‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 264 sur 332 · Le train d'un galant homme. » [Édition de ifi/ji · texte numérisé non relu

Le train d'un galant homme. » [Édition de ifi/ji

que nous savons que par quelque chemin différent que la mort vienne, elle ne vient jamais que par un effort, et qu'il ne peut chaloir où commence une chose qui doit venir infailliblement. La même raison nous exhorte que, s'il se peut faire, nous mourions sans douleur; sinon que nous fassions comme nous pourrons, et prenions la première chose que nous trouverons pour nous dégager. La violence pour vivre est chose malhonnête; mais quand il est question de mourir, on ne sauroit faire chose plus brave, ni plus glorieuse que d'en user.

Akgujïent. — I. Pour prendre un bon conseil il faut avoir un but, qui doit être le souverain bien. — il. Il n'y a point d'autre bien que ce qui est honnête. — III. La sagesse nous apprend à distinguer le bien d'avec le mal. — IV. Que le sage doit tenir pour indifférentes les bonnes et les mauvaises fortunes. — V. Qu'on ne doit point résister à la mort. — VI. La philosophie nous montre le chemin de l'honneur et de la vertu. — VII. Qu'on trouve la félicité aussi bien dans les adversités que dans les prospérités, > — VIII. Description d'un homme sage. — IX. Définition de la vertu.

Vous ne cessez de me faire des consultations, et ne prenez pas garde qu'il y a bien du chemin entre vous et moi. Ce qui est le meilleur en un conseil, c'est qu'il soit donné quand il est temps. C'est pourquoi je ne doute point que bien souvent, quand vous recevez mes avis, vous ne fissiez mieux de vous conduire tout au contraire de ce que je vous écris; car on accommode le conseil à la disposition des affaires. Or elles changent d'une heure à l'autre, et courent plutôt qu'elles ne vont. 11 faut donc Malherbe, ii 35

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prendre conseil d'une chose plus tôt que le jour qu'on la veut faire*; encore ai-je opinion qu'il seroit trop tard, et qu'il seroit meilleur d'être pris sur le point même de l'exécution,

I. Or je m'en vais vous apprendre le moyen de le trouver. Quand vous voudrez savoir ce que vous devez ou fuir ou désirer, jetez aussitôt les yeux sur le souverain bien, et vous souvenez quelle profession de vie vous vous proposez de faire; car à cette règle se doivent conformer toutes vos actions. Il n'est pas possible de bien ranger les parties, si nous ne sommes assurés de la forme du tout. Quoique vous a3'ez les couleurs broyées, vous ne sauriez rien peindre que premièrement vous ne sachiez ce que vous voulez représenter. La principale faute que nous faisons, c'est que nous délibérons de la vie par les pièces, et jamais en gros. La première chose que doit faire uu homme qui veut tirer une flèche, c'est de savoir ce qu'il veut frapper. Nos conseils n'ont point de certitude, parce qu'ils n'ont point de but. Un marinier qui ne sait où il veut prendre terre, ne saura quel vent il doit désirer. Parce que nos actions sont toutes fortuites, c'est force que la fortune y ait beaucoup de pouvoir. Il en est qui savent des choses qu'ils ne pensent pas savoir, comme quelquefois il nous advient de demander ceux qui sont auprès de nous; ainsi le plus souvent faisons-nous de ce qui est le souverain bien. Il est tout auprès de nous, et nous Talions chercher bien loin. Je ne vous amuserai point de beaucoup de paroles pour vous faire entendre que c'est, ni ne vous brouillerai point l'esprit d'une diversité d'objets. Je vous mettrai tout droit le doigt dessus.

I. Pour que les idées se suivent et que le sens de Sénèque soit rendu, il faut remplacer plus tôt par plutôt, et supprimer le que qui vient après, ou ajouter une négation : oc II ne faut donc, etc. »

H. Que me serviroit Je vous aller chercher tant de divisions et de subdivisions, puisque tout d'un coup je vous puis dire : le souverain bien est ce qui est honnête, et, ce que vous admirerez davantage, il n'y a point d'autre bien que ce qui est honnête; tous les autres ne sont ni vrais ni légitimes. Si une fois vous vous imprimez cette opinion, et devenez amoureux de la vertu (car de l'aimer simplement ce n'est pas assez\ elle ne s'approchera de rien, si triste et si misérable \ quelque opinion que les autres en aient, qu'elle ne vous fasse trouver du repos et du plaisir. Les tourments mêmes, si vous vous y troublez moins que celui qui les vous fait soufî'rir, et les maladies, si vous ne murmurez point et ne perdez point courage, vous seront des exercices qui vous donneront du contentement. Toutes ces choses qui sont a mères au goût des autres vous seront douces, si vous les rehaussez au-dessus d'elles. Vous tenez pour une proposition indubitable, que ce qui n'est point bien ne peut être honnête, et que lors toutes incommodités se peuvent justement dire bonnes, quand elles sont devenues honnêtes par la présence de la vertu. Je sais bien qu'il est avis à beaucoup que ce sont chimères, et choses qui passent la condition des hommes, que ce que nous promettons; de quoi je ne m'ébahis point, parce qu'ils ne jettent les yeux que sur le corps. Mais qu'ils se retournent vers l'âme, et ils parleront d'un homme comme d'un Dieu. Retirez-vous donc, Lucilius, et me laissez toute cette race de philosophes pédants qui, d'une chose si haute et si magnifique, nous ramènent aux syllabes et repaissent les esprits de certaines subtilités qui ne font que les afToiblir. Tâchez de ressembler à ceux qui les premiers ont inventé la philosophie, et non à ceux qui l'enseignent de si mauvaise grâce, qu'ils font

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