‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 51 sur 332 · LIVRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIEME

1. En toutes les questions que jusques ici nous avons traitées, nous n'en avons point touché de si nécessaire, ni qu'il faille disputer avec plus de soin, que celle qui va être mise sur le bureau, si faire plaisir et le rendre sont choses qui de soi-même doivent être désirées. Il est des hommes qui n'aiment l'honneur que pour le profit, qui ne considèrent pas que la vertu n'a rien de magnifique quand elle a quelque chose de vénal, et ne veulent ouïr parler de chose qui soit louable, si par même moyen elle ne leur apporte quelque fruit. Or y a-t-il rien de si vilain, que si je marchande combien on me donnera pour être homme de bien? Le gain n'est point un ressort qui fasse mouvoir la vertu, comme aussi le dommage ne la divertit point de ses résolutions. Et tant s'en faut que par espérances et par promesses elle débauche les personnes pour les attirer à soi, qu'au contraire elle veut que tout soit remis sur elle, et le plus souvent est du nombre des choses qui sont bannies* au rabais. Quand elle nous appelle, il faut passer pardessus toute utilité pour l'aller trouver. Quand elle nous envoie en quelque part, il y faut marcher, et sans considération ni du bien ni de la vie, nous résoudre à l'obéissance générale de tout ce qu'il lui plaît nous commander. Que me servira, direz-vous, d'avoir fait un acte magnanime? Que me servira d'avoir montré ma courtoisie? Il

I. Bannir est pris au seus qu'il avait dans quelques Coutumes, de publier, faire une adjudication.

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