capables de bien faire; mais il leur faut un aide, ou par manière de dire un chasse-derrière ''. Epicure dit qu'Hermachus* est de ces derniers; aussi lui fait-il plus de caresses, mais il
1. Il y a donnent dans les anciennes éditions, mais c'est nne faute: maximt laudal, dit Sénèque.