‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 228 sur 332 · I. En latin : ntnuin · texte numérisé non relu

I. En latin : ntnuin

les louanges que j'en connois; pour les autres dont je ne puis parler que par opinion, je croib que ce soit une demeure bonne pour toutes les saisons de l'année. Elle est droit au ponant, et le reçoit tellement, qu'il est ' cause que Baies ne l'a pouit.

rV . Je ne trouve pas que A atia fut trop malavisé, vieil et cassé comme il étoit, d'avoir choisi cette retraite pour y achever ses jours et n'y penser faire autre chose que se bien traiter. Mais que la tranquillité dépende de l'assiette et des commodités d'un lieu, ce n'est pas mon opinion : c'est l'esprit qui fait tout. J'en ai vu de bien mélancoliques en des maisons bien plaisantes, et de bien occupés en des solitudes bien écartées.

\ . \ ous vous trompez si vous pensez être mal pource que vous n'êtes point à la campagne. Et puis, pourquoi n'y êtes-vous point? Envoyez-nous vos pensées ; quelque absence qu'il y ait, vous serez avec vos amis autant de fois et si longtemps qu'il vous plaira. Nous jouissons mieux absents que présents de ce qu il y a de plus doux en la communication. La présence nous rend délicats; et pource que quelquefois nous devisons et nous promenons ensemble, quand nous sommes séparés, nous ne pensons plus à ceux que nous venons de voir; et ce qui nous doit faire porter l'absence plus patienmient, c'est qu'en présence même nous sommes le plus souvent absents. Comptez la séparation des nuits, les occupations diverses, les études particulières, les allées et venues aux champs, vous trouverez que vous n'êtes guère plus souvent avec votre ami que s'il étoit dehors. L'âme n'est jamais absente, elle voit à toutes heures les plus éloignés.

I. Dans l'édition de ifiSo, on a mis : Qu elle est cause; mais eju'ii est se trouve dans les éditions de iBSg, ifi45 et 1648, et peut fort bien s'entendre : ^ue cela est caute.

C'est avec elle qu'il faut posséder nos amis; et pour ce, soit que vous étudiiez, soit que vous soyez à table, soit que vous vous promeniez, soyez continuellement avec moi. Si les âmes n'avoient la clef des champs, nous serions logés bien étroitement. Je vous vois, Lucilius, je vous oy, et suis tellement avec vous, que quand je commence de vous écrire, il ne m'est pas avis que je doive faire une lettre, mais un billet.

Argument. — I. Le silence n'est point entièrement nécessaire pour étudier. — II. La bonne conscience trouve le repos partout. — III. L'occupation est le remède contre l'oisiveté, — IV. Nos passions ne trouvent point de repos, même dans la solitude. — V. Les menaces de la fortune ne troublent point le sage.

I. Je meure ' , le silence n'est pas si nécessaire pour étudier, comme on nous fait accroire. Je suis ici en un lieu où je n'ai rien qu'une tempête perpétuelle. Je suis logé au-dessus des étuves. Imaginez-vous à cette heure toutes les sortes de bruits qui peuvent importuner les oreilles : quand les plus forts font leurs exercices et jettent leurs mains chargées de plomb, quand ils alianent ^ ou font semblant d'ahaner, je les oy geindre ; quand après avoir retenu leur haleine ils viennent à la laisser aller, j'entends leurs sifflements et leurs respirations mal plaisantes ; quand il se trouve quelque maraud de valet d'étuve qui ne frotte pas connne il faut, je lui entends sonner les épaules /

I. Je meure, c'est-à-dire que je meure si le silence est aussi nécessaire, 1. Ahaner, travailler, se fatiguer, avoir beaucoup de peine à faire quelque chose.

Malherbe, ii 3o

tantôt d'une façon, tantôt de l'autre, selon que la main qui le frappe est plus ou moins ouverte. Et si là-dessus celui qui a la charge des pelotes ' vient à les compter et trouve qu'il lui en manque quelqu'une , toutes les autres tempêtes ne sont rien auprès de la sienne; ajoutez-y à cette heure quelque misérahle qui sentira les aulx: un qui sera surpris friponnant quelque chose, et quelque autre qui pensant avoir bonne voix, se plaira de la faire résonner dans le bain. Mettez-y encore le bruit que fait l'eau quand quelqu'un se jette tout d'iui coup dans la cuve. Après tout ce nombre de personnes qui ne sauroient que faire beaucoup de bruit quand ils ne parleroient qu'à l'accoutumée , figurez-vous un barbier, qui pour se faire remarquer parmi les autres, fait ouïr de fois à autre je ne sais quelle voix grêle et bruyante, et ne ferme jamais la bouche, sinon quand il arrache le poil des aisselles et fait crier un autre pour lui. Parlons à cette heure des crieurs de pâtés, saucisses, tartelettes, et toute telle manière de gens qui vendent leurs marchandises chacun avec sa musique particulière. Vous direz que parmi toute cette multitude de bruits si dissemblables il faut que je n'aie point d'oreilles ou que je sois de fer de ne perdre point l'entendement, vu que Chrysippus, l'un de nos docteurs, s'importunoit tellement d'être salué, qu'il en étoit à la mort. Mais, je vous jure que je m'en soucie aussi peu, de tout ce frémissement, que si j'oyois le flot ou la tombée d'une eau. Quoique j'aie ouï dire qu'une autre fois une ville fut portée par ses habitants du lieu où elle étoit eu un autre pour ne pouvoir endurer les cataractes du Nil, je ne me trouve point si diverti d'un bruit ^ que d'une parole. Le bruit n'emplit et ne trappe que les oreilles, et la parole attire l'esprit et l'emmène avec soi. Au nombre

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