I. Rejallh, rejaillit
rebours fait les injures beaucoup plus grandes qu'elles ne sont. Or quelle condition sauroit être plus misérable que de ceux qui perdent les bienfaits, et ne peuvent garder que les injures? La sagesse fait au contraire : elle se plaît d'embellir les plaisirs qu'elle a reçus, se les recommande et prend plaisir à les avoir continuellement devant les yeux. Les vicieux n'ont contentement qu'en ce seul instant qu'ils reçoivent le plaisir. Celui du sage est si long qu'il l'accompagne toute sa vie; car son contentement n'est pas de recevoir, mais d'avoir reçu, qui est une chose dont la continuation est sans intervalle et sans fin. S'il a reçu quelque offense, il ne s'en émeut point et l'oublie; non par négligence, mais parce qu'il a volonté de l'oublier. Il ne prend point les choses au pis. Si quelque inconvénient lui arrive, il ne cherche point à qui s'en prendre. Quand les hommes font mal, il en accuse la fortune; il ne calomnie ni les paroles, ni les mines. Si quelque chose semble avoir de l'aigreur, il l'adoucit par une bonne interprétation. Il pardonne l'offense reçue, en faveur du bienfait qui l'avoit précédée. De deux objets il donne le premier et le meilleur à sa mémoire. Il ne hait point après avoir aimé ; mais quand les injures sont si gi-andes au-dessus des plaisirs, que sans se perdre il ne peut plus dissimuler, son affection retourne au même état qu'elle étoit quand il n'avoit reçu ni bien ni mal ; car si les injures et les plaisirs ne sont point plus grands l'un que l'autre, il lui demeure toujours de l'amitié. Comme au jugement d'un criminel, quand les opinions se trouvent parties', celles qui sont les plus miséricordieuses ont lavantage, ainsi quand il trouve qu'on lui a fait autant de bien que de mal, il sait bien que son obligation est quitte", mais il ne cesse pas de l'avoir au cœur,