‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 313 sur 332 · En latin : nïsï et lavantur simiil et colorantiir · texte numérisé non relu

En latin : nïsï et lavantur simiil et colorantiir

non pour la volupté ? L'eau n'y éloit pas versée comme elle est, et n'y sourdoit pas chaude, comme elle fait. 11 leur senibloit que puisque c'étoit pour recevoir les ordures, c'éloit tout un qu'elle fût claire ou épaisse. Mais à votre avis, combien avoit-on de plaisir d'entrer en ces étuves , toutes obscures et plâtrées comme elles étoient, quand on pensoit que Caton, Fabius Maximus, ou quelqu'un des Cornéliens avoit pris la peine de les faire accommoder, et quelquefois même d'v mettre la main ! car alors les édiles, de quelque bonne maison qu ils fussent, ne dédaignoient point d'entrer en ces lieux, destinés à la commodité du peuple, pour faire qu'on y fût nettement servi , et qu'il n'y eût de la chaleur que bien à propos ; non comme aujourd'hui, qu'on les chauffe d'une façon qu'un esclave qui auroit fait quelque insigne méchanceté sembleroit assez puni d'y être jeté tout vif. Pour moi, je dirois qu'on les veut plutôt brûler que chaufiPer. Je m'assure que la plupart de ceux d'aujourd'hui tiennent que Scipion n'étoit qu'un lourdaud , de n'avoir pas fait de belles grandes vitres à ses étuves , afin de voir clair à se rôtir, et n'en partir point jusqu'à la fin de sa digestion. Oh le pauvre homme ! il ne savoit pas que c'est de vivre. 11 ne prenoit pas seulement garde que F eau où il se lavoit fût reposée ; il s'y mettoit bien souvent qu'elle étoit toute trouble, de manière que s'il pleuvoit im peu fort, il y avoit plus de bourbe que d'eau. Mais aussi n'avoit-il que faire d'être si curieux, puisqu'il ne se lavoit que pour se décrasser, et non comme on fait à cette heure pour se déparfumer. Combien pensez-vous qu'il y a aujourd'hui de mignons, qui vous diront qu'ils ne portent point d'envie à Scipion , et que vraiment il se pouvoit dire banni , puisqu'il étoit réduit à se laver si chétivement? Encore, afin que vous le sachiez, il ne se lavoit pas tous les jours; car, comme disent ceux qui en ont écrit, la coutume du

vieil temps étoit de se laver tous les jours les bras et les jambes, pour la poudre que d'une heure à l'autre on pouvoit amasser en travaillant; mais pour le reste, ils se conlentoient de le laver une fois la semaine. Quelqu'un dira qu'ils éloient donc bien sales. Que pensez-vous qu'ils sentoient? Les armes, la sueur, l'homme. Les hommes ne furent jamais si ords que depuis que les étuves ont été si nettes. Quand Horace veut décrire un homme infâme, et signalé par la superfluité de ses délices, que dit-il ?

Rufille sent le musc'.

Si le Rufillus de son temps vivoit du nôtre et qu'il ne fût point mieux parfumé qu'il étoit, on lui diroit ce que dit le même Horace de ce Gorgonius qu'il lui oppose , qu'il sentiroit le bouc. Ce n'est rien aujourd'hui de prendre du parfum, qui ne le renouvelle deux ou trois fois le jour, de peur que l'air ne le fasse évanouir. Mais que direzvous qu'ils s'en glorifient, comme s'ils sentoient ainsi naturellement? Si vous trouvez que ces discours soient trop mélancoliques, pensez que c'est la maison où je suis qui les produit. iEgialus à qui elle est aujourd'hui, et qui est un grand homme en matière de ménage , m'a appris qu'il n'y a si vieil arbre qui ne se puisse transplanter. C'est une chose nécessaire à savoir pour nous autres vieillards, qui plantons ordinairement des oliviers à qui nous ne verrons jamais porter de fruits. Pour moi, je vous puis dire, sans mentir, que j'ai vu transplanter tout un jardin de trois ou quatre ans , parce que les fruits ne se trouvoient pas d'un goût bien agréable. Vous trouverez encore à vous couvrir sous un arbre

Qui réserve tardif son ombrage aux neveux-,

comme dit Virgile, qui ne prend quelquefois pas tant

I. Satires, liv. I, sat. n, v. ->.j. — •;!. Cèor^'u/tifs, liv. II, v. 58.

garde à la vérité qu'à la bienséance, et semble qu'il veuille qu'on le lise plutôt pour plaisir que pour apprendre à labourer. J'en laisserai assez d'autres exemples, pour vous en dire un qu'aujourd'hui j'ai été forcé de condamner :

Quand la tiède saison met les plantes en sève. On sème le sainfoin, et le mil, et la fève'.

\oulez-vous voir si ce qu'il dit est véritable, et si tout cela se doit semer en même saison ? Nous sommes à la fin du mois de juin -, et cependant aujourd'hui j'ai vu cueillir des fèves et semer du mil.

III. Je reviens aux oliviers, de quoi j'ai vu faire en deux façons. Quand ils veulent transplanter ces arbres déjà grands, après qu'ils les ont ébrancliés à un pied près du tronc, ils les déplacent et leur ébarbent les racines, en sorte qu'il n'y demeure guère que la principale souche, laquelle ils enduisent de fumier, et la mettent dans sa fosse. Cela fait, ils jettent de la terre dessus, et marchent partout à l'entour, pour garder, à ce qu'ils disent, que le vent ni le froid ne leur fasse mal. Et de fait il y a bien de l'apparence que l'arbre ne s'en ébranle pas sitôt, et que par ce moyen les racines , qui sont encore tendres et qui ne tiennent que par emprunt , ont loisir de reprendre et de se loger à leur gré. Mais avant que de couvrir la souche, ils en raclent quelque peu, parce qu'ils tiennent que les racines nouvelles sortent mieux de ces endroits qui ont été découverts. Au reste il ne faut pas que le tronc sorte plus de trois ou quatre pieds de terre \ car de cette façon ils jetteront incontinent dès le pied, et ne seront ni flétris, ni hâlés, comme ils sont ordinairement devant que d'être renouvelés. Ils en plantent aussi d'une autre sorte. Ils prennent des scions d'olivier, des plus forts et des plus

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