‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 292 sur 332 · I. Parlips, partagées. — 2. C'est-n-dire : pavée · texte numérisé non relu

I. Parlips, partagées. — 2. C'est-n-dire : pavée

ÉPÎTRE LXXXl. (vic)

et iessemi)le à ceux qui ont lait banqueroute, et cependant ne laissent point de payer. Or il est impossible que nous ne soyons ingrats , tant que nous ferons cas de ces vanités qui font perdre le jugement à la plupart des hommes; car quelquefois les choses sont tellement disposées, que nous ne pouvons reconnoître un plaisir, si nous ne quittons notre pays, si nous n'exposons notre vie, si nous ne perdons nos biens, voire même si nous ne recevons quelque tache à notre honneur et ne faisons courre fortune à notre réputation. La revanche d'un plaisir n'est pas toujours si aisée comme il semble. Le mal est qu'il n'y a rien au monde que nous estimions plus qu'un plaisir, quand nous le demandons; ni moins, quand nous l'avons reçu. Voulez-vous que je vous die ce qui nous fait oublier un plaisir? l'envie d'en recevoir un autre. Nous ne pensons point à ce qu'on nous a baillé, mais à ce que nous desirons qu'on nous baille. Les richesses, les états, les grandeurs, et toutes telles choses qui ne sont précieuses que par le cas que nous en faisons, nous font égarer du cliemin de la vertu. Nous ne savons pas ce que les choses valent, parce qu'au lieu d'en prendre avis de la nature, nous nous en rapportons au bruit commun. Il n'y a rien que la coutume qui nous les fasse trouver belles; car nous ne les estimons pas pource qu'elles sont désirables; mais parce qu'on les estime, nous les desirons; et après que l'erreur des particuliers a été cause de l'aveuglement général, à cette heure l'aveuglement généra] est cause do l'erreur des particuliers. Mais comme en cela nous suivons l'opinion commune, nous devrions aussi nous y ranger en ce qui est de n'être point ingrats. C'est une maxime tenue pour indubitable par Ions les peuples de la terre, et confessée par ceux mêmes qui sont les plus barbares, que c'est chose honnête de rendre un plaisir quand nous l'avons reçu. Il n'y a ni

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bon ni mauvais qui la contredise. 11 s en trouve qui louent les voluptés, et d'autres qui les blâment*, qui estiment la douleur le plus grand mal qu'un homme sauroit souffrir, d'autres qui ne tiennent pas seulement que ce soit mal; qui ne reconnoissent point de plus grand bien que les richesses, et d'autres qui disent que d'elles procède la ruine du genre humain et qu'd n'est point d'homme plus riche que celui à qui la fortune ne trouve rien qui mérite de lui être donné. Les jugements des hommes, qui en tant d'autres choses sont contraires l'un à l'autre, se conforment en cette-ci, qu'il faut reconnoître ceux de qui nous avons reçu du plaisir. Toute notre discordance est d'accord en celte opinion, et au partir de là, si quelqu'un nous a bien obligés, c'est celui que nous faisons moins de cas d'offenser; et ne sommes jamais plus ingrats que quand le plaisir qu'on nous a fait passe les movens que nous avons de nous en revancher; car parce que nous avons honte de ne rendre point, ne pouvant être quittes d'autre façon, nous le voudrions bien être par la mort de ceux à qui nous sommes obligés. Mon ami, si je vous ai donné quelque chose, gardez-le : je ne vous le demande pas; je ne vous presse pas de me le rendre*. Si je vous ai fait du bien, ne me procurez, point de mal. Il n'y a point d'inimitié plus dangereuse que d'un qui est honteux de n'avoir pas fait ce qu'il devoit, à l'endroit de celui qui l'avoit oblige.

I. Tel est le texte de l'édition de 1689; dans celle de i645, ou lit : ce Gardez-la : je ue vous la demande pas; je ne vous presse pas de me la rendre. «

ÉPÎTRE LXXXII. 63i

Ahgument. — I. Il blâme l'oisiveté. — II. L'appréhension des injures de la fortune et de la mort nous suit partout, et ne peut être guérie que par l'étude de la philosophie. — III. Les choses de soi indifférentes sont rendues bonnes ou mauvaises par l'application de la vertu ou du vice. — ÏV. Pourquoi nous craignons la mort, et le moyen de ne la point craindre.

I. Je commence à n'être plus en peine de vous. Voulezvous savoir qui m'en a répondu? un pleige^ qui ne trompe jamais personne : votre esprit que je reconnois amateur de la vertu. La meilleure partie qui soit en vous est hors de danger. La fortune vous peut faire quelque injure, mais le principal est que vous ne vous en pouvez plus faire. Continuez seulement, et vous réglez tellement en la vie que vous avez entrepris de suivre, qu'il y ait du repos, mais non de la mollesse. Pour moi, j'aimerois mieux être mal que mollement : quand je dis mal, je l'entends comme le peuple parle, c'est-à-dire, avoir de la peine et sentir des incommodités. Nous oyons ordinairement dire de quelqu'un à qui on porte envie : il vit mollement. J'aimerois autant qu'on me dît : il ne vaut rien. L'esprit ne peut croupir en l'oisiveté, qu'd n'en tire quelque fainéantise et ne perde peu à peu de sa vi gueur. II vaudroit mieux qu'il devînt du tout nisensible. Et puis ces délicats appréhendent de mourir, comme si la vie qu'ils font étoit quelque autre chose qu'une mort. Il y a bien différence de se reposer, ou d'être au cercueil. Vous direz peut-être que, de quelque façon qu'on se re-

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