Var. (F, L, O) : Soupira du feu qu'il sentoit
Dix jours, ne pouvant se distraire
Du plaisir de la regarder ,
11 a par un effort contraire
Essayé de la retarder ;
Mais à la fin , soit que l'audace 6 5
Au meilleur avis ait fait place ,
Soit qu'un autre démon plus fort
Aux vents ait imposé silence ,
Elle est hors de sa violence.
Et la voici dans notre port. 70
La voici, peuples, qui nous moutre
Tout ce que la gloire a de prix ;
Les fleurs naissent à sa rencontre
Dans les cœurs, et dans les esprits;
Et la présence des merseilles 7 'i
Qu'en oyoient dire nos oreilles ,
Accuse la témérité
De ceux qui nous l'avoient décrite,
D'avoir figuré son mérite
Moindre que n'est la vérité. 80
O toute parfaite Princesse , L'étonnement de l'univers,
61. Une tempête força Marie de Médicis de relâcher à Portofiiio le 19 octobre et d'y séjourner jusqu'au 28. [Journal Je l'Estoi/e, année 1600.)
63, 64. Var. (édit. de 1601, E, F, L, O, S): Par une tempête contraire Il a pensé la retarder.
71. Cette strophe se trouve pour la première fois dans les Délices de la poésie fraiicoise, i6l5.
81. Var. (édit. de ifioi) : lô, belle et divine Princesse! (E, O) : O belle et divine Princesse ! (S) : O toute divine Princesse!
Astre par qui vont avoir cesse
Nos ténèbres et nos hivers ;
Exemple sans autres exemples, 8 5
Future image de nos temples,
Quoi que notre foible pouvoir
En votre accueil ose entreprendre ,
Peut-il espérer de vous rendre
Ce que nous vous allons devoir ? 9 »
Ce sera vous qui de nos villes
Ferez la beauté refleurir,
Vous qui de nos haines civiles
Ferez la racine mourir ;
Et par vous la paix assurée 9 a
N'aura pas la courte durée
Qu'espèrent infidèlement ,
Non lassés de notre souffrance,
Ces François qui n'ont de la France
Que la langue et l'habillement. roo
Par vous un Dauphin nous va naître, Que vous-même verrez un jour De la terre entière le maître , Ou par armes ou par amour ;
90. Les quatre derniers vers de cette strophe avaient été primitivement écrits par Malherbe des deux manières suivantes (édit. de 1(101, E,0,S):
Quel ingrat ne baisera pas,
S'il n'a la raison empêchée ,
La terre qui sera touchée
Des belles niarques de vos pas ?
Quel orgueil n'estimera pas Sa peine assez récompensée , S'il baise la terre pressée, etc. ?
98. Var. (E, F, O, etc.) : Vous, qui de nos guerres civiles. Mai.hf.riie. I i
5o POÉSIES, XII.
Et ne tarderont ses conquêtes, i o5
Dans les oracles déjà prêtes ,
Qu'autant que le premier coton ,
Qui de jeunesse est le message ,
Tardera d'être en son visage,
Et de faire ombre à son menton. 1 1 o
Oh ! combien lors aura de veuves
La gent qui porte le turban !
Que de sang rougira les fleuves
Qui lavent les pieds du Liban !
Que le Bosphore en ses deux rives i i 5
Aura de Sultanes captives !
Et que de mères à Memphis,
En pleurant diront la vaillance
De son courage et de sa lance ,
Aux funérailles de leurs fds ! 120
Cependant notre grand Alcide , Amolli parmi vos appas , Peidra la fureur qui sans bride
II'), II fi. Var. (éflit. de ifioi, E, F, O) :
O que Jaffe et Tyr en leurs rives Auront, etc.
La fin de cette strophe rappelle ces deux vers de Catulle [Epitha- Idiiiiiini Pelei et Tlietidos, 349) •
Illius egregias virtutes claraque facta
Sœpe fatebuntur gnatorum in funere matres.
ia3. Citons lui échantillon des critiques du dix-septième siècle. \ oici ce que dit, à propos de ces vers, Urbain Chevreau, qui a publié en 1660 des Remarques sur les a-iuTes poétiques de Monsieur de, Malherbe: ce Outre ^yC amolli ne me plaît pas, dit-il , cette bride est une vilaine chose pour un grand roi , et nous sommes trop respectueux et trop retenus eu France pour y donner une bride aux rois et aux princes. »
POESIES, Xll. 5i
L'emporte à chercher le trépas ;
Et cette valeur indomptée , 1 9. 5
De qui riionneur est TEurysthée,
Puisque rien n'a su l'obliger
A ne nous donner plus d'alarmes ,
Au moins pour épargner vos larmes ,
Aura peur de nous affliger. i lo
Si l'espoir qu'aux bouches des hommes
Nos beaux faits seront récités ,
Est l'aiguillon par qui nous sommes
Dans les hasards précipités ;
Lui, de qui la gloire semée i35
Par les voix de la renommée.
En tant de parts s'est fait ouïr ,
Que tout le siècle en est un livre ,
N'est-il pas indigne de vivre ,
S'il ne vit pour se réjouir ? 1 4 •>
Qu'il lui suffise que l'Espagne,
Réduite par tant de combats
A ne l'oser voir en campagne ,
A mis l'ire et les armes bas ;
Qu'il ne provoque point l'envie r45
Du mauvais sort contre sa vie;
123, ia/|. Vak. (édit. de i(îoi, E, F, S, etc.) :
— La fureur qui le guide
A la recherche du trépas, lafi. L'Eurysthée, c'est-à-dire le niohile. On sait qu'Eurvsthée imposa à Hercule des épreuves dont le héros sortit victorieux. iSa. Vah. (édit. de ifioi) : Voleront nos faits récités. 139, 140. Var. (édit. de ifioi, E, F)
A quoi doit-il penser qu'à vivre,
\ ous jouir et se réjouir?
