‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 314 sur 332 · I. Gèorg'iques, liv. I, v. ^. i5, ai(i · texte numérisé non relu

I. Gèorg'iques, liv. I, v. ^. i5, ai(i

ÉPiTRE LXXXVI. (i:''>

longs, mais qui ont Técorce encore tendre, comme est celle des jeunes arbres, et en font comme nous avons dit des autres. Ceux-ci ne viennent pas sitôt; mais quand ils sont repris une fois , ils jettent du plus beau bout qu'il est possible. Je leur ai vu aussi transplanter une vigne vieille. Quand on la déplante, il faut, s'il est possible, cueillir aussi tout ce qu'elle a de cheveux en sa racine ; puis la coucher tout bellement, et bien de son long, afin que le corps même jette des racines. J'en ai vu de plantées de cette façon , non-seulement en février, mais devant la fin de mars, qui commencent déjà de se lier. Or ^Egialus me dit que tous ces arbres de qui la racine est grande se %eulent arroser d'eau de citerne. Si cela est, nous sommes bien ; car nous avons les pluies à commandement. Je ne vous en veux pas apprendre davantage, de peur que je ne fusse aussi empêché de répondre à vos tlemandes, comme est jEgialus aux miennes.

EPITRE LXXXVll.

Argument. — I. Nous nous passons sans incommodité des choses superflues. — II. Les biens de la fortune ne nous enrichissent point. — UI. Contre les excessives dépenses. — IV. La vertu seule nous rend heureux. — V. Une mauvaise chose o'en produit jamais une bonne. — VI. Si les richesses se peuvent appeler biens.

J'ai fait naufrage devant que d'être embarqué. Je vous dirai comment, afin que vous ne mettiez pas cela au nombre des paradoxes des Stoïques : encore que, veuillezvous ou non, j'espère quelque jour vous faire voir qu'en ce qu'ils disent il n'y a rien de faux, ni même de si Malhehke. II 43

67/1 LES EPiTRES DE SEKEQUE.

étrange comme il semble à ceux qui ne les considèrent que par-dessus.

I. Cependant je vous dirai que ce voyage m'a fait connoître combien nous avons de choses qui ne nous servent de rien, et de combien de superfluités nous pouvons nous passer par jugement, puisque nous ne nous en trouvons point incommodés quand il nous en faut passer par nécessité. Il y a deux jours que Maximus et moi sommes ici, sans autres serviteurs que ce que nous en avons pour faire monter avec nous dans le coche, et sans autre équipage que les habits que nous avons sur le dos. Nous ne laissons pas pour cela de recevoir tout le contentement que nous saurions désirer. Le matelas est contre terre, et moi sur le matelas. De deux mantes j'en fais servir une dessous, et l'autre dessus. Quant à notre repas, il n'est pas possible d'v rien retrancher : il ne faut point beaucoup (le temps pour l'apprêter. Mais quoi qu il y ait, je ne mange jamais que je n'aie des figues sèches, et des tablettes. Si j'ai du pain, les figues me servent de viande; si je n'en ai point, j'en fais comme de pain. Elles me font tous les jours recommencer l'année , laquelle je tâche de me rendre heureuse par méditations vertueuses et par une âme qui dédaigne tout ce qui n'est point sien. Je me procure la paix par ne rien craindre , et les richesses par ne rien désirer. Le coche où je suis venu est assez grossier, et sent plutôt le village qu'autrement. Les mules qui le traînent font assez juger qu'elles mangent en marchant. Le muletier est nu-pieds, et si' ce n'est point qu'il ait trop de chaud. A grand'peine me puis-je résoudre d'avouer que ce coche soit à moi. La vertu me fait encore honte. Autant de fois que j'en rencontre quelques-uns bien équipés, il n'est pas possible que je me garde de rougir : c'est un

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