‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 310 sur 332 · I. 11 y a clans le latin : Aites niinistrx siuit · texte numérisé non relu

I. 11 y a clans le latin : Aites niinistrx siuit

ÉPiTRE LXXXV. 665

et lorsqu il survient des choses qui la traversent. Quand un pilote peut dire : « Neptune, tu mettras ma barque à fond quand il te plaira, mais tu ne l'y mettras jamais que droite, » on ne peut nier qu'il ne soit habile homme. La tempête n'incommode point son industrie, mais elle en rompt le succès. Et quoi donc? Ce qui l'empêche de gagner le port, qui rend tous ses efforts inutiles, qui le remène d'où il est parti , qui le retarde et lui met tout son équipage eu pièces, ne lui est-il pas dommageable ? Si est en tant qu'il fait voyage, mais non en tant qu'il est pilote , parce que tant s'en faut qu'il empêche sa science, qu'au contraire il lui donne occasion de la montrer ; car en beau temps (comme on dit communément) tout le monde est pilote. Ce sont incommodités de la navigation, et non de celui qui la conduit, en tant qu'il est conducteur. Un pilote a deux qualités : l'une de passager, qui lui est commune avec tous les autres de son vaisseau; et l'autre de pilote, qui lui est particulière. Et puis l'art du pilote est le bien de ceux qu'il porte, comme l'art du médecin est le bien de ceux qu'il guérit. La sagesse est le bien et du sage et de ceux qui vivent avec lui : de façon qu'il se peut faire qu'un pilote soit incommodé de la tempête, parce qu'elle l'empêche de pouvoir rendre à ses passagers le service qu'il leur a promis ; mais ni la douleur, ni la pauvreté, ni toutes ces autres choses qui sont les tempêtes de la vie n'incommodent le sage, pource que toutes ses actions ne sont pas empêchées, mais seulement celles de qui les autres pourroient recevoir quelque fruit; car pour son regard, encore que toujours il soit eu besogne, toutefois il n'y est jamais tant que quand il a la fortune en tête, parce que c'est proprement alors qu'il travaille en choses de son métier. Davantage, il n'est jamais si nécessiteux qu'il n'ait toujours quelque moyen de profiter. Pour être pauvre, il n'est pas moins capable de

montrer comme les affaires d'un Etat se doivent manier ; et s'il ne nous donne autre instruction, pour le moins il enseigne comme il faut supporter la pauvreté. La besogne lui dure autant que la vie. Il n'y a ni fortune ni matière quelconque qui ne lui puisse passer par les mains. Quand il n'a point d'autre sujet, ce qui les lui ôte, lui en sert. 11 s'accommode à tous ses succès : il conduit les bons et surmonte les mauvais. Ses prospérités donnent de l'exercice à sa vertu, comme ses adversités. Il ne tourne les yeux que sur elle. Pour sa matière elle lui est indifférente. De là vient qu'il n'est empêché ni de pauvreté, ni de douleur, ni de pas une de toutes ces choses qui mènent ordinairement les ignorants en des précipices, et les font égarer du droit chemin. Pensez-vous que les maux l'incommodent? Il les met en besogne*. Phidias ne savoit pas moins faire des images de bronze que d'ivoire ; et si vous lui eussiez baillé du marbre, ou quelque autre chose de moindre prix, il vous en eût fait une telle que pour la matière il n'eût pas été possible de faire mieux. Le sage tout de même, soit riche ou pauvre, dans son pays ou banni, capitaine ou soldat, sain ou malade, fera toujours paroître sa vertu; en quelque fortune qu'il s'occupe", il en fera quelque chose de signalé. Il est de certains hommes si adroits à dompter les bêtes que vous ne leur en sauriez donner de si farouches, ni de si effroyables, qu'ils ne s'en rendent maîtres, et que non-seulement ils ne les tirent de leur fierté naturelle, mais qu'ils ne les amènent jusqu'à la familiarité. Vous voyez des lions recevoir la main de leurs gouverneurs jusqu'au fond de la gorge, et des tigres se laisser baiser à ceux qui les gardent. Il n'y a bateleur more pour qui un éléphant ne se

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