I. (i'est-à-dire : si triste et si misérable que ce soit
548 LES EPiTRES DE SENEQUE.
penser que c'est une chose qui donne bien de la peine avant qu'on la sache, et peu de fruit quand on la sait. Si vous avez envie de faire quelque chose pour moi, rangezvous à ces premiers maîtres.
III. Socrate, de qui toute la philosophie est d'apprendre à bien vivre, dit que la plus grande sagesse que puisse avoir un homme, c'est de savoir faire distinction du bien et du mal. « Voulez-vous être heureux, dit-il, ne vous fâchez donc point qu'on vous estime fol. Si quelqu'un vous veut dire des injures, qu'il vous en die; s'il vous veut faire des outrages, qu'il vous en fasse : quoi qui vous arrive, vous ne souffrirez rien , pourvu que la vertu soit avec vous. Voulez-vous être heureux? Voulezvous à bon escient devenir homme de bien? Endurez qu'on vous méprise. C'est une patience dont personne n'est capable, s'il n'a cette opinion que tous biens son! égaux, pource que rien ne peut être bon qui ne soit honnête, et que ce qui est honnête, en quelque sujet qu'il soit, n'est jamais susceptible d'inégalité. »
IV. Et quoi donc? il ne peut chaloir si Caton est préteur, ou s'il ne l'est pas; s'il gagne la bataille de Pharsale, ou s'il la perd. Ce bien, de demeurer invincible en un parti vaincu, est aussi grand comme est le bien de revenir victorieux à Rome, pacifier les choses et les remettre en leur premier état. Pourquoi ne seroit-il aussi grand? la vertu qui dompte la mauvaise fortune est celle même qui règle la bonne. Or la vertu ne se peut faire ni plus grande ni plus petite : elle est toujours d'une taille ^ Mais Pompée sera mis en route ^; tous ces grands, de l'assistance desquels il se servoit pour un argument que sa cause étoit la cause de la Piépublique, ce sénat même, portant les armes, duquel il faisoit son avant-