POUR LES PAIRS DE FRANCE, ASSAILLANTS AU COMBAT DE BARRIÈRE
« Le dimanche aS février i6o5, dit Bassompierre , se fit (à Paris) le combat à la barrière, le seul qui s'est fait du règne du feu Roi (Henri IV), ni de celui de son fils présent régnant. Notre partie étoit les chevaliers de l'Aigle , et étions le comte de Sault, Saint-Luc et moi, qui entrions ensemble. » Les stances de Malherbe furent imprimées en ifio5, dans le Recueil des cartels et défis.... pour le combat de la barrière, Paris, in- 12. Dans ce volume que je n'ai pu me procurer, elles sont , suivant Saint-Marc , intitulées : Pour les paladins de France. Je ne crois pas qu'elles aient été réimprimées avant l'édition de ifi3o.
Et quoi donc ? la France féconde
En incomparables guerriers ,
Aura jusqu'aux deux bonis du monde
Planté des forêts de lauriers ,
Et fait gagner à ses armées 5
Des batailles si renommées ,
Afin d'avoir cette douleur
D'ouïr démentir ses victoires ,
Et nier ce que les liistoires
Ont publié de sa valeur ? t o
Tant de fois le Rhin et la Meuse Par nos redoutables elForts Auront vu leur onde écumeuse Regorger de sang et de morts;
MAI.HKIUtE. I J
Et tant de fois nos destinées i s
Des Alpes et des Pyrénées
Les sommets auront fait branler,
Afin que je ne sais quels Scythes ,
Bas (le fortune et de mérites ,
Présument de nous égaler. 2 o
Non , non , s'il est vrai que nous sommes
Issus de ces nobles aïeux
Que la voix commune des hommes
A fait asseoir entre les dieux ,
Ces arrogants , à leur dommage , 2 5
Apprendront un autre langage ,
Et dans leur honte ensevelis ,
Feront voir à toute la terre ,
Qu'on est brisé comme du verre
Quand on choque les fleurs de lis. 3o
Henri, l'exemple des monarques
Les plus vaillants et les meilleurs ,
Plein de mérites et de marques
Qui jamais ne furent ailleurs ;
Bel astre vraiment adorable , 3 5
De qui l'ascendant favorable
En tous lieux nous sert de rempart ,
Si vous aimez votre louange ,
Desirez-vous pas qu'on la venge
D'ime injure où votis avez part? 4<>
18. Les adversaires des Pairs de France représentaient des Scythes. — Plus loin (vers 4^i) le poëte fait allusion à la tradition qui donnait pour premier roi aux Scythes, Scythes, fds d'Hercule et d'Echidna .
21-24. On sait qu'une légende acceptée jusqu'au seizième siècle faisait descendre les Francs de Fraiicus, fils d'Hector.
Ces aiTogaiils, qui se défient
De n'avoir pas tle lustre assez,
Impatiemment se glorifient
Aux fables des siècles passés ;
Et d'une audace ridicule, 4 ■';
Nous content qu'ils sont fils d'Hercule,
Sans toutefois en faire foi ;
Mais qu'importe-t-il qui puisse être
Ni leur père ni leur ancêtre ,
Puisque vous êtes notre roi ? 5o
Contre l'aventure funeste
Que leur garde notre courroux ,
Si quelque espérance leur reste ,
C'est d'obtenir grâce de vous ;
Et confesser que nos épées , 5 r,
Si fortes et si bien trempées
Qu'il faut leur céder, ou mourir ,
Donneront à votre couronne
Tout ce que le ciel environne ,
Quand vous le voudrez acquérir. <>"