52 POÉSIES, XIT.
Et puisque , selon son dessein ,
Il a rendu nos troubles calmes ,
S'il veut davantage de palmes,
Qu'il les acquière en votre sein. i 5o
C'est là qu'il faut qu'à son génie ,
Seul arbitre de ses plaisirs ,
Quoi qu'il demande, il ne dénie
Rien qu'imaginent ses désirs;
C'est là qu'il faut que les années i 5 5
Lui coulent comme des journées,
Et qu'il ait de quoi se vanter
Que la douceur qui tout excède ,
IN 'est point ce que sert Ganimède
A la table de Jupiter, i fio
Mais d'aller plus à ces batailles.
Où tonnent les foudres d'enfer.
Et lutter contre des murailles ,
D'où pleuvent la flamme et le fer.
Puisqu'il sait qu'en ses destinées i 6 5
Les nôtres seront terminées ,
i5i-i54. Var. (E, O) :
C'est là qu'il faut qu'à son génie,
Faisant inventer des plaisirs,
II s'entretienne et ne se nie
Rien qu'imaginent ses désirs. ifii-i64- Var. (édit. de ifioi, E, F, O, etc.) :
Mais d'aller plus à ces batailles
Où tonne l'horreur des enfers,
Et lutter contre des murailles
D'où pleuvent les feux et les fers.
16J-170. Vah. (E, O, Fj :
Puisqu'il sait qu'en ses destinées
Les nôtres seront terminées,
Et qu'après lui notre discord
N'aura plus qui dompte sa rage ,
N'est-ce pas nous rendre au naufrage
Après nous avoir mis à bord ? [70
Cet Achille, de qui la pique
Faisoit aux braves d'Ilion
La terreur que fait en Afrique
Aux troupeaux l'assaut d'un lion ,
Bien que sa mère eut à ses armes 1 7 s,
Ajouté la force des charmes ,
Quand les Destins l'eurent permis ,
N'eut-il pas sa trame coupée
De la moins redoutable épée
Qui fût parmi ses ennemis ? 180
Les Parques d'une même soie Ne dévident pas tous nos jours ;
Et qu'en lui seul est réservé
Notre bien et notre dommage,
N'est-ce pas chercher le naufrage
D'un vaisseau qu'il en a sauvé?
Dans les Muses ralliées, on lit à l'avant-dernier vers la forme provinciale cercher au lieu de cltercher.
175-180. Dans les éditions de i()OT et de i6o3, on trouve cette variante :
Bien que sa peau fût estimée
Dans un fleuve si bien charmée,
Que nulle sorte de péril
Ne lui pût oncques faire brèche.
Ne chut-il pas d'un coup de flèche
Dans les embûches de Paris?
El dans celle de ifiiS :
Bien que par les charmes d'un fleuve,
On le crût si bien à l'épreuve.
Que nulle sorte de périls
A sa peau ne pût faire brèche, etc.
Ni toujours par semblable voie
Ne font les planètes leur cours ;
Quoi que promette la fortune , i 8 5
A la fin quand on Timportune ,
Ce qu'elle avoit fait prospérer
Tombe du faîte au précipice ;
Et pour l'avoir toujours propice
Il la faut toujours révérer. 190
Je sais bien que sa Carmagnole
Devant lui se représentant
Telle qu'une plaintive idole,
Va son courroux sollicitant,
Et linvite à prendre pour elle 1 9.1
Une légitime querelle ;
Mais doit-il vouloir que pour lui
Nous ayons toujours le temt blême,
Cependant qu'il tente lui-même
Ce qu il peut faire par autrui? 2 no
Si vos veux sont toute sa braise ,
Et vous la fin de tous ses vœux ,
Peut-il pas languir à son aise
En la prison de vos cheveux ?
Et commettre aux dures corvées 2 » h
Toutes ces âmes relevées.
Que d'un conseil ambitieux
191. Le Roi était en ce moment en guerre avec le duc de Savoie, au sujet du marquisat de Saluées , dont Carmagnole est la capitale. 193-199. Vak. (édlt. de 1601, E, F, etc.) :
Et l'appelle à venger l'injure
Que lui fait un voisin parjure;
.Mais doit-il vouloir que pour lui
Ceux qui l'aiment soient toujours blêmes,
C^ependant qu'il tente lui-mêmes
La taiai de gloire persuade
D'aller sur les pas d'Encelade
Porter des échelles aux cieux ? 210
Apollon n'a point de mystère,
Et sont profanes ses chansons ,
Ou, devant que le Sagittaire
Deux fois ramène les glaçons ,
Le succès de leurs entreprises , 2 i 5
T)e qui deux provinces conquises
Ont déjà fait preuve à leur dan ,
Favorisé de la victoire ,
Changera la fable en histoire
De Phaéton en TEridan. 220
Nice payant avecque honte
Un siège autrefois repoussé ,
Cessera de nous mettre en compte
Barberousse qu'elle a chassé ;
Guise en ses nmrailles forcées 225
Remettra les bornes passées
Qu'avoit notre empire marin;
Et Soissons fatal aux superbes,
Fera chercher parmi les herbes
En quelle place fut Turin . 2 3 o
^!i(). [^a Bresse et la Savoie conquises en l'ioo, la première par Blron, la seconde par Lescliguières.
22I-324- En 1)43, du 10 août au 8 septembre, Nice fut inutilement assiégée par une armée française , que secondait une flotte turque. Celte ville avait fait jadis partie du comté de Provence.
225. Le duc de Guise dont il a été question plus haut, p. 23 et u4 •