‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 70 sur 332 · LIVRE IV. CHAPITRE XXXI. i2:i · texte numérisé non relu

LIVRE IV. CHAPITRE XXXI. i2:i

citer en beaucoup de compagnies, et louer en sa présence une rencontre qu'il fit contre soi-même. Voyant un jour Asinius Pollio couché de son long, il lui dit avec une parole déshonnète qu'il lui leroit une chose qu'il prenoit plus de plaisir qu'on lui fît. Et comme il reconnut que Pollio s'en piquoit, il le paya de cette réponse : « Tout le mal que j'ai dit soit sur moi et sur ma tête. » 11 en a fait lui-même le conte beaucoup de fois. Et toutefois un homme de qui tout le monde savoit l'ordure et la vilenie, et qui lui-même la publioit, n'a point laissé d'être honoré du consulat. Il a vu porter les verges devant lui, et a été assis au tribunal. La raison est qu'il est impossible de se ramentevoir ce vieil Scaurus, prince du sénat, et laisser en la poussière ceux qui sont sortis de lui.

XXXIl. Et comme il y en a que les Dieux traitent favorablement en considération de leurs pères, ou de quelques prédécesseurs plus éloignés, aussi en est-il à qui ils font des grâces particulières pour le mérite qui doit être longtemps après eux en quelques-uns de leur postérité ; car lis savent toute la suite de leur besogne, du commencement jusques à la fin , et rien ne doit advenir qui ne leur soit présent. De nous, ce qui nous en paroît nous semble sortir de dessous terre, et sommes surpris comme d'un accident inopiné quand il arrive des choses qu'il y a longtemps qu'ils acheminent, et qu'ils tiennent entre leurs mains. Ils font ceux-ci rois, pource que leurs prédécesseurs ne l'ont pas été, puurce qu'ils ont estimé que le commandement sur leurs passions leur fut un empire souverain, pource que la justice et la tempérance ont été leurs sceptres et leurs couronnes, et qu'au lieu de vouloir être servis par la République, ils n'ont point imaginé de plus glorieuse domination que de se dédier à la servir. Ils les font rois , parce qu'en leur race il y a eu quelque homme de bien, qui a eu l'âme au-dessus de la fortune.

qui en une dispute civile s'est laissé vaincre, afin que l'utilité publique vainquît. Pour Tamour de lui, que cettui-ci qui en est sorti commande ; non qu il le puisse ni qu'il le sache mieux faire, mais parce qu'un autre l'a mérité pour lui. 11 est si contrefait qu'il fera peur à voir, et tant plus il sera paré, tant plus il sera laid. Je sais bien qu'on dii'a que je suis un aveugle et un téméraire, qui ne sais pas le rang qu'il faut bailler aux gens de bien. Qu'on en croie ce qu'on voudra. Je sais que je fais une grâce à l'un, et que je paye à l'autre une chose que je lui dois il y a longtemps. D'où connoissent-ils cettui-ci, qui ne pense qu'à fuir la gloire qui le suit, qui porte aux dangers le visage que les autres en rapportent, et qui n'a jamais de considérations particulières qui le séparent du bien public ? Où est-il ? qui est-il ? Ce n'est point chez moi qu'on fait papier de mise* et de recette. Je sais à qui je dois. Aux uns je suis long à payer; aux autres je baille par avance, comme l'occasion se présente, ou que je vois qu'il est expédient pour le bien de mes affaires.

XXXIII. Je ferai donc quelquefois du bien à un ingrat, mais non pas pour l'ainour de lui. Mais quoi? si vous ne savez s'il est ingrat ou non , comme ferez-vous ? Attendrez-vous que vous le sachiez , ou si vous craindrez de laisser passer l'occasion qui s'offre de l'obliger? A attendre il y va du temps, car, comme dit Platon, la pensée de l'homme n'est pas chose bien pénétrable. A n'attendre point, il y a du hasard. Je réponds à cela, que nous ne recherchons jamais trop exactement une certitude; mais parce que c'est chose qui n'est pas bien aisée à trouver que la vérité, nous nous contentons de suivre ce qui nous en apparoît. Toutes les actions de la vie vont par ce chemin. C'est ainsi que nous semons , ainsi que

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