‹ Œuvres complètes; (volume 3)Chapitre 208 sur 295 · Les Anglais · texte numérisé non relu

Les Anglais

28a POÉSIES, cm.

Que le sang étranger fera monter nos fleuves Au-dessus de leurs bords.

Par cet exploit fatal en tous lieux va renaître La bonne opinion des courages françois ; Et le monde crou'a, s'il doit avoir un maître, i i 5

Qu'il faut que tu le sois.

O que pour avoir part en si belle aventure

Je me souhaiterois la fortune d Eson,

Qui, vieil comme je suis, revint contre nature

En sa jeune saison ! - m,

De quel péril extrême est la guerre suivie , Où je ne fisse voir que tout For du Levant N'a rien que je compare aux honneurs d'une vie Perdue en te servant?

Toutes les autres morts n'ont mérite ni marque; i 2 6

Celle-ci porte seule un éclat radieux , Qui fait revivre l'homme, et le met de la barque A la table des Dieux.

Mais quoi ? tous les pensers dont les âmes bien nées Excitent leur valeur, et flattent leur devoir, i 3o

Que sont-ce que regrets quand le nombre d'années Leur ôte le pouvoir ?

Ceux à qui la chaleur ne bout plus dans les veines En vain dans les combats ont des soins diligents; Mars est comme l'Amour : ses travaux et ses peines i 3 5 Veulent de jeunes gens.

i35, i3(i. Ovide a dit {.-im., I, ix, 3) :

Qiise bello est haljilis, Veneri qiioque coiivenit seias.

POESIES, cm. 283

Je suis vaincu du temps ; je cède à ses outrages ; Mon esprit seulement exempt de sa rigueur A de quoi témoigner en ses derniers ouvrages

Sa première vigueur. 140

Les puissantes faveurs dont Parnasse m'honore, Non loin de mon berceau commencèrent leur cours ; Je les possédai jeune, et les possède encore A la fin de mes jours.

Ce que j'en ai reçu, je veux te le produire; 145

Tu verras mon adresse; et ton front cette fois Sera ceint de rayons qu'on ne vit jamais luire Sur la tête des rois.

Soit que de tes lauriers ma lyre s'entretienne , Soit que de tes bontés je la fasse parler, r 5 o

Quel rival assez vain prétendra que la sienne Ait de quoi m'égaler ?

Le fameux Araphion, dont la voix nonpareille Bâtissant une ville étonna l'univers,

Quelque bruit qu'il ait eu, n'a point fait de merveille i 55 Que ne fassent mes vers.

Par eux de tes beaux faits la teri'e sera pleine ; Et les peuples du Nil qui les auront ouïs, Donneront de l'encens, comme ceux de la Seine ,

Aux autels de Louis. itio

GlY

FRAGMENT

Saint-Marc a le premier réuni ce fragment aux œuvres de Malherbe. Il l'a tiré de la lettre à Louis XIII , dont il a été question dans la notice de la pièce précédente. — Le poète mourut, comme on sait, treize jours avant la prise de la Rochelle, qui eut lieu le 29 octobre 1628.

Enfin mon roi les a mis bas Ces murs qui de tant de combats Furent les tragiques matières ;

La Rochelle est en poudre et ses champs désertés N'ont face que de cimetières,

Où gisent les Titans qui les ont habités.

GV

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