‹ Œuvres complètes; (volume 3)Chapitre 114 sur 295 · Var. (F, L, O) : Soupira du feu qu'il sentoit · texte numérisé non relu

Var. (F, L, O) : Soupira du feu qu'il sentoit

Dix jours, ne pouvant se distraire

Du plaisir de la regarder ,

11 a par un effort contraire

Essayé de la retarder ;

Mais à la fin , soit que l'audace 6 5

Au meilleur avis ait fait place ,

Soit qu'un autre démon plus fort

Aux vents ait imposé silence ,

Elle est hors de sa violence.

Et la voici dans notre port. 70

La voici, peuples, qui nous moutre

Tout ce que la gloire a de prix ;

Les fleurs naissent à sa rencontre

Dans les cœurs, et dans les esprits;

Et la présence des merseilles 7 'i

Qu'en oyoient dire nos oreilles ,

Accuse la témérité

De ceux qui nous l'avoient décrite,

D'avoir figuré son mérite

Moindre que n'est la vérité. 80

O toute parfaite Princesse , L'étonnement de l'univers,

61. Une tempête força Marie de Médicis de relâcher à Portofiiio le 19 octobre et d'y séjourner jusqu'au 28. [Journal Je l'Estoi/e, année 1600.)

63, 64. Var. (édit. de 1601, E, F, L, O, S): Par une tempête contraire Il a pensé la retarder.

71. Cette strophe se trouve pour la première fois dans les Délices de la poésie fraiicoise, i6l5.

81. Var. (édit. de ifioi) : lô, belle et divine Princesse! (E, O) : O belle et divine Princesse ! (S) : O toute divine Princesse!

Astre par qui vont avoir cesse

Nos ténèbres et nos hivers ;

Exemple sans autres exemples, 8 5

Future image de nos temples,

Quoi que notre foible pouvoir

En votre accueil ose entreprendre ,

Peut-il espérer de vous rendre

Ce que nous vous allons devoir ? 9 »

Ce sera vous qui de nos villes

Ferez la beauté refleurir,

Vous qui de nos haines civiles

Ferez la racine mourir ;

Et par vous la paix assurée 9 a

N'aura pas la courte durée

Qu'espèrent infidèlement ,

Non lassés de notre souffrance,

Ces François qui n'ont de la France

Que la langue et l'habillement. roo

Par vous un Dauphin nous va naître, Que vous-même verrez un jour De la terre entière le maître , Ou par armes ou par amour ;

90. Les quatre derniers vers de cette strophe avaient été primitivement écrits par Malherbe des deux manières suivantes (édit. de 1(101, E,0,S):

Quel ingrat ne baisera pas,

S'il n'a la raison empêchée ,

La terre qui sera touchée

Des belles niarques de vos pas ?

Quel orgueil n'estimera pas Sa peine assez récompensée , S'il baise la terre pressée, etc. ?

98. Var. (E, F, O, etc.) : Vous, qui de nos guerres civiles. Mai.hf.riie. I i

5o POÉSIES, XII.

Et ne tarderont ses conquêtes, i o5

Dans les oracles déjà prêtes ,

Qu'autant que le premier coton ,

Qui de jeunesse est le message ,

Tardera d'être en son visage,

Et de faire ombre à son menton. 1 1 o

Oh ! combien lors aura de veuves

La gent qui porte le turban !

Que de sang rougira les fleuves

Qui lavent les pieds du Liban !

Que le Bosphore en ses deux rives i i 5

Aura de Sultanes captives !

Et que de mères à Memphis,

En pleurant diront la vaillance

De son courage et de sa lance ,

Aux funérailles de leurs fds ! 120

Cependant notre grand Alcide , Amolli parmi vos appas , Peidra la fureur qui sans bride

II'), II fi. Var. (éflit. de ifioi, E, F, O) :

O que Jaffe et Tyr en leurs rives Auront, etc.

