‹ Œuvres complètes; (volume 3)Chapitre 152 sur 295 · ÉPITAPHE DE LA MEME · texte numérisé non relu

ÉPITAPHE DE LA MEME

Tu vois, passant, la sépulture D'un chef-d'œuvre si précieux, Qu'avoir mille rois pour aïeux Fut le moins de son aventure.

O quel affront à la nature , 5

Et quelle injustice des cieux Qu'un moment ait fermé les yeux D'une si belle créature 1

On doute pour quelle raison

Les Destins si hors de saison i o

De ce monde l'ont appelée.

Mais leur prétexte le plus beau , C'est que la terre étoit brûlée S'ils n'eussent tué ce flambeau.

1 1 . Voici comment cette strophe et la précédente sont imprimées cliins les différentes éditions du Recueil de 1627 ; L'experte main de la Nature Et le soin propice des cieux Jamais ne s'accordèrent mieux A former une créature.

On doute pounjuoi les Destins Au bout de quatorze matins De ce monde l'ont appelée.

A MOJySEIGWEDR LE DAUPHIN.

La date de ce sonnet (imprimé pour la première fois en ifii5, dans les Délices de la poésie francoise) ne peut être fixée que d'une manière approximative. — Henri IV eut trois filles : Elisabeth, Chrestienne (ou Christine) et Henriette. Puisque Malherbe parle dans ses vers des sœurs du Dauphin, il est évident qu'ils ne peuvent avoir été écrits avant le lo février ifiofi, date de la naissance de la seconde. En outre, il y fait mention de propositions de mariage, et, dans une lettre écrite à Peiresc le 21 septembre i^iog, il raconte que le président Richardot, ambassadeur de Philippe HI, a étoit venu parler de quelque mariage des enfants de France et d'Espagne. » Il serait donc fort possible que le sonnet fût de la fin de 1609 ou du commencement de 16 10.

Que riionneur de mon prince est cher aux destinées ! Que le Démon est grand qui lui sert de support ! Et que visiblement un favorable sort Tient ses prospérités l'une à l'autre enchaînées!

Ses filles sont encore en leurs tendres années, Et déjà leurs appas ont un charme si fort, Que ies rois les plus grands du Ponant et du Nord , Brûlent d'impatience après leurs hyménées.

Pensez à vous, Dauphin, j'ai prédit en mes vers

9. Voyez les deux Sonnets au Roi de l'année 1607 et l'Ode sur l.i prise de Sedan (Pièces xxi, xxiv et xxv).

Que le plus grand orgueil de tout cet univers, i o

Quelque jour à vos pieds doit abaisser la tête;

Mais ne vous flattez point de ces vaines douceurs , Si vous ne vous hâtez d'en faire la conquête, Vous en serez frustré par les yeux de vos sœurs.

PLAINTE SriR UNE ABSENCE.

Suivant Ménage, Malherbe fît cette pièce en Bourgogne et pour lui-même. Elle fut imprimée, en ifii5, dans les Délices de la poésie française; mais, comme on le voit d'après la huitième stance, elle avait été composée avant la mort de Henri IV.

Complices de ma sen itu Je ,

Pensers où mon inquiétude

Trouve son repos désiré , Mes fidèles amis, et mes vrais secrétaires , Ne m'abandonnez point en ces lieux solitaires; 5

C'est pour l'amour de vous que j'v suis retiré.

Partout ailleurs je suis en crainte;

Ma langue demeure contrainte;

Si je parle c'est à regret; Je pèse mes discours , je me trouble et m'étonne: i o

Tant j'ai peu d'assurance en la foi de personne; Mais à vous je suis !il)rc, et n'ai rien de secret.

\ ous lisez bien en mon visage Ce que je souffre en ce vovage, Dont le ciel m'a voulu punir; i5

Et savez bien aussi que je ne vous demande,

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