‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 89 sur 332 · I. Virgile, Enéide, \\\. IV, v · texte numérisé non relu

I. Virgile, Enéide, \\\. IV, v

i58 TRAITÉ DES BIENFAITS DE SÉNÈQUE.

nent, pource qu'à ce compte-là qui fait plaisir au fils fera plaisir au père, et qu'on pourroit encore demander si le faisant au père on obligeroit par même moyen le fi'ère, ronclc, le grand-père, la femme et le beau-père. De sorte que pour vider cette question, il seroit besoin d'y mettre quelques bornes , et prescrire jusques où Tenfilure de ce parentage doit aller. Si je laboure votre champ, je vous ferai plaisir; et si j'empêche votre maison d'être brûlée, ou si je la garde d'aller par terre, ne vous en ferai-je poiut? Si je tire votre serviteur de quelque peine, vous me remercierez ; et si je sauve la vie à votre fils , ne me penserez-vous point être obligé ?

XIX. Vous m'alléguez des exemples qui ne se ressemblent point. Mon champ n'a point d'obligation à celui qui l'a labouré, ni ma maison à celui qui l'a étançonnée, parce que l'un et l'autre sont insensibles. C'est à moi que le plaisir est fait*, j'en dois la revanche, parce que nul autre ne la doit. Aussi l'intention de celui qui laboure mon champ, n'a point été de lui faire plaisir, mais à moi. J'en dirai de même du serviteur, parce qu'étant à moi, ce qui est fait pour lui m'oblige, comme chose qui revient à mon profit. De mon fils, c'est une autie chose. Il est capable de recevoir un plaisir. Aussi le reçoit-il, et je ne fais que m'en réjouir. C'est un nœud qui me touche, mais qui ne m'étreint point. Mais vous qui dites que vous ne devez point ce qui est fait pour votre fils, répondez-moi. La santé du fils, sa bonne fortune et sa richesse, sontce choses où le père n'ait point d'intérêt? Ne sera-t-il pas plus heureux si son fils lui demeure, et plus malheureux s'il le perd? Et quoi donc? se peut-il faire que celui que j'ai fait heureux, et garanti d'être malheureux, ne m'ait point d'obligation ? 11 ne m'en a point, direz-vous. 11 est des choses faites pour les autres qui s'étendent jusques à nous; il faut que celui les rende qui les a reçues.

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