La fin de cette strophe rappelle ces deux vers de Catulle [Epitha- Idiiiiiini Pelei et Tlietidos, 349) •

Illius egregias virtutes claraque facta

Sœpe fatebuntur gnatorum in funere matres.

ia3. Citons lui échantillon des critiques du dix-septième siècle. \ oici ce que dit, à propos de ces vers, Urbain Chevreau, qui a publié en 1660 des Remarques sur les a-iuTes poétiques de Monsieur de, Malherbe: ce Outre ^yC amolli ne me plaît pas, dit-il , cette bride est une vilaine chose pour un grand roi , et nous sommes trop respectueux et trop retenus eu France pour y donner une bride aux rois et aux princes. »

POESIES, Xll. 5i

L'emporte à chercher le trépas ;

Et cette valeur indomptée , 1 9. 5

De qui riionneur est TEurysthée,

Puisque rien n'a su l'obliger

A ne nous donner plus d'alarmes ,

Au moins pour épargner vos larmes ,

Aura peur de nous affliger. i lo

Si l'espoir qu'aux bouches des hommes

Nos beaux faits seront récités ,

Est l'aiguillon par qui nous sommes

Dans les hasards précipités ;

Lui, de qui la gloire semée i35

Par les voix de la renommée.

En tant de parts s'est fait ouïr ,

Que tout le siècle en est un livre ,

N'est-il pas indigne de vivre ,

S'il ne vit pour se réjouir ? 1 4 •>

Qu'il lui suffise que l'Espagne,

Réduite par tant de combats

A ne l'oser voir en campagne ,

A mis l'ire et les armes bas ;

Qu'il ne provoque point l'envie r45

Du mauvais sort contre sa vie;

123, ia/|. Vak. (édit. de i(îoi, E, F, S, etc.) :

— La fureur qui le guide

A la recherche du trépas, lafi. L'Eurysthée, c'est-à-dire le niohile. On sait qu'Eurvsthée imposa à Hercule des épreuves dont le héros sortit victorieux. iSa. Vah. (édit. de ifioi) : Voleront nos faits récités. 139, 140. Var. (édit. de ifioi, E, F)

A quoi doit-il penser qu'à vivre,

\ ous jouir et se réjouir?

52 POÉSIES, XIT.

Et puisque , selon son dessein ,

Il a rendu nos troubles calmes ,

S'il veut davantage de palmes,

Qu'il les acquière en votre sein. i 5o

C'est là qu'il faut qu'à son génie ,

Seul arbitre de ses plaisirs ,

Quoi qu'il demande, il ne dénie

Rien qu'imaginent ses désirs;

C'est là qu'il faut que les années i 5 5

Lui coulent comme des journées,

Et qu'il ait de quoi se vanter

Que la douceur qui tout excède ,

IN 'est point ce que sert Ganimède

A la table de Jupiter, i fio

Mais d'aller plus à ces batailles.

Où tonnent les foudres d'enfer.

Et lutter contre des murailles ,

D'où pleuvent la flamme et le fer.

Puisqu'il sait qu'en ses destinées i 6 5

Les nôtres seront terminées ,

i5i-i54. Var. (E, O) :

C'est là qu'il faut qu'à son génie,

Faisant inventer des plaisirs,

II s'entretienne et ne se nie

Rien qu'imaginent ses désirs. ifii-i64- Var. (édit. de ifioi, E, F, O, etc.) :

Mais d'aller plus à ces batailles

Où tonne l'horreur des enfers,

Et lutter contre des murailles

D'où pleuvent les feux et les fers.

