‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 248 sur 332 · Ac torlorem suiim lasset, dit Sénèque · texte numérisé non relu

Ac torlorem suiim lasset, dit Sénèque

5i6 LES ÉPiTRES DE SÉNËQUE.

fers ne l'en divertiront point. Il ne regardera pas ce qu'il est nécessaire qu'il souffre, mais ce qu'il est honnête qu'il fasse. Une belle action ne lui sera non plus suspecte qu'un homme de bien. Il se fiera d'elle, comme il feroit de lui, et n'en attendra que de l'aise, du repos et de la prospérité. Il fera d'une chose louable, mais triste et pénible, comme d'un homme de bien pauvre ou banni, et qui aura mauvais visage. Or à cette heure mettez un homme de bien et plein de richesses d'une part, et de l'autre un de qui tout le bien soit en l'esprit , quoiqu'ils soient inégaux en fortune, ils sont égaux en prud'homie. Il faut faire le même jugement des choses que des personnes. La vertu n'est pas moins loua1)le au corps du a homme malade ou prisonnier, qu'en celui d'un homme libre, bien robuste et bien composé. Si vous êtes vertueux, avez tous vos membres ou soyez estropié, vous êtes d'autant de mérite d'une façon que de l'autre : autrement ce seroit juger du maître par Ihabillement du valet; car toutes choses qui sont sujettes aux accidents, conmie l'argeut, le corps et les honneurs, sont serviles, imbéciles, fluides, caduques et périssables d'un moment à l'autre*, comme, au contraire, les œuvres de la vertu sont hors de toute jurisdiction, rien ne les peut ni forcer ni vaincre. Que la fortune les manie doucement ou rudement, comme il lui plaira : c'est tout un; elle ne leur peut donner un masque si laid qu'elles ne soient agréables. Le désir est aux choses ce qu'est aux hommes 1 amitié. Je ne pense pas que vous aimassiez mieux un homme de bien riche que pauvre, ni fort et nerveux que grêle et flouet. Aussi , quand une chose est honnête, vous ne la devez pas moins désirer, laborieuse et difficde, que pleine de repos et de plaisir. Autrement, vous me lerez croire que de deux aussi vertueux l'un que l'autre, vous aimerez mieux le beau fils bien parfumé que l'autre qui seroit si crasseux et en si mauvais équi-

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page qu'il feroit horreur à regarder ; et puis après vous en viendrez là, que vous aimeriez mieux celui qui seroit bien sain et entier de tous ses membres, que celui qui seroit borgne ou boiteux; et enfin, de degré en degré, votre dégoût passeroit si avant, que de deux aussi justes et aussi sages 1 un que lautre, vous préféreriez sans doute celui qui auroit les cheveux plus longs et plus frisés que son compagnon. Où il v a de l'égalité de vertu, toute autre inégalité ne pnroît point. Elle est le principal : le reste n'est qu'accessoire ; car qui seroit si mauvais censeur contre ses enfants, qu'il aimât mieux le sain que le malade, le grand et de belle taille, que le court et le petit? Les bêtes ne sont point partiales en leur affection envers leur portée. Elles se laissent tetei- aux uns comme aux autres. Les oiseaux partagent également la bêchée' à leurs petits. Ulvsse est aussi bien rappelé par les rochers d'Ithaque qu'Agamemnon par les délices de My cènes. Personne n'aime son pays pource qu'il est grand, mais pource que c'est son pays. A quelle fin tend ce discours? Pour vous faire entendre que la vertu fait de ses ouvrages comme un père de ses enfants. Elle les regarde tous de mêmes yeux, leur est indulgente aux uns comme aux autres, fait encore quelque chose de plus pour ceux qu'elle voit les plus travaillés; comme vous voyez que les pères même, distribuant leurs richesses entre leurs enfants, en feront quelque grâce particulière à celui de qui le mauvais état méritera qu'on en ait compassion. Ainsi la vertu, qui voit quelques-uns de ses ouvrages mal traités de la fortune, ne les aime pas mieux que les autres; mais comme bonne mère, elle les prend entre ses bras et leur aide en quelque chose à supporter leur afOiction. Pourquoi ne se peut-il faire qu'un bien soit plus grand que 1 autre? Pource que

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