‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 250 sur 332 · I. Chaire, chaise · texte numérisé non relu

I. Chaire, chaise

■}.. Voyez ci-dessus, p. lyfi, note i. Dajis l'édition de ifi45, on a substitué recouvrée à recouverte.

ÉPiTRE LXVT. 5'^T

résolution opiniâtre à souffrir les fers et les feux. Vous vous abusez : les choses fortuites ont bien de la différence ; car on les estime plus ou moins, selon qu'elles apportent plus ou moins d'utilité. Tous biens ont un même but, qui est de consentir à nature. Ce consentement est aussi grand aux uns qu'aux autres. Quand en une assemblée nous suivons tous l'opinion de quelqu'un qui a parlé le premier, on ne peut pas dire : « Cettui-ci s'v accorde plus que cettui-là. » Tous d'une voix se rangent à la même opinion. J'en dis de même des vertus : elles s'accordent toutes à nature. J'en dis de même des biens : ils s'accordent tous à nature. Ij'un est mort jeune, l'autre vieil et l'autre au berceau. Tous ces trois n'étoient ni plus ni moins mortels l'un que l'autre, encore que la mort ait laissé faire plus de chemin à l'un , qu'elle ait tranché l'autre en sa fleur, et fait sortir l'autre du monde aussitôt qu'il y fut entré. Un autre est mort en mangeant, un autre en dormant, un autre en passant son temps avec une femme. Opposez-leur à cette heure ceux que l'épée a tués, que la morsure d'un serpent a fait mourir, qui ont été brisés sous quelque ruine, ou qui, par une longue contraction de nerfs, avec des douleurs extrêmes, ont perdu l'usage du corps un membre après l'autre : on peut dii-e qu'entre ces sortes de mort il y en a de pires et de meilleures , mais c'est toujours une mort. Les chemins par où elle vient sont divers, mais ils se viennent tous rendre en un carrefour. Il n'y a point de mort plus grande ni plus petite ; car en tous hommes généralement, elle se limite en la fin de la vie. Je vous en dis de même des biens • l'un est parmi du sucre, l'autre parmi de l'absinthe; l'un a conduit l'indulgence de la fortune, l'autre a dompté sa violence. Quoique la matière où ils travaillent soit différente et que l'un marche à son aise en une campagne rase, l'autre avec peine grimpe contre un rocher, ils sont aussi bons l'un que l'autre et

tous ont une même fin. Ils sont bons, ils sont louables et ne marchent qu'avec la raison et la vertu. La vertu ne veut rien avoir (Vinégal entre les choses qu'elle avoue à soi ; et ne prenez pas ce que je vous dis pour une doctrine de Stoïques seulement. Epicure même fait deux sortes de biens, desquels il compose cette souveraine et parfaite félicité : qu'il n'y ait ni douleur au corps, ni trouble en l'esprit. VIII. Quand ces biens-là sont pleins, il n'y a moyen d'y rien ajouter; car comme mcllrez-vous quelque chose en un vaisseau plein? Le corps n'a point de douleur : que se peut-il ajouter à cette indolence'? L'esprit n'a point de trouble : que se peut-il ajouter à cette tranquillité? Comme le ciel éclairé d'un beau soleil et de tous côtés purgé de nuées n'est point susceptible de plus grande lumière, ainsi l'homme qui a soin du corps et de l'esprit, et qui bâtit sa félicité du repos de l'un et de l'autre, quand il a le corps sans douleur et l'esprit sans trouble, se peut dire au comble de ses désirs et en un état qui ne sauroit être meilleur. S'il y survient quelques délices extérieures, elles ne font point pour cela croître son bien, parce qu'il étoit déjà parfait : mais elles le confisent, par manière de dire, et lui donnent de l'entretien ^. Quand un homme a la paix du corps et de l'esprit, il n'est pas possible que sa félicité puisse aller plus avant. Nous ne sommes pas les seuls qui parlons des biens de cette façon ; Epicure en fait une division pareille à la nôtre. Il dit qu'il est de certaines choses qu'il estime désirables, comme un repos de corps avec exemption de toutes incommodités, et un relâchement d'esprit, qui prend plaisir en la considération de son propre bien. Après ces premiers, il en met d'autres

1. Indolence est pris ici dans le sens du latin indolentia, a absence de douleur. » Les éditions de ifiSg, i645, 1648 portent insolence, erreur corrigée dans les éditions de ifijQ el 1667.

Page 1