16J-170. Vah. (E, O, Fj :

Puisqu'il sait qu'en ses destinées

Les nôtres seront terminées,

Et qu'après lui notre discord

N'aura plus qui dompte sa rage ,

N'est-ce pas nous rendre au naufrage

Après nous avoir mis à bord ? [70

Cet Achille, de qui la pique

Faisoit aux braves d'Ilion

La terreur que fait en Afrique

Aux troupeaux l'assaut d'un lion ,

Bien que sa mère eut à ses armes 1 7 s,

Ajouté la force des charmes ,

Quand les Destins l'eurent permis ,

N'eut-il pas sa trame coupée

De la moins redoutable épée

Qui fût parmi ses ennemis ? 180

Les Parques d'une même soie Ne dévident pas tous nos jours ;

Et qu'en lui seul est réservé

Notre bien et notre dommage,

N'est-ce pas chercher le naufrage

D'un vaisseau qu'il en a sauvé?

Dans les Muses ralliées, on lit à l'avant-dernier vers la forme provinciale cercher au lieu de cltercher.

175-180. Dans les éditions de i()OT et de i6o3, on trouve cette variante :

Bien que sa peau fût estimée

Dans un fleuve si bien charmée,

Que nulle sorte de péril

Ne lui pût oncques faire brèche.

Ne chut-il pas d'un coup de flèche

Dans les embûches de Paris?

El dans celle de ifiiS :

Bien que par les charmes d'un fleuve,

On le crût si bien à l'épreuve.

Que nulle sorte de périls

A sa peau ne pût faire brèche, etc.

Ni toujours par semblable voie

Ne font les planètes leur cours ;

Quoi que promette la fortune , i 8 5

A la fin quand on Timportune ,

Ce qu'elle avoit fait prospérer

Tombe du faîte au précipice ;

Et pour l'avoir toujours propice

Il la faut toujours révérer. 190

Je sais bien que sa Carmagnole

Devant lui se représentant

Telle qu'une plaintive idole,

Va son courroux sollicitant,

Et linvite à prendre pour elle 1 9.1

Une légitime querelle ;

Mais doit-il vouloir que pour lui

Nous ayons toujours le temt blême,

Cependant qu'il tente lui-même

Ce qu il peut faire par autrui? 2 no

Si vos veux sont toute sa braise ,

Et vous la fin de tous ses vœux ,

Peut-il pas languir à son aise

En la prison de vos cheveux ?

Et commettre aux dures corvées 2 » h

Toutes ces âmes relevées.

Que d'un conseil ambitieux

191. Le Roi était en ce moment en guerre avec le duc de Savoie, au sujet du marquisat de Saluées , dont Carmagnole est la capitale. 193-199. Vak. (édlt. de 1601, E, F, etc.) :

Et l'appelle à venger l'injure

Que lui fait un voisin parjure;

.Mais doit-il vouloir que pour lui

Ceux qui l'aiment soient toujours blêmes,

C^ependant qu'il tente lui-mêmes

La taiai de gloire persuade

D'aller sur les pas d'Encelade

Porter des échelles aux cieux ? 210

Apollon n'a point de mystère,

Et sont profanes ses chansons ,

Ou, devant que le Sagittaire

Deux fois ramène les glaçons ,

Le succès de leurs entreprises , 2 i 5

T)e qui deux provinces conquises

Ont déjà fait preuve à leur dan ,

Favorisé de la victoire ,

Changera la fable en histoire

De Phaéton en TEridan. 220

Nice payant avecque honte

Un siège autrefois repoussé ,

Cessera de nous mettre en compte

Barberousse qu'elle a chassé ;

Guise en ses nmrailles forcées 225

Remettra les bornes passées

Qu'avoit notre empire marin;

Et Soissons fatal aux superbes,

Fera chercher parmi les herbes

En quelle place fut Turin . 2 3 o

^!i(). [^a Bresse et la Savoie conquises en l'ioo, la première par Blron, la seconde par Lescliguières.

22I-324- En 1)43, du 10 août au 8 septembre, Nice fut inutilement assiégée par une armée française , que secondait une flotte turque. Celte ville avait fait jadis partie du comté de Provence.

225. Le duc de Guise dont il a été question plus haut, p. 23 et u4 •

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