I. Fiaiif/fs, vovez p. 3^0, note i
6o6 LES ÉPÎTRES DE SÉNÈQUE.
Combien de fois ai-je été pleuré de mes amis, combien abandonné des médecins ! Les criminels qu'on met à la question n'endurent point ce que j'ai enduré. » Je veux que tout ce que vous dites soit vrai, n'en êtes-vous pas dehors ? Que vous sert de remanier vos douleurs et d'être misérable, non pour autre chose que parce que vous l'avez été? Ne savez-vous pas que nous prenons plaisir de mentir à nous-mêmes, et que nous faisons toujours nos maux plus grands qu'ils ne sont? Il n'y a rien de si doux que le récit d'une misère passée. C'est chose naturelle que de nous réjouir, quand nous sommes sortis de quelque bourbier.
I\ . Nous avons donc à retrancher deux choses : la crainte du mal à venir et la ressouvenance du passé. Quand nous sommes en quelque peine, disons :
Peut-être la mémoire un jour en sera douce'.
Faisons lutter à bon escient notre esprit contre la douleur; si nous reculons, elle vaincra; si nous demeurons fermes, nous la vaincrons. La plupart de ce que nous sommes, nous attirons notre ruine, r.u lieu de l'empêcher. Quand nous sommes suivis, le moyen de nous garantir c'est de faire ferme. Ceux qui prennent la chasse, ne faillent jamais d'être abattus'^. Ne voyons-nous pas combien de coups reçoivent les athlètes par le visage et par tout le corps? Et cependant la gloire leur est si douce qu'en sa considération ils ne treuvent rien de si rude qu'ils ne soient contents de supporter. Forçons, comme ils font, toutes difficultés qui nous résistent; notre récompense ne sera ni une coronne', ni une palme, ni un trompette qui fasse faire silence au peuple pour ouïr la