T>a vie est peu de chose. » [^Edition de i64i
59» LES ÉPÎTRES DE SÉNÈQtE.
Je n'ai point été marri que l'occasion se soit offerte de vous faire ce conte, pour le plaisir que je sais que vous aurez d'entendre qu'un de vos amis soit mort si doucement ; car encore qu'il se soit fait mourir, c'a été si a son aise qu'il semble qu'il se soit trompé lui-même, et qu'il se soit dérobé de la vie sans v penser. Et puis ce conte même n'est pas si hors de propos qu il n'v ait moyen d'en faire quelque profit. 11 se présente bien souvent des nécessités où nous sommes conviés de suivre cet exemple. Nous avons bien souvent sujet de vouloir mourir, que nous ne le voulons pas faire; et quand nous mourons même, ce n'est qu'à regret.
II. L homme du monde qui sait le moins, sait bien qu'il lui faudra mourir quelque jour; mais quand il en est sur le point, il recule, il tremble, il pleure. Ne diriezvous pas qu'un homme n'aui'oit ni sens, ni jugement, qui se tourmenteroit de ce qu'il n'étoit point au monde il v a mille ans ? Aussi peu en a celui qui se tourmente, pource qu'à mille ans d'ici, il n'y sera point. Vous ne serez point, vous n'avez point été, c'est une même chose. Ce sont deux temps où nous n'avons point de part. Le point ou vous êtes est votre siècle ; faites ce que vous pourrez pour l'étendre. De combien le pensez-vous allonger ? que pleurez-vous ? que demandez-vous ? tout ce que vous faites n'est que temps perdu :
Les Destins pour prier ne se fléchissent point'.
Ils sont fermes et fixes. Une éternelle nécessité les conduit. \ ous irez où toutes choses vont, le trouvez-vous étrange? Vous êtes né sous cette condition; vos père, mère, grandspères, grand'mères, et généralement tous ceux qui sont venus au monde premier que vous, \ sont passés : tous