I. Je meure si, c'est-à-dire : que je meure si
■1. Hxc interiooatio vides itbi obrepat, dit le latin.
3. Pouv être pauvre, parce qu'il est pauvre, quoiqu'il soit pauvre.
douleur, mais celui que la douleur n'a su faire ni crier ni parler. On ne loue point la mort , mais celui de qui Fesprit est plus tôt sorti que troublée Toutes ces choseslà , qui de soi ne sont ni honnêtes ni glorieuses , sont honnêtes et glorieuses aussitôt qu'il plaît à la vertu d'y mettre la main; elles sont neutres, et n'ont point de qualité que celle que le vice ou la vertu leur donne. La mort, qui fut glorieuse et belle en Gaton, fut honteuse et laide en Brutus. Je parle de ce Brutus qui, sur le point qu'on lui alloit couper la gorge, s'étant tiré à l'écart, comme pour aller à ses affaires % combien qu'il n'eût autre envie que de différer sa mort de quelque moment , comme on l'eut fait venir et qu'on lui eut dit qu'il tendît le col : « Aussi bien, dit-il, me fût-il permis de vivre, comme je le tendrai^ ! » Peu s'en fallut qu'il n'y ajoutât: « Quand bien ce seroit sous Antoine. » Oh! que cet hommelà méritoit bien qu'on lui donnât la vie 1 Or comme j'avois commencé de vous dire, pour montrer que la mort n'est de soi chose ni bonne ni mauvaise, voyez combien il y a d'honneur en celle de Caton , et d'infamie en celle de Brutus. Tout ce qui n'est point beau s'embellit par le moyen de la vertu. Nous disons qu'une chambre est claire, et cependant on n'y voit goutte quand il est nuit : cette diversité vient de la vicissitude du jour et de la nuit. Ainsi toutes ces choses indifférentes, comme les richesses, l'embonpoint, la beauté, les honneurs et les sceptres mêmes, et de l'autre côté, la mort, l'exil, l'indisposition, les douleurs, et toutes ces autres choses que nous craignons ou plus ou moins, ne se peuvent dire ni bonnes ni mauvaises que par l'application du vice ou
1. C'est-à-dire : celui de qui l'esprit est sorti avant d'être troublé.