Artifice, art. Le latin porte minus accuratas epistoias
J. Que (juelqu'un, cVst-a-dire : si ce n'est quelqu'un.
58o LES ÉPÎTRES DE SÉNÈQUE.
je pense et de quoi je ne prenne un contentement singulier à m'entretenir. Un homme ne baise pas ses enfants comme sa maîtresse , mais encore il ne les baise pas si froidement qu'en sa modestie on ne reconnoisse qu'il y a de l'affection. Je sais bien qu'il n'est pas raisonnable que des choses de si grande importance soient traitées avec un langage qui n'ait du tout point de grâce. La philosophie et la gentillesse de l'esprit ne sont pas incompatibles, mais les paroles ne sont pas chose qui mérite d'y employer trop de temps. Toute l'observation en ce fait, c'est de dire ce que nous pensons, et de penser ce que nous disons \ Quand, à voir un homme et à l'ouïr, vous trouverez que c'est lui-même, il a fait ce qu'il doit faire : on ne lui peut rien imputer. Il n'est point question quel il est, ni combien il est grand personnage : l'importance est qu'il soit toujours un.
I. Cherchons du fruit aux paroles, et ne nous arrêtons pas à la beauté. Ce n'est pas que s'il s'en trouve quelqu'un qui d'acquisition ou de nature ait un flux de bouche si grand que le bien dire ne lui coûte rien , je ne trouve bon qu'en un beau sujet il emploie de belles paroles, pourvu qu'il se propose plutôt l'utilité de ceux qui l'écoutent que la vanité de sa réputation. Les autres sciences appartiennent du tout à l'esprit : cette-ci consiste purement aux affaires de l'âme. Un malade ne cherche point un médecin bien parlant, mais bien guérissant. Que s'il se rencontre que celui qui sait bien guérir sache aussi bien parler et en beaux termes discourir de l'état et des remèdes de sa maladie, il le prendra, mais sans se réjouir autrement d'avoir un médecin qui discourt bien; car c'est ni plus ni moins que si un pilote bien suffisant et bien habile de
I. Malherbe n'a pas traduit la phrase suivante : Concordet sermo Clan vit a.
EPITRE LXXV. 58i
son métier étoit loué pour être beau fils. A quelle fin me chatouillez- vous les oreilles ? Que voulez- vous dire avec vos plaisanteries? Il est question d'autre chose que de chansons * . Parlons du cautère que vous me voulez appliquer, de la jambe qu'il faut que l'on me coupe, de la diète que vous êtes d'avis que je fasse ; c'est pour cela que je vous ai envoyé quérir. Mon mal est fâcheux , il est enraciné de longue main ; donnez-y ordre. Vous avez de la besogne autant qu'un médecin en temps de peste, et cependant vous vous amusez à des paroles! Vous avez bien loisir de vous reposer, si vous en savez assez. Voulez-vous savoir quand vous aurez congé de parler tout à votre aise? Ce sera quand ce que vous aurez appris vous sera tellement gravé dans l'âme qu'il ne s'en pourra jamais effacer, et que vous serez capable d'en faire voir les expériences; car en la philosophie ce n'est pas comme aux autres sciences : il est question d'autre chose que de savoir par cœur, il faut que la suffisance soit témoignée par des effets. La béatitude n'est pas au savoir, elle est au faire. — Et quoi donc? faut-il être, ou tout, ou rien ? N'y a-t-il point quelques degrés au-dessous où l'on se puisse arrêter ? Est-ce un précipice que le chemin de la sagesse? — Non pas à mon avis; car encore que celui qui a quelque commencement soit tenu au nombre des fols , si est-ce qu'il en est déjà bien éloigné.
II. Entre ceux mêmes qui savent quelque chose, il y en a bien de plus avancés les uns que les autres. Quelquesuns en font de trois sortes. Les premiers sont ceux qui ne sont pas encore arrivés à la sagesse, mais sont logés aux faubourgs : ce qui est près, n'est point dedans. Demandez-vous qui ils sont? Ceux qui n'ont déjà plus de passions ni de vices, qui ont appris ce qu'il faut savoir,