‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 26 sur 332 · LIVRE II. CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE XXXI

pas seulement de l'apparence, mais aussi de la vérité ; car puisque tout consiste en la volonté, chacun d'une part et d'autre a fait ce cpi'il a voulu; et par la même raison que la piété, la foi, la justice , et généralement toute autre vertu a sa perfection en soi-même, sans rechercher aucune opération extérieure, c'est chose possible que par la seule affection un homme acquitte le plaisir qu'il a reçu. Il n'y a point de doute que celui qui fait quelque chose, n'ait le fruit de sa peine quand il arrive à ce qu'il s'est proposé. Que se propose celui qui fait un plaisir, sinon du bien pour autrui, et du contentement pour soi? Si cette intention lui est réussie, et si me faisant paroître son affection il a reconnu la mienne, il a ce qu'il a demandé ; car il n'a pas fait compte que je lui dusse bailler quelqu'autre chose en récompense : autrement il auroit pensé faire une échange, et non pas un plaisir. Celui qui voyage est content quand il est arrivé où il vouloit aller, et celui qui tire, quand il a frappé le but où il visoit. Celui qui fait un plaisir veut qu'on le reçoive de bon cœur. Si cela lui succède, que doit-il désirer davantage? Mais il attendoit quelque commodité. Ce n'est donc pas fau'e plaisir que ce qu'il faisoit, vu que la qualité propre et naturelle de celte action est de ne penser jamais à la récompense. Ce que j'ai pris, si je l'ai pris de la même affection cpi'on me fa donné, je l'ai rendu; autrement ce seroit gâter une chose très-agréable par une trés-fàcheuse condition. Pour n'être ingrat on me renvoie à la fortune. Peut-être n'en tirerai-je point de secours. N'importe : je suis quitte, puisque j'ai volonté de m'acquitter. Et quoi donc? ne ferai-je rien? Ne chercherai-je point quelque occasion de pouvoir servir mon bienfacteur, et de lui rendre, si je puis, un rnuid pour le boisseau que j'en ai reçu? Si ferai. Mais si c'est la règle des bienfaits qu'on ne les puisse reconnoître qu'en vidant la

bourse, j'aurai l)ien meilleur marché de ne rien prendre, que de devoir sous une si dure obligation.

XXXII, Celui, dit-il, à qui on a fait un plaisir, quelque affection qu'il ait témoignée en le recevant, n'a pas fait tout ce qu'il faut qu'il fasse. Il en reste encore une partie, qui est de le rendre. Comme en jouant c'est bien quelque chose d'aller bien à la pelote et la recevoir comme il faut, mais si ne peut-on pas dire qu'un homme ait bien joué pour l'avoir bien reçue, s'il ne l'a renvoyée de bonne grâce. Cette comparaison est mal à propos. Pourquoi? Pource que le bien jouer à la paume ne consiste pas en l'esprit, mais au mouvement et en la disposition du corps; et pour ce, quand les yeux doivent juger d'une chose, il ne faut point qu'il y demeure de pli. Cependant je ne dirai pas qu'un homme ne soit bon joueur , qui ayant bien reçu la pelote et fait ce qu'il devoit faire pour la renvoyer, en a été empêché par quelque inconvénient. Mais combien, dit-il, qu'il ne manque rien en ce qui touche la science, puisqu'il en a fait une bonne partie et est capable de faire celle qu'il n'a point faite , si est-ce que le jeu demeure toujours défectueux, n'ayant point eu cette vicissitude d'envoyer et de renvoyer, où consiste sa perfection. Je ne veux pas répliquer davantage. Accordons que cela soit, et qu'il y ait quelque défaut au jeu, et non pas au joueur. Il en est de même en ce de quoi nous disputons. Il peut bien y avoir du manquement en la chose donnée, parce qu'on lui doit une pareille; mais pour le regard de l'affection, il n'y en a point. Celui qui en donnant a trouvé une volonté semblable à la sienne , en ce qui est de son pouvoir il a fait ce qu'd s'étoit proposé.

XXXIII. Il m'a fait plaisir; je l'ai pris de la façon qu'il vouloit que je le prisse ; il a ce qu'il demande. La seule chose qu'il a désirée de moi, je la fais, je lui en sais gré. Si après cela je lui suis bon à quelque chose, je suis prêt

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